"Ma' Rosa"

« Ma’ Rosa » : quelle leçon! #Cannes2016

focus film/festival Brillante Ma. MENDOZA, sortie 30 novembre 2016

Pitch

Ma' Rosa tient une épicerie dans un quartier pauvre de Manille. Elle y vend aussi des narcotiques illégaux. Soudain, elle est arrêtée par la police...

Notes

Impressions immédiates.

Je sors du dernier film de Mendoza et g honte de notre indécente société de consommation… Apparemment plus apaisé, plus accessible au public, il décrit cette précarité insensée que nous ne soupçonnons même pas. Aucun misérabilisme, un constat, de l’humour, de la tendresse pour ses personnages et sa mise en scène géniale en immersion ; dès le générique (pourtant noir), on comprend qu’il n’a rien changé à son angle de vue.

"Ma' Rosa" (photo Pyramide)

« Ma’ Rosa » (photo Pyramide)

« Ma’ Rosa » (Jackyn José) tient une épicerie dans un quartier pauvre de Manille ; la première scène la montre dans un supermarché en train d’acheter des provisions pour son épicerie, des produits simples et des friandises qu’elle revendra avec un maigre bénéfice, un peu comme dans un  village où l’épicerie rend service autant autant qu’elle gagne modestement de l’argent. Avec son mari Nestor, Ma’ Rosa vend aussi de la drogue, son mari est en train de se droguer quand elle rentre du supermarché, elle banalise, elle n’a pas le temps de s’en émouvoir. Soudain, Ma’ Rosa, aimée et appréciée de tout le quartier, sur dénonciation d’un voisin qui, lui-même, voulait faire sortir son père de prison en « balançant » (on le saura plus tard), est arrêtée par la police. Une police corrompue, aussi pauvre qu’elle, qui alterne le chaud et le froid. Policiers humains parfois, se réjouissant d’avoir extorqué de l’argent pour s’acheter un bon repas. Pour le spectateur, il est quasiment impossible de distinguer un policier d’une personne arrêtée par la police tant tous se ressemblent, issus des mêmes faubourgs, et portent les mêmes vêtements propres et bien repassés mais n’en possèdent pas d’autres (Ma’ Rosa porte la même tenue tout le long du film, un short, un t.shirt). Policiers impitoyables parfois aussi, corrompus exigeant de Ma’Rosa une somme exorbitante pour la libérer…

"Ma' Rosa" (photo pyramide)

« Ma’ Rosa » (photo pyramide)

Afin de trouver cet argent, les enfants de Ma’ Rosa vont aller très loin dans ce qui paraît pour le spectateur des pays nantis, obsédé d’hyper-consommation galopante, le sacrifice ultime : vendre son corps ; tel le fils cadet qui voit, comme beaucoup des jeunes gens des célèbres « trottoirs de Manille », la prostitution comme un moyen de survie. Un corps jeune, un type un peu plus riche qui va dépenser toute sa paye et même ses économies pour s’offrir une nuit avec le plus jeune fils de l’épicière dont on voit au look qu’il est un habitué, un « occasionnel » rodé de la prostitution masculine. Quelle leçon pour nos sociétés de pléthore! Ce qui n’empêche pas l’humour très présent chez Brillante Ma. Mendoza et surtout de ne jamais juger ses personnages pour lesquels qu’il a une indéniable tendresse.

 

 

Et aussi

Depuis « Le Masseur », qui avait choqué le public, en passant par « Serbis » ou surtout « Kinatay », où les festivaliers cannois sortaient de la salle sous le prétexte « on ne voit rien, on n’entend rien », admirable mise en scène de nuit de la seconde partie du film, très violente, il est vrai, apparemment Mendoza s’est adoucit, composant en livrant des films accessibles à un public plus large. Mais son propos n’a pas changé et Manille non plus. Sa mise en scène « en immersion », son approche sensorielle. Le son en sur-régime, qu’on on entend depuis le générique noir et sans images, nous rassure immediatemement. Et l’impression pour le spectateur de se trouver lui-même à Manille tant le réalisateur nous y aspire car Mendoza est un génie de la mise en scène et les sélectionneurs du festival de Cannes, qui l’invitent chaque année, malgré les difficultés à faire aimer son cinéma par le public cannois, ne s’y sont pas trompé. Pas plus qu’Isabelle Huppert, présidente du jury il y a quelques années, qui a voulu tourner avec lui, ça a donné « Captive », film international et externalisé, mais c’est un film mineur chez Brillante Mendoza qui est meilleur quand il décrit simplement, avec un talent inégalé, ce qu’il voit et ressent et voudrait nous transmettre de son pays : les Philippines d’aujourd’hui ; car tous ses films ne se passent pas à Manille et tous ses films ne sont pas focalisés sur les gens les plus pauvres, dans « Kinatay », il a montré la middle-class de son pays qui n’a pas beaucoup de moyens non plus… Dans « John-John », il a parlé de l’adoption par de riches occidentaux, ce film-là a été considéré comme plus accessible à cause de son sujet.

On a rapproché « Ma’ Rosa » de « Tirador » mais c’est uniquement le sujet, le trafic de drogue, qui lie ces deux films, « Tirador », spectaculaire descente de police ans la nuit, est le film qui m’a clouée sur mon fauteuil lors du festival asiatique de Deauville. Programmé à 23h… Je n’ai pas oublié le choc « Tirador » lors d’une de ces séances de nuit qui ont peu à peu disparu, comme le village asiatique si important pour connaître l’Asie à distance… un peu… jusqu’à ce que le festival Asiatique, réduit à la portion congrue, faute de subventions, ferme ses portes depuis deux éditions. La crise aux portes de l’Occident…

Ce qui a changé chez Brillante Mendoza c’est de renoncer au spectaculaire, de ménager le spectateur occidental avec des films apparement plus grand public mais rien n’a changé dans son approche et dans sa mise en scène et les cinéphiles ne s’y tromperont pas.

"Ma' Rosa" (photo Pyramide)

« Ma’ Rosa » (photo Pyramide)

Un mot sur la sobriété de cette magnifique dernière scène, les larmes silencieuses de « Ma’ Rosa », ses premières larmes, en grignotant une brochette dans la rue avec quelques sous qu’on lui a donné, la solidarité des plus pauvres… Mais j’en ai déjà trop dit…

#Cannes 2016 #compétition officielle

Prix d’interprétation féminine à Jaclyn José

 

POST RÉDIGÉ LE 29 septembre 2016

Annexe

image

 

À Cannes... Prix de la mise en scène pour "Kinatay" (2009)

À Cannes… Prix de la mise en scène pour « Kinatay » (2009)

 

Diffusion

MasterClass de Brillante Ma. Mendoza et AP en sa présence lors du

Festival du cinéma philippin à Paris : 18/20 novembre 2016

au club de l’ETOILE, 14, rue Troyon Paris 17°

Bande annonce

Notre note

5.0 Stars (5,0 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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