Black-Mirror-Ep-1-5

Quand France4 piège les bloggers pour démontrer le message « Black mirror »

focus series Diffusion France 4, à partir du 1er mai

Pitch

Une série anglaise, sur le mode farce philosophique trash, traitant de l'addiction aux nouvelles technologies et ses effets secondaires.

Notes

Hier soir, à l’invitation d’Allociné (club des 300**) pour le compte de France 4, je vais, dans le cadre de ma rubrique TV, assister à une projection des 2 premiers épisodes de « Black mirror ». J’y tiens parce que je fais souvent des posts sur des séries diffusées par des chaînes privées (et aussi souvent par Arte) mais trop rarement pour les chaînes publiques. Hors, j’ignore trois choses, d’abord le sujet de la série (mais ce n’est pas plus mal), ensuite qu’on va la projeter en VF (c’est une série britannique), enfin, que le débat qui va suivre sera filmé à notre insu! Jamais l’invitation d’Allociné n’a mentionné que le débat serait filmé, que l’invité s’engageait à céder ses droits à l’image!!! 

Et ce débat piège les bloggers car avant la projection, on leur donne un code wi-fi et un hashtag spécifique (#blackmirrorf4) afin de faire le Live Tweet de cette soirée ;  ça, c’est bien vu de la part de France 4, car immédiatement le hashtag en poche, le blogger, conditionné par les réseaux sociaux, twitte! Conditionné par la démonstration qui va suivre « nous sommes tous connectés, est-ce une addiction? ».

Après deux pénibles épisodes en VF où les acteurs jouent faux à s’en arracher les cheveux, le débat commence, et tous les tweets avec le hashtag #blackmirrorf4 s’affichent alors sur un grand écran. Devant cet écran, une tablée avec trois intervenants dont une sociologue très intéressante qui a compris les projets Google de racheter des sociétés de cerveaux artificiels, par exemple…

** le club des 300 bloggers, dit club des 300, a été imaginé, il y a quelques années, par le site Allociné pour la promo des films, les blogs cinéma sont invités à des projections et évènements privés, en retour, ils en parlent.

Episode 1 :

Une princesse de pacotille est enlevée, la rançon : que le premier ministre couche avec un porc sur une vidéo qu’on passera sur YouTube. Petit détail qui me choque infiniment plus que tout le reste : la maltraitance des animaux qu’est la zoophilie, le porc en l’occurence, eh oui! l’humain est pervers mais pas l’animal, autre débat… Evidemment, le premier ministre est obligé d’accepter pour raisons politiciennes et tout le pays se presse pour mater la vidéo de la copulation premier ministre/animal. Est-ce bien différent des foules qui se pressaient pour assister aux exécutions capitales autrefois? Le mélange des pulsions antagonistes voyeurisme et dégoût ne date pas d’hier. C’est la première « leçon » de la série.

Episode 2.

Dans une monde où on filme tout, où on se filme et met en scène sa vie privée sur les réseaux sociaux, ici, les protagonistes possèdent des puces avec des dizaines d’années de mémoire qu’ils peuvent re-visionner à l’envi. Un homme, qui soupçonne sa femme de d’avoir eu une relation avec un autre homme, devient fou (en deux mots) en re-visionnant inlassablement des images du passé (forme électronique du ressassement?). Deuxième « leçon » : l’utilisation pervertie de la mémoire dont on supprime les filtres de protection (mémoire sélective), l’utilisation compulsive des enregistrements de faits éphémères ou secrets et qui auraient dû le rester. Un peu le « je suis filmée, donc, j’existe »…

Conclusion : sommes-nous drogués à la technologie et quels en sont les effets secondaires? La série, produite par Endemol (inventeur de la téléréalité!) se veut pédagogique en provoquant un choc chez le spectateur (fallait-il que ce choc soit également esthétique? Le spectateur comprendrait-il mieux le danger quand c’est hideux à l’écran?) Cette addiction aux images n’est donc pas indolore, comme toutes les addictions. La série n’est d’ailleurs pas d’anticipation (comme on nous l’a suggéré) mais un présent outré, caricaturé de manière triviale, à la manière du farce grossière, hyper-trash, mais à visée philosophique et pédagogique, voire thérapeutique (?) : mettre le spectateur face à ses pulsions et ses peurs… L’image est très laide, les acteurs jouent faux, à la manière d’une émission de téléréalité, c’est sans doute fait exprès. Mais on doit convenir que l’objectif de déranger le spectateur est atteint!

Et aussi

 "Le Prix du danger" (1983) d'Yves Boisset, film prémonitoire sur  les dérives de la téléréalité avant même qu'elle existe...


« Le Prix du danger » (1983) d’Yves Boisset, film prémonitoire sur les dérives de la téléréalité avant même qu’elle existe…

La leçon que n’auront pas les téléspectateurs de France 4, c’est d’être « sujets d’expérience » et, notamment, filmés à leur insu. Car les organisateurs nous ont demandé hier, benoîtement, si on avait vécu une expérience. C’est le moins qu’on puisse dire, l’expérience du cobbaye… D’abord, je suis furieuse qu’on ne m’ait pas prévenue que nous étions filmés (sans autorisation préalable), ces images du débat ayant vocation à être utilisées ultérieurement par la chaîne. Par ailleurs, je conviens que France4 m’a piégée intelligemment, quoique perversement, en me donnant un hashtag en appât pour vérifier qu’en bon animal de laboratoire j’allais aussitôt twitter, ce que j’ai fait, je suis donc Twitter-addict.

L’impression de malaise en sortant des locaux de France TV, bien au delà du message « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme »* version Endemol qu’est cette série ambitieuse, bien au delà aussi de l’utilisation des bloggers à des fins promotionnelles (on a l’habitude), fut cette sensation désagréable d’avoir été piégée (afin d’illustrer le message de la série, me répondra-t-on).

Trop c’est trop. Un contre-exemple, en passant, Acer m’a invitée récemment à une soirée de court-métrages réalisés avec leur dernier modèle de Smartphone, l’agence de com, organisatrice, m’a prévenue très clairement par écrit que les invités seraient filmés durant la soirée, à moi de choisir, cela m’a gênée, finalement, je n’y suis pas allée.

*Rabelais

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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