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« Sacco et Vanzetti » : procès de l’Amérique xénophobe des années 20 / reprise en salles

Giuliano Montaldo, 1971, reprise 6 aout 2014

Pitch

Massachussets, avril 1920, un braquage dans une usine de chaussures tourne mal. On accuse à tort deux immigrés italiens anarchistes. C'est l'affaire Sacco et Vanzetti.

Notes

Sur la photo ci-dessus, la scène se passe au commissariat où on demande à Sacco et Vanzetti de lever la main comme s’ils étaient en train de tirer… Puisqu’on les accuse du hold-up d’une manufacture de chaussures, un braquage qui a mal tourné, deux employés sont morts. Pourtant, Nicola Sacco, cordonnier, et Bartolomeo Vanzetti, poissonnier, ne sont pas des assassins mais de modestes immigrés italiens venus tenter leur chance en Amérique, le premier mutique, le second se déclarant anarchiste et fier de l’être. Mais, comme le montre très intelligemment la première scène du film (le spectateur se demande de quoi il s’agit, les policiers cassent les vitres des maisons, cognent les gens, les regroupent, les font partir en pleine nuit… dans quel pays et à quelle époque est-on?), les raffles d’immigrés, extrêmement violentes, n’ont pas bonne presse en Amérique. Aussi, en 1920, le ministre de la justice, un certain Palmer (les « raffles Palmer »), bien avant Mc Carthy, obsédé par la traque des « rouges » (bolchéviques) et des « anars », a préféré mettre en scène ce procès truqué de deux immigrés italiens accusés sans preuves tangibles d’avoir commis un braquage ; accusés en vrai d’être anarchistes et immigrés de nationalité italienne. Le procès de Sacco et Vanzetti va durer 7 ans, en 1927, ils seront exécutés sur la chaise électrique de l’état du Massachussets malgré qu’un des types de la bande de Morelli, auteurs du hold-up, ait avoué leur crime en prison.

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Et aussi

La première scène de raffle est filmée en noir et blanc comme des images d’archives. Mais il y aura aussi, insérées dans le film, de vraies images d’archives quand le monde entier va manifester, s’indigner, demander la grâce de Sacco et Vanzetti. La mise en scène est brillante, on passe du noir et blanc à la couleur, de la salle du procès aux flash-backs et aux archives originales. Le film, poignant, demeure tragiquement d’actualité, rappelant que les Etats-Unis (on est également à l’époque de la prohibition) ne sont pas toujours synonyme de liberté…

On est, au départ, un peu désorienté que le film soit en langue italienne tout en se passant aux USA mais ça passe vite, les acteurs, le réalisateurs sont italiens. Riccardo Cucciolla (avec cette expression tellement déprimée qu’il a dans d’autres films aussi) obtiendra le prix d’interprétation masculine au festival de Cannes 197, Gian-Maria Volonté (vu un an plus tôt, en 1970, dans le rôle d’un puissant dans l’incroyable film « Enquête au dessus d’un citoyen au dessus de tout soupçon ») est méconnaissable, magistral. Un film coup de poing sur l’Amérique WASP et xénophobe des années 20 (le mouvement « White Anglo-Saxon Protestant » voit d’un mauvais oeil les arrivées massives d’immigrés en provenance du sud et de l’Europe de l’est) ; mais une Amérique néanmoins divisée par le simulacre de procès de Sacco et Vanzetti qui seront défendus par bon nombre de mouvements, notamment syndicalistes et féministes.

Mais quelle émotion dans ce film, déjà bouleversant (mais sans pathos), d’entendre Joan Baez chanter et finir par le célèbre « Here’s to you » (Nicola and Bart) : « Voici pour vous, Nicola et Bart. Reposez toujours dans nos coeurs. Le dernier instant est le vôtre. Cette agonie est votre triomphe. » (la musique est d’Ennio Morricone et les paroles de Joan Baez, excusez du peu…)

photos Carlotta

photos Carlotta

 

Notre note

5 Stars (5 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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