"Le malentendu" (photos ADL 2017)

« Le malentendu » : les 2 vies de Michel Delpech + qq éléments biographiques

focus film France5 TV, Dominique Besnehard, 2007, rediffusion 2 janvier 2017

Pitch

Ce documentaire raconte l'ascension et la chute de Michel Delpech avant sa tardive renaissance.

Notes

A lui, il a tout raconté sauf que, bien entendu, tout n’est pas dans le film… le off… difficile de faire un film sur la vie tourmentée d’un ami… de trouver un compromis entre le projet initial et ce que ne voulait pas voir à l’écran Michel Delpech. Il ne supportait plus, par exemple, l’image de sa dépression nerveuse, mais savait bien qu’il devait en passer par là et a accepté de jouer le jeu puisque c’était l’enjeu véritable du film.

Elle avait clivé sa vie en deux, cette « Longue maladie » (1979) comme il l’a chanté au début du diagnostic de ce mal qui allait lui faire attendre 20 ans avant de remonter sur scène et de retrouver les sommets des ventes avec son disque de reprises en duo avec Souchon, Jonaz, Cali, etc…

Comment Michel Delpech voit les choses en 2007? Il a eu deux vies, on s’en doutait. Dans la première, tout lui avait été donné trop facilement. Dans la seconde, il a dû se battre pour chaque chose.

Drôle de drame. Il ne voulait plus de sa première vie, elle a failli le tuer mais il passé 20 ans de sa seconde vie à la récupérer : avec une différence de taille, cette vie, cette fois-ci, il fallait la mériter à la sueur de son front (un peu comme son père?) et, pour cela, faire preuve d’opiniâtreté, une qualité qu’il possède au centuple! Ainsi, il deviendrait un homme responsable même si il avoue la récurrence, la permanence de vieux fantasmes : la fuite, la rupture, la révolution interne. Sauf qu’aujourd’hui, il ne passerait plus à l’acte…

Michel Delpech s’exprime néanmoins à reculons sur sa dépression nerveuse, le réalisateur passe habilement la vidéo d’une prestation TV où, le teint cireux, le chanteur semble triste à pleurer malgré la beauté de cette nouvelle chanson (« Loin d’ici »). Il définit sa dépression comme « une défaillance absolue de la volonté quand on voudrait vouloir et qu’on ne peut pas ». On passe un extrait de « La Marche du siècle »  en 1991, s’estimant guéri, Delpech avait accepté de témoigner, il y parle notamment d’un sentiment de damnation. Ce que le doc ne dit pas c’est que devant l’afflux de réactions survoltées des téléspectateurs, contacté ensuite par un éditeur, il écrivit son autobiographie « L’Homme qui avait bâti sa maison sur du sable » (1995), un livre qui n’est plus édité… Mais le malentendu a persisté…

Michel Delpech et Demis Roussos

Michel Delpech et Demis Roussos

Michel Delpech et Claude François

Michel Delpech et Claude François

Michel Delpech, années 80

Michel Delpech, années 80

Je l’ai cherché longtemps, ce « Malentendu », ce doc réalisé par Dominique Besnehard parce que son ami Michel Delpech n’en pouvait plus que le fantôme de sa dépression nerveuse (extrême entre 1979 et 1985) vienne parasiter sa vie tant d’années plus tard ; ce film rare était introuvable et il a fallu l’anniversaire de la disparition de Michel Depelch aujourd’hui (mort le janvier 2016) pour qu’enfin une chaîne de TV prenne l’initiative de diffuser ce film… à 16h30… Heureusement qu’il a le replay…

L’interview parcourt tout le film. Pour les d’images, le réalisateur a choisi le meilleur : extraits des duos avec Claude François qu’il connaît peu mais qu’il admire (« C’est extra »), avec Demis Roussos, Delpech en longue robe de velours mauve, un must (« Wight is Wight »), avec Michel Sardou où il marque le pas en pantalon de de velours orange (« Le rire du sergent »), oui, dans les 70, on osait tout et le ridicule n’existait pas. Quel kif! dirait-on de nos jours… Images d’archives de l’enfance de Jean-Michel Delpech, devenu Michel Delpech, de quelques interviews clé anciennes où il affirme ne pas vouloir être une idole quand il en est justement une… Télescopage du luxe effréné type suites et aréopage dans un palace de Cannes et de propos modestes et justes quand il parle à la presse. Georges de Caunes lui assène « vous êtes un type normal » et déjà un malentendu s’installe car Michel Delpech est un être hypersensible, un anxieux depuis l’enfance.

Demarrant avec le duo  » Quand j’étais chanteur » avec Bénabar, à l’origine du retour sur scène de Michel Delpech, le film se clôt sur « Le Chasseur ». Il y aurait encore beaucoup à dire car tout a un sens dans  ce documentaire où l’on imagine qu’il aurait pu durer 4 heures sans qu’on trouve quoi que ce soit à couper au montage. Il a fallu un esprit de synthèse acéré et le don d’aller à l’essentiel sans altérer le sujet du doc pour arriver à ce film abouti.

PS. Dommage qu’on ne vende pas le DVD du film quand le site officiel du chanteur peine à trouver des extraits d’émissions correctement filmés…

Et aussi

ANNEXE

BIOGRAPHIE RÉSUMÉE MD

(par Camille Marty-Musso)

Michel Delpech a eu deux vies. Quand il prévient ses fans dans « Les Adieux » (1973), un titre on ne peut plus limpide débutant illico par « il est fatigué le prince charmant… » leur expliquant qu’il a trafiqué son personnage, qu’il a « tout inventé », personne ne l’entend. Pour complexifier le message, MD faisait mine de s’adresser à une femme aimée mais toujours il sentimentalisera ses chansons, surtout leur seconde partie, un peu comme on ajoute a posteriori un happy-end à un film triste. Pour rassurer ses fans à plusieurs titres, des fans qui aimaient tant s’identifier à une histoire d’amour et oublier le début d’une chanson pour n’en retenir que la fin.

Deux ans plus tard, MD fait ses adieux au public dans « Quand j’étais chanteur » (1975), la chanson est très subtile, décalée, parodique, « je m’éclatais comme une bête quand j’étais chanteur » (il l’avoue à 30 ans, feignant d’en avoir 73, ce qu’il n’assumera jamais par la suite) mais encore  » à présent, pour moi, c’est fini ». Car après « Les Aveux », MD avait déclaré qu’à 30 ans, il aurait fini sa carrière de chanteur, sa trajectoire de Pop star aux 20 tubes en 12 ans. Physiquement, il avait envoyé des signes forts à son public qui n’avait rien vu, une fois de plus : exit les pantalons orange pattes d’elph, les bottines à talon, les chemises de satin, les brushings sophistiqués. À partir de 1974, MD a changé de look, perdu dix kilos, cheveux taillés courts, moustache de sapeur. Avant la mode minimaliste des 80, il s’habille très simplement mais toujours élégamment : grande chemise, costume blanc et t.shirt noir, exceptionnellement une veste de costume à carreaux strassée sur peau nue et un jean, baskets aux pieds. Il est tellement séduisant. Plus sexy qu’avant quand il voulait cesser de séduire artificiellement. Malgré la disparition du sourire « atout majeur » sur les pochettes de disque, la gestuelle au service minimum sur scène, ses fans l’adorent et le plébiscitent.

Cette fin de sa vie de Pop star, qu’il avait tant voulue et désirée depuis l’âge de 17 ans, il la pressentait. Toute sa vie, MD a eu une sorte de prescience des événements. Il a toujours su qu’il serait une star quand ses parents l’écoutaient l’affirmer, interloqués. Il a compris avant tout le monde que la fin du chanteur adulé de tous était proche. D’autant qu’étaient apparus les signes de la dépression nerveuse qui n’allait plus le lâcher dix années durant. Monter sur scène. Enregistrer un disque. Passer à la télévision. Tout était devenu une épreuve. Pour enregistrer « Le Loir et cher » en 1977, huit jours n’avaient pas suffi. Aphone, abattu, il courrait de long en large dans le studio pour trouver le bon rythme. On faisait venir sa petite amie du moment à sa demande qu’on renvoyait aussitôt. L’idole était à terre, ne tenant plus le coup qu’avec un mélange de cocaïne pour assurer ses concerts et de haschisch qu’il fumait, abruti, manquant de sommeil, toute la journée suivante pour atténuer « la descente ».

En 1974, Chantal, la première épouse de Michel Delpech, épousée à 20 ans, a quitté l’appartement qu’ils occupaient rue François 1er après l’humiliation d’Agadir. Si Michel accumule les infidélités, il est très attaché à son foyer. La structure familiale, sa femme et ses deux enfants, est son port d’attache. Livré à lui-même, sans l’aide de Chantal à qui il demandait conseil sur tout plusieurs fois par jour, malgré les copains et les conquêtes féminines, il part à la dérive. Chantal ne quittera définitivement la France pour Tahiti qu’en 1976 où elle se suicidera fin 1984 ou début 1985. C’est veuf que Michel se remariera en 1985 dans l’église Saint Sulpice, celle de son premier mariage, celle aussi où seront célébrées ses obsèques en 2016.
Dans l’antichambre d’un divorce qui ne sera jamais prononcé, entre 1974 et 1975, bien qu’habitant chez une amie rue Marbeuf, Chantal retrouvera Michel de temps en temps… Par exemple, pour être sa partenaire dans le clip du slow torride de « Tu me fais planer » (1975). Les deux époux en sursis dansent collé-serré, extatiques, bronzés, défoncés par trop de paradis artificiels, « cette femme, c’est pas n’importe qui… elle fait n’importe quoi… elle m’a sauvé bien des fois » chantera MD dans « Tu l’aimes » (1997), plus de dix ans après la mort de cette première épouse dont il ne parlera plus jamais…

En 1975, la rupture est irréversible, les réconciliations ponctuelles, sans doute sincères, sont éphémères. Chantal, qu’une vie de plus en plus dissolue empêche de veiller sur leurs enfants oblige Michel à demander à ses parents à lui de les élever à Courbevoie, s’en sentant lui-même incapable. Celle qu’il appelait tendrement « mon petit raton laveur » (« Inventaire 66 ») n’habitera jamais le somptueux hôtel particulier du 16° arrondissement dont Michel n’occupera que le quatrième et dernier étage, en proie à des angoisses paroxystiques.

Ruiné par un homme d’affaires véreux, miné par une dépression nerveuse extrême qui le conduira aux portes de la psychose paranoïaque, MD va traîner son mal-être durant 7 ans à Rueil-Malmaison. En 1983, alors qu’il a tout vendu, prêt à quitter la France avec ses deux enfants pour la Polynésie, il rencontre sa future seconde épouse qui le persuade de ne pas partir. Deux ans plus tard, sa première femme disparue, il épouse la seconde selon le rite orthodoxe. Car dans l’intervalle, MD, qui a essayé tout ce qui compte de charlatans et de gourous afin d’apaiser ses souffrances, est devenu croyant et c’est à Jerusalem en 1985 qu’il fera son voyage de noces avec Geneviève, sa seconde femme.

Démarre alors pour MD une seconde vie loin de Paris, loin de la scène. Une vie anonyme d’une famille recomposée à Chatou avec Geneviève (elle a déjà deux enfants et en aura un avec lui) dont on ne sait pas grand chose sauf qu’il mettra 20 ans à revenir sur scène. Des séquelles de sa dépression nerveuse, de ses rechutes probables, il ne parlera jamais, il s’en veux d’avoir trop parlé, de s’être trop épanché autrefois, au temps de la célébrité vampirisante, se laissant photographier lors d’une cure de sommeil en clinique. Rebâtir une structure familiale va être un appui important pour sa reconstruction, sans cellule familiale traditionnelle, sans une épouse sur qui s’appuyer, MD est incapable de fonctionner. « Vivre en bourgeois et penser en artiste » est une formule qui le définit assez bien.

Si les années 80 ont encore vu MD de loin en loin chanter quelques nouvelles chansons à la TV, la mine défaite, si paraissent ponctuellement des albums, souvent excellents, qui ne se vendront pas, une chose est certaine : depuis 1975, MD est incapable d’écrire ses textes, d’autres le feront pour lui, des compositeurs brillants comme Didier Barbelivien lui écriront des chansons sur mesure comme le superbe « Je suis un ange » mais sans doute est-ce trop sophistiqué, trop intellectualisé (le minimaliste « Le roi de rien » déroute les meilleures volontés) car toujours le public, par la suite, quel que soit son âge, préfèrera ses tubes des années 70, ces textes de la vie de tous les jours, ces chansons qui lui parlaient d’eux et de leur environnement immédiat, ces photos instantanées des années s’insouciance piquées de nostalgie. Le vrai retour de MD au top des ventes en 2006 sera un album de reprises…

Chansons Top 10

Si tu pars
62, nos 15 ans
Toutes les filles
Pour un flirt
Wight is Wight
Quand j’étais chanteur
Ces mots-là
Je pense à toi
J’étais un ange
Je ne t’aurais pas vue

Notre note

4.5 Stars (4,5 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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