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« La Salamandre » sur CINE+, cycle cinéma Suisse

focus film et TV Alain Tanner, 1971, cycle CINE+, 5/11mars 2016

Pitch

Pierre et Paul travaillent sur un scénario à partir d'un fait divers : bien qu'acquitée, Rosemonde avait-elle tiré sur son oncle?

Notes

« LA SALAMANDRE »
Une balle est tirée, on a l’impression floue qu’un vieux monsieur s’est suicidé avec sa carabine. Générique. Une jeune femme se promène le long d’un fleuve en ville, manteau très long noir avec mini-jupe en Vinyl noir dessous, la mode early seventies ( le film est de 1972).

Mais il n’y a pas que le manteau noir pour identifier cette époque. Tout le film respire l’air confiné des ces années-là au quotidien en province avec cette révolte en filigrane, cette libération des mœurs qui a déjà frappé, cette apathie paradoxale de cette époque du plein emploi ou quand on a marre d’un boulot, on en cherche un autre qu’on trouve aussitôt. Le film parle d’un trio, un journaliste fauché, Pierre (Jean-Luc Bideau), pigiste pour une rédaction parisienne qui rechigne à lui payer son reportage de deux mois du Brésil… Fauché mais pas très inquiet, songeant à une proposition de scénario à partir d’un fait divers, trop paresseux (se disant incompétent) pour s’y mettre tout seul, faisant alors appel à un ami, Paul (Jacques Denis), écrivain ou peintre en bâtiment selon ses moyens, à qui il propose de partager la somme.

On va rapidement s’acheminer sur une relation triangulaire qui n’est en rien « Jules et Jim » car le cinéma Suisse n’est pas sentimental et encore moins dans la passion truffaldienne. A noter cependant la recopie du magasin de chaussures de Fabienne Tabard ou travaille Antoine Doinel dans « Baisers volés ». Hormis ce passage quasi-mimétique, photocopie du magasin de chaussures imaginé par Truffaut, Alain Tanner, réalisateur de  « La Salamandre » est plus doux qu’un Godard tout en étant pas moins lucide, dans le genre photo réaliste non retouchée de l’époque et cet humour Suisse avec l’air de ne pas y toucher.

Retour au fait divers, était temps! Rosemonde a-t-elle tiré sur son oncle? C’est le sujet du scénario commandé à Pierre par on ne sait qui. Paul, l’écrivain, ne veut pas rencontrer Rosemonde par crainte d’être influencé mais avec le talent d’un enquêteur, la lecture du procès où elle fut acquittée, faute de preuves, fait fonctionner l’imagination de Paul. Enfant d’une famille nombreuse à la campagne, envoyée en ville habiter chez son oncle, Paul échafaude un scénario pas loin de la vérité qu’il oubliera aussitôt quand il rencontrera la vraie Rosemonde. Parce qu’il habite chez Pierre, le temps du scénario, qui couche avec Rosemonde, en copain ou quelque chose comme ça, c’est dans l’air du temps, et, ensuite, Pierre se laisse séduire aussi par Rosemonde et le raconte « tout naturellement » à sa femme. Réaction satyrique (ou pas) de la description de l’époque. La réponse de l’épouse, élevée à « personne n’est propriétaire du corps de l’autre » et autres théories sur l’amour libre, est la lecture d’un petit poème car elle lui trouve mauvaise mine.

Bulle Ogier dans "La Salamandre"

Bulle Ogier dans
« La Salamandre »

Et je n’ai toujours pas parlé de Bulle Ogier (Rosemonde), tellement irrésistible dans ce rôle de jeune femme qui avoue, in fine, n’avoir qu’une envie dans la vie : qu’on lui foute la paix. Rebelle, boudeuse amorale, attachante, elle n’a qu’un exutoire, la piscine municipale. Les petits boulots déprimants (on la découvre dans une usine de saucisses), révoltent moins Rosemonde que tout acte d’autorité. Si minime soit-il. Elle claque alors la porte mais avec Pierre et Paul, indifférents à autre chose que leur scénario, elle s’incruste et réussit enfin à créer ce trio libre, sans perspectives précises que de se faire plaisir (un peu) entre deux galères, attitude naturellement hédoniste et bavarde, à se plaindre quand tout ne va pas si mal, objectif : la liberté pour la liberté, sans projet précis, époque libertaire post-68, vaguement politique (Godard l’est bien davantage), emblématique des films Nouvelle Vague.

Un film quasiment parfait qui fait redécouvrir la nouvelle vague Suisse pour laquelle CINE+ a eu l’idée audacieuse de lancer un cycle suisse début mars. Parmi les films phare, outre  » La Salamandre », « La Dentellière » de Claude Goretta qui vraiment marqué le début de la carrière d’Isabelle Huppert,  » Les Arpenteurs » de Michel Soutter… On en reparle…

 

Et aussi

CYCLE

LE ROMAN(D) DU CINÉMA SUISSE / DU 5 AU 11 MARS 2016, 14 FILMS et 7 DOCUMENTAIRES DONT 5 INÉDITS sur CINE+CLUB et CINE+ CLASSIC + à la demande

Un voyage à travers la singularité du cinéma suisse, des années 1930 à l’aube du XXIe siècle, de Michel Simon à Freddy Buache, du Groupe 5 à la bande à part des jeunes cinéastes d’aujourd’hui, en passant par le travail singulier de Jean-François Amiguet.

La programmation de cette opération est réalisée en partenariat avec la Cinémathèque suisse.

Sur CINÉ+ CLUB

Samedi 5 mars
20H45 MON FRÈRE SE MARIE (2006) de Jean-Stéphane Bron
22H15 LES GRANDES ONDES (2013) de Lionel Baier

Dimanche 6 mars
19H45 RICHARD DINDO – PAGES CHOISIES (2016), inédit France, documentaire de Jean-Louis Comolli

Lundi 7 mars
20H45 HOME (2008) d’Ursula Meier

Vendredi 11 mars
SOIRÉE JEAN-FRANCOIS AMIGUET
20H45 AU SUD DES NUAGES (2005) de Jean-François Amiguet
22H05 ALEXANDRE (1983) de Jean-François Amiguet

Sur CINÉ+ CLASSIC

Samedi 5 mars
19H50 LA PETITE HISTOIRE DU CINÉMA SUISSE ROMAND (2011), documentaire d’Emmanuel Barnault
20H45 L’INVITATION (1973) de Claude Goretta
22H30 BON VENT CLAUDE GORETTA (2011), documentaire de Lionel Baier
23H30 L’INCONNU DE SHANDIGOR (1967) de Jean-Louis Roy

Dimanche 6 mars
13H30 LA VOCATION D’ANDRÉ CAREL (1925) de Jean Choux
14H55 FREDDY BUACHE – LE CINÉMA (2012), inédit France, documentaire de Fabrice Aragno
15H40 ELLA MAILLART – DOUBLE JOURNEY (2015), inédit France, documentaire de Mariann Lewinsky et Antonio Bigini
16H20 DELPHINE SEYRIG – PORTRAIT D’UNE COMÈTE (2000), inédit France, documentaire de Jacqueline Veuve
17H10 LA PETITE DAME DU CAPITOLE (2005), inédit France, documentaire de Jacqueline Veuve
SOIRÉE ALAIN TANNER
20H45 CHARLES MORT OU VIF (1969) d’Alain Tanner
22H15 LA SALAMANDRE (1971) d’Alain Tanner
00H15 LA PETITE HISTOIRE DU CINÉMA SUISSE ROMAND (2011), documentaire d’Emmanuel Barnault

Mercredi 9 mars
20H45 LA DENTELLIÈRE (1977) de Claude Goretta
22H30 LES PETITES FUGUES (1979) d’Yves Yersin
00H40 LA PETITE DAME DU CAPITOLE (2005), inédit France, documentaire de Jacqueline Veuve

Vendredi 11 mars
SOIRÉE MICHEL SOUTTER
20H45 LES ARPENTEURS (1971) de Michel
22h10 l’ESCAPADE (1974) de Michel Souter

 

Annexe

Isabelle Huppert dans "la Dentellière"

Isabelle Huppert dans « la Dentellière »

 

Marie Dubois dans "Les Arpenteurs"

Marie Dubois dans
« Les Arpenteurs »

 

 

Diffusion

CYCLE DU CINEMA SUISSE

LE ROMAN(D) Du CINEMA SUISSE

CINE+CLASSIC et CLUB

5/11 mars 2016

Bande annonce

Notre note

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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