« Jamaican inn » (« La Taverne de la Jamaïque) : film d’aventure en noir

focus film Alfred Hitchcock, 1939, reprise en salles 14 octobre 2015

Pitch

A la mort de sa mère, Mary part pour la Cornouailles retrouver sa seule famille : sa tante Patience et son mari Joss, tenancier d'une taverne, repaire de brigands, à la réputation glauque.

Notes

Dans l’ambiance d’une Cornouailles immergée dans un hiver glacé, de surcroît, en pleine nuit, vent, brume et pluie, Mary Yellard, jeune femme devenue orpheline, demande au cocher de la déposer à l’Auberge de la Jamaïque (rebaptisée ici Taverne), l’adresse de sa tante, sa seule parente restante.

Auparavant, une scène très violente, le naufrage d’un bateau provoqué par un groupe de brigands, pirates occasionnels résidant à terre, et, détail réaliste pour l’époque : dans la pénombre, le plan d’une lame qu’on essuie après s’être débarrassé du dernier survivant. C’est d’ailleurs cette mise en scène trop parfaite (très Hitch, le crime était trop parfait…) qui perdra les bandits ; les assurances ayant remarqué qu’il n’y avait jamais aucun survivant chez les naufragés, la police soupçonne alors des naufrages criminels.

Mais le cocher refuse de stopper devant la taverne de la Jamaïque à la réputation diabolique et dépose Mary chez un juge de paix, aristo excentrique, Lord Pengallan, qui vit comme au siècle dernier dans un petit château confortable avec table ouverte et avec une ribambelle d’employés. Ce dernier, tout émoustillé par la jeunesse de Mary, comprend qu’elle veut se rendre, envers et contre tout, chez sa tante Patience, épouse du patron de la taverne, et, galant, l’y accompagne. Mary, comprenant ou elle est tombée, prendra rapidement la fuite avec un policier infiltré qu’elle a sauvé de la pendaison.

Les relations entre les personnages ne sont pas banales, pas du tout ce qu’on en attendrait d’eux, et en ce sens Hithcock est transgressif, possédant un regard personnel, souvent cruel (pas trop ici, il a de l’indulgence pour son personnage principal), sur tout ce qu’il filme.

Humour british dans les relations fusionnelles et tyranniques qu’entretient Pengallan avec son majordome, Chadwick, dont il ne peut pas se passer. Un homme qui, seul, connaît l’hérédité de folie de la famille Pengallan. Au moment de se quitter, Pengallan confie qu’il s’inquiète que Chadwick ne perde un peu la tête… Pengallan, un personnage hors normes interprèté par un acteur hors normes, à la fois lucide et inconscient de ses exactions, n’ayant aucune notion du mal du moment que l’argent amassé, même malhonnêtement, sanguinairement, lui permet de tenir son rang, son train de vie, son château, ce qu’il considère comme un devoir de sa condition d’aristocrate. Quelle prestation extraordinaire de Laughton! Ce méchant si distingué nageant dans la duplicité comme un poisson dans l’eau noire.

Les relations de Patience avec, Joss Merlyn, sa brute de mari, ne sont pas classiques non plus. Prudence est une victime consentante aimant inconditionnellement son époux tel qu’il est, ce qui est incompréhensible pour sa nièce Mary (cela fait un peu penser au futur « Tramway », la sœur de Blanche Dubois, folle d’amour de son mari, Stanley, si brutal, si vulgaire aux yeux de Blanche).

Ce qui est original également dans ce film, c’est qu’hormis les victimes des naufrages, aucun des personnages n’est une victime, ni Mary ni sa tante ni Patience ni les bandits (dont le policier Trebearne) et surtout aucun d’entre eux n’a peur dans cette ambiance criminelle aussi noire que la nuit, les éléments météo déchaînés, menaçants en soi, baignant le film.

Dans une certaine mesure pas immédiatement perceptible, compte tenu du contexte apocalyptique, il y a une dimension de vaudeville dramatique avec ces personnages qui entrent et sortent, se ratent invariablement, s’échappent, etc… Plus insidieusement, perversement, les actes de bonté des uns sont des mauvaises actions pour les autres, par exemple, quand Mary sauve le flic infiltré de la pendaison (la bande vient de le condamner pour un vol supposé), elle ignore qu’il n’est pas un brigand, et en le libérant, elle met, par là, ultérieurement en danger son oncle et sa tante.

 

 

Et aussi

photos Carlotta

photos Carlotta

 

Un film d’aventure noir par le maître du suspense sauf qu’ici, peu de suspense ou pas, Charles Laughton trouvant son rôle trop mince, il est démasqué très vite dans le scénario modifié qui le fait apparaître dès le début du film. Mais cela n’a pas d’importance, au contraire, l’exercice est plus difficile car Hitchcock a déplacé le suspense dans les comportements et réactions des personnages.

Première adaptation de Daphné du Maurier, « L’Auberge de la Jamaïque », rebaptisée ici Taverne… (viendront ensuite « Rebecca » et « Les oiseaux »), c’est (en 1939)  le dernier film de la période anglaise de Hitchcock avant son arrivée à Hollywood.. Charles Laughton qui vient de fonder sa société de production Mayflower est celui qui repèrera la jeune Maureen O’Hara qui n’a que 18 ans dans ce film qui lancera sa carrière.

Notre note

(4 / 5)

Mots clés:

Partager l'article

Lire aussi

Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

Laisser un commentaire

Votre email ne sera pas publié. Remplissez les champs obligatoires (required):

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Back to Top