« Quantum of solace » : l’ombre de Vesper sur le 22° James Bond

Mark Foster, sortie 31 octobre 2008

Pitch

Après la mort de Vesper, la femme aimée qu’on avait forcée à le trahir, James Bond lutte pour ne pas transformer sa mission professionnelle de traquer les coupables en vengeance personnelle. Pourtant, c’est associé à une belle vengeresse qu’il va suivre la piste de Greene, un homme d’affaires impitoyable qui manipule les gouvernements pour s’approprier les richesses naturelles de la terre.

Il y a des lundis matins au soleil même en automne à Paris… ainsi ce matin à 10h sur les Champs Elysées… environ 400 privilégiés (dont j’ai eu la chance de faire partie, mille mercis!!!), se pressaient aux abords de l’UGC Normandie pour une avant-projection unique et indivisible… afin de savoir enfin… à quoi ressemble le nouveau Bond, le second Daniel Craig dirigé par un nouveau réalisateur (Mark Foster), en deux mots, l’événement dont on n’avait pour le moment pu apercevoir (pour ma part) que quelques images dans une pub Coca… Bien qu’on ne soit qu’à dix jours de la sortie du film, danger de piratage oblige, très contrôlées les entrées, les téléphones appareils photos à la consigne, le détecteur de métaux, les vigiles dans la salle immense (une des plus grandes et confortables de la capitale), etc…  

Le nouveau James Bond, après 45 ans de franchise… est attendu avec plus d’impatience que « Bon baisers de Russie » « , second volet de la sage Bond après « Dr No » (1962)… « Quantum of solace » a plusieurs particularités de « première fois » : primo, c’est la première fois qu’on fait une suite assumée à un James Bond, donc au précédent « Casino royale », qui marquait le retour aux sources aux romans de Ian Flemming et l’intronisation de Daniel Craig. Bien qu’on puisse regarder « Quantum of solace » sans avoir vu le premier opus, ce ne sera pas une expéricence aussi viscérale, compte tenu du sujet : la confiance, la trahison et la vengeance (solace veut dire consolation)… Secundo, c’est la première fois qu’un James Bond n’aura pas d’aventure amoureuse avec la James Bond girl numéro 1 (on lui trouvera cependant une petite consolation avec lagent Fields)… Pourquoi ? Parce que Bond na pas létat desprit aux aventures amoureuses, sa seule motivation étant de venger la mort de Vesper, l’unique femme qu’il ait aimée, qu’on aurait forcée à le trahir à lépisode précédent.
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photo Sony pictures
Retour à la vengeance et à l’évolution du personnage de Bond à travers presque un demi-siècle : Depuis Craig, on a clairement admis que James Bond a des sentiments, que c’est un personnage humain avec des zones d’ombre, bien au contraire d’un Sean Connery parfait en tout et n’ayant aucun mal à terrasser l’adversaire ou séduire la partenaire. Idem pour le méchant qui s’est « psychologisé » avec le temps, petit à petit, le méchant est sorti de son statut de monstre pour avoir des raisons d’être méchant… 


photo Sony pictures
Quoiqu’avec le choix de Mathieu Amalric, ce n’est pas tant la psychanalyse du méchant qui est mise en exergue mais son comportement qu’il fait évoluer de façon drastique : MA interprète un méchant qui nen a pas l’air (ou à peu près), comme c’est le cas aujourd’hui où l’assassin, le terroriste, a la figure de tout le monde . Psychopathe introverti, Greene (MA) a des éclairs de pulsions monstrueuses qu’il réprime en public, plutôt timide, réservé, discret, c’est à la fin qu’il perd le contrôle, qu’il explose jusqu’à déployer une violence animale face à Bond : ce qui nous amène au tertio : c’est en effet aussi la première fois que James Bond a un vrai duel avec le méchant de l’histoire, ça se passera dans le désert entre Craig et Amalric qui n’auront pas les mêmes armes, le premier agent secret surentraîné, le second, businessman corrompu, devenu fou de rage, ça tombe bien, compte tenu des aptitudes sportives de MA voisines de zéro… Enfin, 4° première fois, M va désavouer Bond à mi-film, ne lui octroyant plus une confiance totale, dès le début, M, professionnellement parlant, craint que Bond transforme sa mission en vengeance tout en lui donnant secrètement raison humainement parlant. 


photo Sony pictures

Paradoxalement, plus on humanise tous les protagonistes, Bond nest plus un  surhomme, M a des doutes, les James Bond girls sont des beautés naturelles qui ont un cur, Greene est un homme daffaire véreux et cupide plus quun fou mégalo idéaliste, etc… Plus laction est mécanisée, déshumanisée, et semballe On dirait que cest inversement proportionnel, laction est dautant moins crédible (réaliste) que les personnages les sont davantage Je ne sais plus qui le dit dans le dossier de presse ; dans la scène douverture de « Quantum of solace », il y a autant daction que dans tout « Casino royale » ! Cest le Jason Bourne syndrome qui frappe encore, vengeance et montage incroyablement syncopé, montage mitraillette, action au superlatif, saturation du film en scènes daction, cascades ludiques pourtant sur le fil (Bond nest plus invincible à tous les coups), doublé dun 24hchronoisme pour les téléphones mobiles (et autre informatisation de tout et tout le monde, même M est informatisée, face à ses écrans) plus performants quon pourra en trouver dans le commerce dans dix ans !
 


photo Sony pictures

Au final, si je demeure sous le charme de Daniel Craig, le meilleur et le plus charismatique Bond depuis Sean Connery, si la performance dAmalric nétonnera que ceux qui ne le connaissent pas, ce James Bond amoureux, puis dépité, me dérange un peu, je le préférais invincible et sentimentalement et agent secrètement Que le fantôme de Vesper, la femme aimée et morte dans l’épisode précédent, plane sur le récit tout au long du film, nest pas lidée de génie de ce scénario signé dun des maîtres Paul Haggis (double oscar du scénario pour son propre film « Collision » et « Million dollar baby » de Clint Eastwood). Mais, ensuite, tout se tient : comme Bond parle sans cesse de Vesper, il aurait été inconvenant de lui concocter une liaison passionnée avec une autre femme : avec Camille, la James Bond girl majeure, il naura quune alliance de vengeance (sa famille à elle ayant été décimée par un des dictateurs avec qui traite Greene), la jeune femme (sosie de Sophie Marceau) étant présentée un peu comme un alter ego féminin de Bond.
 


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La question se pose : des 21 James Bond existants, « Casino royale » (le dernier, pas la parodie avec Peter Sellers datant de 1967) est celui qui a obtenu le plus grand succès commercial Les spectateurs priseront-ils encore plus que le top… cette
suite pléthorique enrichie en tout, dopée à toutes les inflations? Plus daction, plus de pays (six en tout de Londres, Sienne et lItalie, l’Autriche, au Chili en passant par Haïti, le désert), plus de cascades, plus de technologie, plus d’effets spéciaux, plus dambiguïté ? La réponse le 31 octobre… Site officiel « Quantum of solace »… PS. On a beau chipoter sur l’évolution de Bond et sur le « choc » des changements, on passe tout de même un savoureux moment…


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Notre note

(4 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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