« L’Assassin » (« L’Assassino ») : présumé coupable

Elio Petri, 1961, reprise 20 juin 2012

Pitch

Un antiquaire est arrêté par la police, soupçonné d'avoir assassiné sa maîtresse. En épluchant son passé et sa vie, l'homme se révèle compromis à tous les étages, gigolo, escroc, égocentrique, possédant le profil parfait d'un l'assassin.

On aurait pu penser que ce film d’Elio Petri était postérieur à son chef d’oeuvre « Enquête sur un citoyen au dessus de tout souçon » tant les thèmes sont inversement superposables, en vérité, lecture faite du DP, c’est son premier film et le réalisateur est ici dans la mouvance existentialiste d’un Antonioni (qui signe la même année, 1961, « La Notte »), plus ambigu, plus Kafkaïen, moins percutant et extraverti que dans ses films suivants.
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photo Carlotta

Un antiquaire, Alfredo Martelli (Marcello Mastroianni), est arrêté par la police à son domicile à Rome. L’homme, qu’on découvre chez lui en train de se bichonner, bain moussant parfumé, veste choisie avec soin, croit à une visite pour acheter une antiquité dont il a disposé les plus belles pièces dans son appartement. La scène, où dans un miroir, Marcello Mastroianni est en train de brûler à la bougie les pointes de ses cheveux afin de les empêcher de tomber, est savoureuse à tous points de vue, dénotant dès le départ un art de la mise en scène aigu. Martelli est accusé d’avoir tué sa maîtresse et bienfaitrice, Aldagisa de Matteis (Micheline Presle), qu’il est le dernier à avoir rencontrée vivante la veille au soir. Dans son bain, le spectateur l’a entendu auparavant mentir au téléphone à sa fiancée, Nicoletta, qui le croyait alité, souffrant.

photo Carlotta

Car la vie de Martelli n’est qu’une somme de petites escroqueries et trahisons, d’indélicatesses et mensonges. L’arrestation de Martelli, qu’on fait mariner au commissariat, puis en prison dans une cellule, est l’occasion pour notre anti-héros de faire ce que peut appeler « un examen de conscience » que le réalisateur montre sous forme de nombreux flash-backs sur des situations passées peu reluisantes : la grimpette chez un mourrant pour acheter une pendule une bouchée de pain qu’il revendra une fortune dans sa boutique d’antiquités ; la lâcheté du grand-père censé être le seul anti-fasciste du village ; l’association avec Aldagisa de Matteis pour transhumer de son échoppe de fripier à la boutique chic et coûteuse de la place d’Espagne ; l’abandon de la première, plus âgée que lui, pour Nicoletta, une jeune et riche héritière un peu cruche, que lui présente Adalgisa elle-même… Une série de témoignages ultérieurs iront plus loin où tous ont un souvenir épouvantable de Martelli depuis les amis de jeunesse jusqu’à la concierge qui l’accuse d’avoir tué son chat (tandis que sa maîtresse gardait son chien…)


photo Carlotta

Comme il le fera en sens inverse dans « Enquête sur un citoyen au dessus de tout souçon », le réalisateur s’intéresse davantage au « profil » supposé de l’assassin lié aux préjugés de la société (un prototype d’assassin comme le voit la bureaucratie policière), qu’à la culpabilité ou pas de l’antiquaire. Tout comme la police refusait d’arrêter le citoyen au dessus de tout soupçon (un haut fonctionnaire) malgré qu’il semait lui-même des indices pour les titiller, ici, la police, qui a trouvé en Martelli et son passé louche le profil idéal théorique de l’assassin, s’acharne sur lui. Cependant, on ne s’arrête pas là, Martelli, vaincu par la résurgence de toutes ses mauvaises actions, ploit sous le poids de la culpabilité d’une vie de mensonges et entouloupettes, relâché, son premier geste (qui demeurera isolé) sera de donner tout son argent à un mendiant. Marcello Mastroianni est un choix parfait pour ce rôle ambigu car, malgré toutes les nuances de son jeu (et il est dans ce film très subtil, en underplay), il susciste l’empathie immédiate du spectateur qu’il charme naturellement comme les femmes dans le récit.

  Elio Petri va réaliser « Les Jours comptés » (« I Giorni contati ») en 1962 après « L’Assassin » (« L’Assassino ») en 1961 mais il surtout est connu pour ses grands films sociaux du début des années 70 : « Enquête sur un citoyen au dessus de tout soupçon » (1970), Grand prix international ex-aequo au festival de Cannes avec « L’Affaire Mattei » (1971) de Francesco Rosi, et « La Classe ouvrière va au paradis » (1971).

Notre note

(4 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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