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« La La Land » : la critique contradictoire

focus film Damien Chazelle, sortie 25 janvier 2017

Pitch

La comédie musicale de l'année en marche pour les Oscars...

Notes

A-t-on le droit de ne pas aimer « La La Land »? Est-il nécessaire, d’ailleurs de l’avoir vu, pour le porter aux nues tant il serait inconvenant de marcher à contre-courant? Ce blog demeurant contre vents et marées depuis 11 ans un espace de liberté, et notamment d’expression, à quelques brasses de sa consécration aux Oscars pour qui le film, tel « The Artist »,  semble fait sur mesure, ici on a osé!

Joāo De Oliveira, chroniqueur cinéma pour le Brésil, n’a pas eu le regard embué par la pluie de deux mois de promo et l’engouement collectif…

Rappelons que les journalistes étrangers en poste à Paris, ayant visiblement un regard plus objectif et moins passionnel que la presse locale, ont décerné le Golden Globe du meilleur film cette année à « Moonlight » et non pas à « La La Land » qui en a engrangé néanmoins sept autres…

 

Et aussi

« La La Land » n’est pas un mauvais film, mais c’est loin d’être un film brillant.

Plein de déjà vu, il semble un recueil de citations de l’âge d’or de la comédie musicale américaine, de films importants de l’histoire du cinéma, de grands réalisateurs et, par extension, de Hollywood. Pour cette raison, il paraît étrange que ce film soit en lice pour le prix du meilleur scénario original.

Le personnage de Ryan Gosling semble un alter-ego de l’instance narrative (et, sans doute, du réalisateur lui-même). Traditionaliste, ce dernier consacre un véritable culte aux grands noms du jazz pur et dur et déteste toute tentative de modernisation du genre. Toute pratique différente de celle des pionniers du jazz lui semble paraît une soumission au dieu commerce, un dévoiement de ses principes rigides risquant de mettre en péril la réalisation du grand rêve : la création d’un bar dévolu uniquement à la pratique du jazz traditionnel.

Cette apologie du classicisme du personnage trouve un écho dans la narration et dans la direction artistique de Damien Chazelle, qui accorde une importance significative au cinéma classique américain, rendant sa mise en scène un tantinet conventionnelle.

On y est loin de la subtilité épurée de Kenneth Lonergan, réalisateur de « Manchester by the sea », qui compte également sur la brillante interprétation d’un acteur parmi les meilleurs, en l’occurrence Casey Affleck.

Si on oublie le numéro musical initial et celui où Emma Stone provoque Ryan Gosling lors d’une fête, il y a peu de choses intéressantes et/ou originales dans le film (sa plus grande inventivité concerne peut-être le fait d’avoir sorti la comédie musicale de studios et de l’avoir tourné en locations originales). Par ailleurs, le film apparaît comme un très fort candidat aux prix techniques (montage, montage de son et mixage, etc.).

Emma Stone est, indiscutablement, le principal atout du film. On a envie de pleurer, de rire et de danser avec elle. La scène précitée où elle taquine Ryan Goslin est tout simplement géniale. Dommage qu’elle soit un peu courte. Même si elle ne devrait pas remporter l’Oscar de la meilleure actrice, elle y est pétillante et ravissante, Isabelle Huppert dans « Elle » aura une adversaire de taille). Ses courts essais pour être actrice sont si parfaits que nous avons du mal à comprendre pourquoi les directeurs de casting ne la sélectionnent pas.

Dans un moment où, contrairement à il y a une vingtaine d’année, l’académie fait un effort pour privilégier les meilleurs films et non seulement ceux plus hollywoodiens, l’avalanche de nominations reçue par le film peut surprendre. On peut attribuer cela au fait qu’un jeune réalisateur fasse, de manière aussi manifeste, l’apologie de la mecque du cinéma.

critique de Joāo De Oliveira*.

*Universitaire, chargé de cours sur le cinéma, résidant en France depuis plus de dix ans.
Collaborateur d’un site brésilien de critiques cinéma grand public (on retrouve également ses analyses de films sur des publications spécialisées).

Annexe

Rappel :

Critique du film : le point de vue numéro 1 à l’issue d’une avant-première du film le 18 janvier 2017

« La La Land » : le film aux 7 Golden Globes

Notre note

3.0 Stars (3,0 / 5)

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Posted by:

Camille Marty
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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