« Lord of the Flies » (« Sa Majesté des mouches ») : avant « Lost »…

Peter Brook, 1963, sortie DVD 22 octobre 2008

Pitch

Durant la seconde guerre mondiale, un avion transportant des enfants anglais à destination de l'Australie s'écrase sur une île déserte, laissant les enfants livrés à eux-mêmes...

Ce film tiré d’un roman de William Golding est déjà passionnant en soi. Mais quand on a vu la série « Lost », que personnellement je suis régulièrement, on « hallucine »!!! Non seulement l’histoire a été d’évidence (et les auteurs de la série ne s’en cacheraient pas) largement inspirée par « Sa Majesté des mouches », mais encore l’île déserte, où sont livrés à eux-même les survivants d’un crash d’avion (qui allait en Australie dans « Lost », il en vient…) et les plans de la plage sur l’île sont les mêmes… En réalité, le film de Peter Brook, metteur en scène de théâtre intellectuel qui souhaitait un petit budget pour avoir une liberté totale (voir l’entretien dans le supplément DVD où il raconte comment il refuse le budget faramineux de la Columbia), a été tourné près de Porto-Rico et en noir et blanc et pour des raisons d’économie et pour gommer tout exotisme.Durant la seconde guerre mondiale, un avion qui transportait des enfants envoyés par leurs parents d’Angleterre en Australie s’écrase au large d’une île déserte. Le générique est choc, génialement stylisé, se terminant par le dessin d’un avion dans l’eau avant la première image filmée. Deux gamins font connaissance sur une île déserte, encore habillés comme des écoliers british, en premier lieu, ils ne pensent qu’à se baigner dans l’eau tiède. D’autres écoliers les rejoignent, tous sont rescapés du crash. En dernier lieu, une cohorte d’écoliers longe la plage, chantant le Kyrie en longues capes noires, menée par son chef de choeur, ils se définissent comme des chasseurs mais le ton est donné, arrivés avec des chants religieux, ils seront plus tard à l’origine de la dérive tribale religieuse du groupe.
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D’un côté, Ralph, le raisonnable, se propose pour organiser les appels au secours, allumer du feu en permanence, par exemple, et surtout, conserver ces règles garde-fous qui sont la marque des anglais. De l’autre, Ralph, le beau mec (le plus âgé des enfants) , le chasseur qui se vante de pouvoir de nourrir le groupe. Pourtant, le groupe va élire Ralph pour chef, et non Jack qui ne lui pardonnera pas, à se demander si tout ce qu’il va échaffauder  d’horrible par la suite ne sera pas directement destiné à éliminer son rival sauf qu’il sera largement débordé par ses troupes…Entre ces deux enfants, un futur mec sympa, Fatty, petit gros à lunettes et à problèmes : il a de l’asthme, il n’y voit pas sans lunettes, il est le sujet des moqueries à cause de son poids. Fatty étant ami et conseil de Ralph, Jack en est jaloux, il se débrouillera plus tard pour l’émininer. Un beau jour, la scission entre les raisonnables et les chasseurs à lieu et bientôt tous, un après l’autre, par peur ou par attirance, vont rejoindre Jack qui est à présent déguisé en chef vaudou entouré de ses camarades le visage peinturluré de peintures de guerre avec pour dieu à adorer une tête de cochon piquée sur un pieu avec des mouches tout autour (Sa Majesté des mouches), un dieu auquel il faut offrir des dons, des sacrifices d’animaux et d’humains… On voit bien l’évolution des costumes des enfants, d’abord abimés, déchirés, puis le corps nu, devenus des sauvages.


Echec de la notion de civilisation qui ne serait qu’un emballage fragile d’une sauvagerie contenue, la démonstration est ravageuse : on voit ces petits écoliers anglais si civilisés, obligés de se débrouiller par leur propres moyens, recréer une micro-société tribale, sauvage et sanguinaire qui élimine les faibles, les sensibles, les petits. Pris entre le bien et le mal, entre Ralph et Jack, la propention à faire le mal et à s’enivrer de pouvoir prendra le dessus transformant le groupe d’enfants en guerriers miniatures tuant leurs compagnons sous le prétexte d’offrandes au dieu qu’ils ont inventé pour se fédérer tant bien que mal : Sa Majesté des mouches…
Dans ce paradis terreste qu’est cette île déserte tropicale avec eau tiède, sable fin, palmiers, animaux et fruits, l’humain s’empresse de créer un enfer, en ce sens, le choix du noir et blanc, un peu par hasard (voir plus haut) est un coup de génie.

On pourra disserter longtemps sur le retour à un état sauvage interne latent d’autant plus parlant en choisissant des écoliers anglais où l’on est au départ à l’opposé d’un groupe enclin à la sauvagerie, éduqué dans les bonnes manières et le flegmme bristish, la civilisation la plus raffinée possible. La démonstration que le l’état sauvage fait partie de l’homme intrinsèquement parlant et ne demanderait qu’à se réveiller grâce à une somme de facteurs extérieurs servant de stimuli est assez effrayante. On assiste au retour à un état sauvage que ces enfants n’ont pas connu dans la réalité objective mais dont leur corps, leur instinct,  possèderait la mémoire collective d’une animalité ancienne prête à se réveiller à tout instant comme un volcan. Pourtant, l’un d’entre eux, Ralph, dont on n’oubliera pas le regard bouleversant à la fin du film, résiste à la sauvagerie tout en étant démoli à jamais par ce qu’il vient de vivre par ses camarades interposés…  

 

DVD éditions Carlotta avec un entretien avec Peter Brook (« Le Cinéma en liberté ») et un DVD-Rom à usage pédagogique pour les écoles. Sortie le 18 octobre 2008.
 

Notre note

(5 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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