« Signore&Signori » : petits arrangements de la bourgeoisie

Pietro Germi, 1965, sortie DVD 23 février 2010

Pitch

Une étude corrosive des notables de Trévise, un groupe d'amis au dessus de tout soupçon naviguant en sous-main entre fêtes et adultères, flanqués d'épouses stupides ou castratrices, empêtrés dans le mensonge et les médisances.

 

Réalisé après le populaire « Divorce à l’italienne » (1962), puis, « Séduite et abandonnée » (1964), qui marquaient un virage dans la carrière de Pietro Germi passant définitivement du drame à la comédie, « Signore&Signori » (1965), après plusieurs films réalisés en Sicile, s’aventure dans une contrée puritaine de l’Italie du nord, la Vénétie, en passant au scanner l’hypocrisie des bourgeois de Trévise. Découpé en trois parties, le film n’est pourtant pas un film à sketches car on y retrouve les mêmes personnages dans un même lieu, leur quartier, mais chaque partie met en vedette un des protagonistes et son histoire particulière : le faux impuissant, le mari harcelé par son épouse, tombant amoureux d’un ange, et le groupe réuni par la peur du scandale.
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Photo Carlotta

Tony Gasparani, effondré, confie son impuissance à son médecin et ami… Son épouse, Ippolita, elle, l’ignore, préfèrant la compagnie d’un curé avec qui elle fait de bonnes oeuvres. Branle-bas de combat pour se rendre à une soirée dans une villa où un casse-pied chasse le maître de maison qui va se coucher. Pendant la soirée, le médecin ébruite l’impuissance de Tony, objet des moqueries. Puis, la jolie trop jeune épouse du médecin préfère rentrer et ne pas accompagner son mari et un groupe d’amis dans un club minable de strip-tease. Le médecin confie sa femme poupée blonde à Tony pour la raccompagner en voiture puisqu’il ne risque rien avec un impuissant…
Osvaldo Bisigato,

employé de la banque catholique, vit un enfer conjugal, malmené par une épouse harpie qui l’humilie avec une seule issue, mettre des boules Quies pour ne pas l’entendre. Amoureux de la serveuse du café voisin, la ravissante Milena (Virna Lisi brune), Bisigato finit par passer à l’acte et quitter le domicile conjugal. Mais tous les notables ses amis le dénigrent, le voilà seul dans un hôtel en compagnie de la femme aimée, docile, parfaite, un peu sotte, personne n’ayant voulu les héberger. Puis, Bisigato est arrêté par la police pour adultère par l’entremise d’Ippolita, la cousine de sa femme. Pour couronner le tout, les notables font courir le bruit que Milena est une ancienne prostituée… 

  
Photo Carlotta

Une jolie fille débarque de sa campagne dans les rue de Trevise, affolant le groupe de bourgeois amis, du marchand de chaussures au médecin, en passant par le pharmacien et l’agent immobilier, chacun se repassant le bon plan. Arrivée en ville avec un tuyau d’arrosage sur l’épaule, Alda en repart habillée luxueusement avec de l’argent de poche donné par ces messieurs. Mais le père d’Alda débarque, bien déterminé à sauver l’honneur de sa fille qui n’a que 16 ans, tous sont alors menacés de détournement de mineurs… Un troisième volet choral fédérateur mettant en scène tout le groupe soudé dans l’adversité.
L’image de la femme est plus que caricaturée chez Pietro Germi, poupée stupide demandant comment on met deux robes à la fois, femme docile et crédule acceptant tout avec les yeux de l’amour, ou, au contraire, harpie hurlant, tapant sur son époux, virago sèche préférant les curés et l’argent pour ses oeuvres, ou encore, femme infidèle, femmes vipères se détestant entre elles, le catalogue n’est pas brillant. Côté mâles, ce n’est pas terrible non plus, l’hypocrite, le faux ami, le faux impuissant, le potinier, l’emmerdeur pot de colle, avec pour dénominateur commun l’absence de compassion, la reconversion de tous les malheurs des amis en sujet de dérision pour amuser la galerie…


Photo Carlotta

Faute de moyens, exceptée Virna Lisi, pas de stars au générique mais une palme d’or partagée au festival de Cannes avec « Un Homme et une femme » de Claude Lellouch sous les huées des festivaliers… Le film fut taxé de vulgaire, ce qui n’est pas le cas, en revanche, l’ironie sarcastique de Pietro Germi baigne dans l’acide sulfurique car le sujet est plus sérieux qu’il n’y paraît : le réalisateur fustige la lutte des classes, l’argent qui achète tout, l’hypocrisie bourgeoise (la femme du médecin lui fait remarquer, qu’elle, quand elle le trompe, ça ne sait pas!), l’antagonisme hommes/femmes et la lâcheté masculine.
Bonus du DVD : « Pietro Germi, il bravo, il bello, il cattivo » (« Pietro Germi, le bon, le beau, le méchant ») de Claudio Bondi (2009, 1h)
un documentaire très instrutif sur Pietro Germi de son western « Au Nom de la loi » (1948), au dernier film qu’il réalisa, « Alfredo, Alfredo (1972), avec Dustin Hoffman qui aurait accepté le rôle après que Germi ait obtenu un Oscar à Hollywood pour « Divorce à l’italienne ». On démontre nettement la césure après
« Meurtre à l’italienne » (1959) à la fois film de genre et dernier film néoréaliste de Pietro Germi. Ensuite, au grand étonnement de son entourage, ce dernier ne tournera plus que des comédies de moeurs. Avec des interventions de Pupi Avati, Stefania Sandrelli, son actrice fétiche, Claudia Cardinale et Virna Lisi. Pupi Avati fait remarquer que Germi fur le premier à jouer dans les films qu’il interprétait, préfigurant le cinéma d’auteur italien.
A noter que Pietro Germi, malade, confiera à son ami Mario Monicelli (qu’il avait déjà sollicité pour « Signore&Signori » avant de se raviser) la réalisation de « Mes Chers amis » (1975).

DVD Carlotta. Parution de 3 DVD de Pietro Germi « Meurtre à l’italienne » (1959), Signore & Signori » (1965), « Il Ferroviere »(1956). Sortie le 23 février 2010.

 

Lire aussi la critique de « Meurtre à l’italienne »….

 

Notre note

(4 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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