« Shrink » et « Humpday » en compétition, détente avec « Ultimate game » thriller SF


Les maillots de bains sont sortis des placards où on les avait rangés, la plage de Deauville sous un soleil radieux, les terrasses des Planches en lunettes noires, il fallait se faire violence pour s’extirper de sous son parasol bicolore afin de s’enfermer dans le sous-sol pourtant cossu du CID où les vigiles ne se lassent pas de vous faire refaire inlassablement tout le tour du bâtiment quand on se trouve à moins d’un mètre de l’escalier, histoire d’appliquer « le » règlement…

sortie 9 octobre 2009    

Premier film ce matin et troisième de la compétition, « Shrink » de Jonas Pate avec Kevin Spacey, Robin Williams, une douzaine de petites histoires s’entremêlant pour faire l’histoire d’un psy en deuil qui va presque plus mal que ses patients dans un Hollywood blasé, névrosé… Quatrième film en compétition qui pourrait bien sortir son épingle du jeu du palmarès, « Humpday » de Lynn Shelton, déjà présenté à Cannes à la Quinzaine des réalisateurs (sortie en salles le 16 septembre). Quelle part d’homosexualité possède tout hérérosexuel? C’est un peu le sujet de cette comédie déjantée, caustique, apparemment subversive, bien plus subtile qu’il n’y paraît à première vue, première écoute…
 

« Humpday » de Lynn Shelton 


sortie 16 septembre 2009


Trompeur, ce film qui devient de plus en plus complexe et subtil pour finir sur tous les possibles… Marié à Anna, Ben est casé, rangé, menant une vie paisible, presque pépère, un coup de sonnette à deux heures du matin va le réveiller à tous les sens du terme. C’est son ami Andrew, parasite se la jouant sur la route de Kerouac, qui débarque de Mexico pour s’installer chez eux. Le lendemain, Andrew a sympathisé avec un groupe aux moeurs libérées dans son genre, il y entraîne Ben qui ne se fait pas prier. Les invités ivres ou défoncés, le sujet de conversation tournant autour du festival porno annuel Hump, Andrew a alors l’idée d’un geste artistique : deux hétéros filmés couchant ensemble, en deux mots, lui et Ben, les deux larrons semblent d’accord. Au réveil, la gueule de bois va  mettre un bémol à l’accord en question… Comment l’annoncer à Anna, l’épouse de Ben?
D’un côté, le film monte en intensité dramatique, ces deux hétéros affichés vont-il oser? De l’autre, au fur et à mesure que les raisons s’accumulent pour renoncer à l’entreprise, les marques ambigues se multiplient comme cette étreinte au sol en jouant au basket. D’ailleurs, dès la première phrase d’Andrew, les dés sont jetés : en sonnant à deux heures du matin, le copain prodigue dit pour blaguer que c’est la police pour une affaire de sodomie datant des années 90… Plus tard, Ben se souvient d’une attirance pour un homme tenant un vidéoclub quand il était étudiant. Andrew, lui, serait plutôt gêné de n’avoir pas osé faire toutes les expériences. Le sourire de Ben pour Andrew n’existe pas dans les scènes avec sa femme Anna où il est un autre homme. Ce qui ferait craquer Ben, et Andrew l’a bien compris, en joue, c’est que son ami le considère comme un notable quand ces retrouvailles lui rappellent leur vie dissolue d’autrefois, leur jeunesse.

Là où le film est fin c’est qu’il sépare subrepticement les paroles et les actes, les joutes oratoires de Ben et Andrew ne traduisent pas ce qu’ils ressentent et ce qu’ils nient et même disent souvent le contraire. Emballés par cette idée de performance, les détails pratiques seuls semblent poser problème aux deux amis d’enfance,  la seule dimension à laquelle aucun des deux ne fait jamais allusion, c’est qu’ils pourraient être réellement attirés l’un par l’autre, on aborderait alors l’inavouable, le vrai tabou à transgresser ne serait donc non pas de coucher ensemble mais d’en avoir envie, d’y avoir pensé autrement que pour le challenge provocateur du festival Hump… Existerait-il toujours une homosexualité latente dans les relations amicales masculines (pour conserver cet exemple)? Jusqu’à quel point a-t-on intérêt pour son équilibre personnel à assouvir toutes ses pulsions? Inversement, jusqu’à quelle limite doit-on accepter la frustration? Habile, le film pose plus de questions aux spectateurs qu’il ne répond à celles des protagonistes. Les acteurs sont justes malgré, seule réserve, la dimension théâtrale de la mise en scène, la multiplication des tête à tête bavards, surtout dans la seconde partie du film. Bien parti pour le palmarès de dimanche!

« Ultimate Game » de Mark Neveldine et Brian Taylor

sortie mercredi 9 septembre 2009


Tandis que vibrait un hommage du CID ce soir aux producteurs ZAZ (
David Zucker, Jim Abrahams et Jerry Zucker), j’ai déserté pour aller voir « Ultimate game », une sorte de jeu vidéo géant, thriller SF accentuant le trait d’une réalité déjà contemporaine, l’irruption du virtuel dans les relations humaines et le lavage de cerveau modernisé, ici, l’introduction d’une puce dans le cortex cérébral d’un être humain, téléguidé ensuite par un joueur inconnu depuis son home sweet home et sa console de jeu qui agit alors directement sur la volonté du trépané.L’objectif étant de fabriquer des personnages vivants de jeux vidéo comme « Slayers », crée par un certain Castle, sorte de Bill Gates perverti, un jeu consistant à faire s’entretuer des prisonniers, chacun guidé à distance par un joueur, avec pour eux le mirage d’être libéré après 30 combats gagnés. Derrière « Slayers », la politique, ce jeu diffusé dans les villes du monde entier servant des gouvernements qui ne savent plus comment gérer la surpopulation des prisons. Autre jeu qui a fait la fortune de Castle, vieil ado surdoué et mégalo vivant réclus dans un monde virtuel, « Society » où la même recette est appliquée à des fins de luxure et d’agressions sexuelles.

Le héros des gladiateurs téléguidés est un certain Kable (Gerard Butler), prisonnier condamné à mort, rescapé des combats grâce à un ado de 16 ans qui le pilote, animé par le désir de retrouver sa femme Angie (Amber Valletta), hôtesse du jeu « Society », et sa petite fille. Pendant qu’un contre-pouvoir se développe avec le groupe rebelle les « Humanz » pour stopper la dictature de Castle, Gina Parker Smith (Kyra Sedgwick), journaliste star d’une grande chaîne télé, doit choisir son camp, tiraillée entre son obsession du scoop et sa sympathie pour Kable devenu un héros mondial… (un peu le même personnage qu’Eva Mendes dans « Live! »)

Ce serait un euphémisme de dire que c’est rythmé, le montage zapping ultra-syncopé, les gunfights occupant les trois quart du film, les acteurs se déplaçant mécaniquement comme des personnages de jeu vidéo, la musique rock à fond, etc… Ce n’est pas très neuf comme idée même si c’est novateur dans la forme (déjà un film français des années 80 « Le Prix du danger » (1983) d’Yves Boisset avec Gérard Lanvin et MF Pisier racontait quasiment la même chose) mais ça détend, ça défoule de tout ce 35° festival USDeauville excessivement sentimental.

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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