« Private property (« Propriété privée) : les limites de l’American dream

focus film Leslie Stevens, 1960. Reprise en sales 7 septembre 2016

Pitch

Une blonde oisive meurt d'ennui dans sa luxueuse villa, deux voyous prétendant chercher du boulot arrivent...

Notes

Deux types louches arrivent dans une station service et menacent un client au couteau si il ne les accompagne pas à une adresse qu’ils ignoraient quelques minutes auparavant : celle d’une blonde sophistiquée au physique Hitchcockien roulant dans une décapotable. Cette femme passe ses journées seule à attendre son mari en bronzant quasiment nue au bord de sa piscine : trop bronzée, un physique canon en bikini blanc, elle essaye de nager pour mincir s’imaginant plaire davantage à son mari. Le mari, un ami d’enfance, la regarde à peine malgré les efforts de sa femme, qu’on devine les conseils des magazines de l’époque, pour être sexy quand il arrive : parfum dans la salle de bains, nouveau « négligé ». Le type, abruti par ses journées d’affaire, dort. Pourtant c’est un mari généreux avec son épouse qui croule sous les cadeaux et les projets de location luxueuse pour leurs vacances, un mari qui a le sens du devoir et défend sa femme quand elle est agressée, on le verra vers la fin tragique…

Pendant, ce temps, les deux voyous ont investi la maison vide mitoyenne, l’un se présentant sous un autre nom, l’autre prié de rester caché. Un pari unit les deux voyous : Duke et Boots, trouver une femme à Boots qui nie son homosexualité et prétend au début du film qu’il se réserve pour le mariage. Les petites phrases sont explicites : Duke raille que Boots préféreraient un vieux mec riche mais l’autre nie… Mais ce pari méchant va causer la perte des deux hommes. Alors que l’on ne s’y attendait plus, Duke, déguisé en type poli, va s’attacher à la blonde glacée et offerte, car, l’oisiveté de la desperate housewife aidant, elle finit par va brûler à tous les sens du terme, sous ce soleil omniprésent, pour lui. Perdant les pédales, Duke, personnage caractériel et névrosé, va en arriver à basculer dans une image cauchemardesque de la femme infidèle qu’il traite de pute et maltraite, la même qu’il bichonnait tout le long du film sous le manteau de l’homme attentionné. Quiproquo tragique avec Boots qui n’aime pas les femmes. Dans cette ambiance trop polie et polissée, où la blonde se change plusieurs fois par jour et prépare des croque-monsieurs aux deux voyous, dont elle feint de trouver la présence normale, sa cuisine débordant d’appareils ménagers, la tension monte, dans cette moiteur et chaleur à peine supportables, quelque chose va se passer. Tous les personnages sont doubles y compris la blonde habillée comme une poupée en vichy sixties qui pose la ceinture de Duke atour de son cou, la serre a s’étrangler, la cache, et rêve de lui la nuit…

 

"Propriété privée" (photo Carlotta)

« Propriété privée » (photo Carlotta)

Et aussi

C’est un faux Hitchcock en huis-clos où quantité de thèmes essentiels sont abordés, la desperate housewife (ingénue ou ambiguë?) qui s’étiole d’ennui sous le soleil, les deux voyous pour qui elle demeure inaccessible même quand elle s’offre à eux (la force du fossé social), le pari dangereux entre deux hommes marginaux qui se mentent sur leur sexualité, ce qui causera leur perte, le mari fric qui ne voit pas sa femme mais la couvre de cadeaux (la société de consommation a remplacé les rapports humains)…

Très fort ce réalisateur, disciple d’Orson Welles (les gros plans des visages au début son typiquement Wellesiens) dont c’est le premier film tourné en 10 jours avec son épouse, actrice. L’ambiance est asphyxiante et asphyxiée un peu comme dans « Reflets dans un œil d’or » dont le sujet est tres différent mais le thème, parfois, proche : réalisé par John Huston d’après le roman de Carson Mac Cullers, l’alter ego de Tennessee Williams.  Le Sud, la moiteur, l’oisiveté, l’enfermement dans une garnison vivant en vase-clos, l’ennui d’une Leonore (Liz Taylor dans « Reflets… ») couchant avec un haut officier, dont l’épouse dépressive se console avec son serviteur philippin, n’ayant pour distraction que monter à cheval ou écrire des cartes d’invitation pour inviter toujours les mêmes convives, son mari (Marlon Brando) qui n’assume pas son homosexualite, sujet à la cleptomanie, matant en cachette l’officier qui monte nu la nuit sur un cheval.

Dans « Private property, dès le départ, une phrase-clé est prononcée par un personnage secondaire « on ne mélange pas les groupes » et ce tabou social revient en force dans la dernière scène : on va abattre Duke comme un chien, le mari de retour de l’aéroport où il traite des affaires, ne pensant qu’actions bousières et agrandissement de sa société, veille sur son épouse comme un chien de garde…

critique http://www.cinemaniac.fr/reflections-in-a-golden-eye-reflets-dans-un-oeil-d-or-sortie-dvd/

Diffusion

Sortie en reprise épée salles le 7 septembre 2016

Carlotta distribution

Notre note

(5 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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