« Le Guépard » (« Il Gattopardo ») : tout changer pour que rien ne change…

Luchino Visconti, 1963, reprise 1er décembre 2010

Pitch

Quand Garibadi débarque en Sicile en mai 1860, le prince Salina, conscient de la mutation en marche de l'Italie, décide de marier son neveu Tancredi à une riche héritière dont la beauté va tous les fasciner.

Il y a quelques jours, je me suis fait un grand plaisir : voir « Le Guépard » sur grand écran, qui plus est dans une version remastérisée, restaurée, présentée au dernier festival de Cannes dans la section Cannes Classic en présence de l’équipe du film presque 50 ans plus tard!!!, Alain Delon et Claudia Cardinale, le film ayant obtenu la palme d’or en 1963. Cette version nouvelle du film sera reprise en salles le 1er décembre*. Je ne vais pas tenter de faire ici la critique du « Guépard », monument du cinéma, mais quelques impressions d’une vision du film que je n’avait pas revu depuis les débuts du blog : d’abord, commençons par la fin, la scène du bal dure quarante minutes, je ne m’en étais jamais aperçue, on se demande un peu qui aujourd’hui, quel réalisateur, producteur, oserait une chose pareille… Tout le film tend vers ce bal, vers la consécration de l’alliance du neveu du prince Fabrizio Salina avec une roturière très riche et très belle, la fin d’un monde et le début d’un autre monde**…
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Tancredi va épouser Angelina, le mariage de l’aristocratie et de l’argent, de la beauté, les deux jeunes gens ayant chacun un physique exceptionnel, Alain Delon/Tancredi, la beauté élégante, inaccessible, Angelina/Claudia Cardinale, la sensualité, la féminité extrême, voire la vulgarité sur laquelle Visconti joue férocement : ce rire à table d’Angelina lors du premier repas chez le prince Salina, un rire vulgaire en réponse à un commentaire trivial de Tancredi qui isole Angelina des autres convives qui font mine de ne rien entendre et se dirigent de la salle à manger au salon. Et pourtant, ce que le prince Salina et Tancredi ne passent pas au père d’Angelina qui est ridiculisé, on rit de son smoking mal venu en journée, on lui fait remiser sa décoration, on lui claque la porte au nez quand il évoque ses quartiers de noblesse à valider, tout ce mépris pour le père, que la famille Salina condescend à recevoir pour son argent utile aux ambitions de Tancredi, Angelina, sa fille, en est dispensée à cause de sa beauté. Plus que la beauté, Visconti a insisté sur l’aura franchement sexuelle d’Angelina (les plans appuyés sur ses lèvres, ses baisers pas chastes au prince Salina, par exemple) qu’elle assume dans une manière nouvelle, génération libérée, si l’on veut. Le prince Salina, non seulement se revoit jeune dans Tancredi, son ambitieux neveu, mais on pourrait presque parler d’une femme aimée par deux hommes, l’un passant le pouvoir à l’autre. C’est Salina qui a choisi Angelina pour Tancredi, elle le lui dit quand ils dansent une valse ensemble, elle sait qu’elle lui doit tout, qu’il la désirerait pour lui s’il ne cheminait vers l’impuissance, la mort, la sienne et celle de l’aristocratie sicilienne. D’ailleurs une des premières scènes du film montre une visite nocturne du prince Salina à une prostituée de Palerme qui ressemble étrangement à Claudia Cardinale.
 

   

Ce film est une adaptation du fameux unique roman de Giuseppe Tomasi, Prince de Lampedusa, publié à titre posthume en 1959. Le récit se passe en Sicile, mai 1860, Garibaldi et ses troupes, les chemises rouges, débarquent en Sicile. Depuis sa villa de Palerme, puis sa résidence d’été, Donnafugata, le Prince Salina observe la mutation de la société italienne et comprend que l’émergence d’un nouveau monde signifie la fin de son monde, une aristocratie déjà sur le déclin vivant dans des palais fastueux sans toujours les moyens de conserver son train de vie. Lucide, le prince Salina décide alors de marier son neveu Tancredi, son double en plus jeune, non pas à sa fille Concetta, amoureuse de son cousin, qu’il trouve terne et sans ressources, mais à Angelina, la fille de 
Don Calogero Sedara, riche propriétaire foncier et nouveau maire du village de Donnagugata, afin de lui donner les moyens de réussir dans ce futur monde où l’argent comptera plus que les quartiers de noblesse.

Burt Lancaster/Salina est vraiment impressionnant dans « Le Guépard », c’est la pièce centrale, le coeur du film, Delon, magnifique, est desservi par le fait qu’il est doublé, ce n’est pas sa voix qu’on entend en italien. On voit Pierre Clémenti teint en blond dans le rôle d’un fils très jeune du prince Salina, Terence Hill dans le petit rôle d’un officier ami de Tancredi, Serge Reggiani dans celui d’un subalterne conservateur qui réprouve l’idée du mariage, plus royaliste que le roi. Quand on voit « Le Guépard » tant d’années après sa sortie, à la fin de l’aristocratie se superpose la fin d’un cinéma, ce qui augmente encore la nostalgie pourtant immense du film. « Le Guépard » appartient au panthéon du cinéma, un peu comme « Autant en emporte le vent », c’est le film le plus célèbre de Visconti et pourtant il faudrait voir tous les Visconti dont un peu connu, peu diffusé, que j’aime particulièrement : « Sandra » avec Claudia Cardinale et Jean Sorel, un must.* Reprise en salles en même temps que la parution d’un DVD incluant un nouveau bonus : la présentation du film à Cannes en 2010, Pathé éditions.

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« Si nous voulons que tout reste tel que c’est, il faut que tout change… » (phrase de Tancerdi à Salina illustrant son opportunisme et sa faculté d’adaptation).

 

 

Notre note

(5 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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