"Swiming with sharks" : les dents d'Hollywood

Georges Huang, 1994


Qu’est-ce qui a conduit Guy (Franck Whaley) a prendre son patron, Buddy Ackerman (Kevin Spacey) en otage chez lui cette nuit-là? On assite à deux récits en parallèle, celui du tête à tête entre Buddy ligoté sur une chaise face à Guy qui le torture, entrecoupé du récit en flashback de ce que furent leurs relations patron-employé dans un grand studio hollywoodien. Ceci expliquant cela. Le procédé est classique mais efficace.

 

Quand Guy débarque dans les grands studios hollywodiens, c’est un jeune homme lisse et vulnérable fraichement diplomé d’une école de cinéma. Engagé comme assistant personnel du vice-patron des studios Keystone, Buddy Ackerman-Kevin Spacey, Guy est mis au courant de sa fiche de poste par son prédécesseur qui s’apprête à quitter les lieux pour une belle promotion chez Paramount. L’ancien assistant de Buddy est joué par Benicio Del Toro qu’on n’attend pas du tout dans ce registre : dandy affecté et blasé, le cheveu gominé, le geste maniéré, ce jeune requin a accepté les délires de Buddy Ackerman en attendant de grimper dans la hiérarchie. Excellente composition de Benicio Del Toro pour un second rôle où lui même n’allait pas se cantonner par la suite.
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Buddy Ackerman est un tyran cynique qui harcèle ses assistants jour et nuit. Guy en fait les frais avec une certaine abnégation, essuyant les humiliations et les insultes qui pleuvent, ayant acquis qu’on lui demande pas de penser mais d’obéir. En filigrane, il y a tout de même un rôle de coach sous le tyran, Buddy Ackerman n’est pas en arrivé en un jour mais en 10 ans d’humiliations et on devine qu’il veut aguerrir Guy, sa nouvelle recrue, et lui faire comprendre que sa réussite dépendra de son endurance aux mauvais traitements qu’il lui inflige. La limite sera dépassée quand Buddy Ackerman s’attaquera au point faible de Guy : Dawn, la productrice ambitieuse et manipulatrice qui l’a séduit par son arrogance dès son arrivée le premier jour sur le parking.

 

« Swimming with sharks » est un portrait au vitriol du Hollywood de l’époque des studios où la cupidité et l’arrivisme, l’inculture et la luxure, voire une certaine stupidité, font office d’échelle des valeurs et de marchepied pour la promotion interne. Kevin Spacey a déjà donné dans la satire du système de vie américain dans « American beauty », voire dans « La Vie de David Gale ». Et il existe peu de films, hormis « The Player » d’Altman et le « Barton Fink » des frères Coen qui critiquent le système des studios.Ce film est construit et filmé comme une comédie classique américaine des années 50. C’est un film sans âge qu’on a du mal à dater, il n’y a ni sex ni drug ni rock’n roll et la plupart des situations sont suggérées par les dialogues. Exception faite des scènes entre Guy et Buddy attaché sur sa chaise et malmené physiquement plus que torturé, le tout étant filmé de façon plus réaliste.

« Swimming with sharks », réalisé par Georges Huang et sorti en 1994 est malheureusement passé quasiment inaperçu. Espérons que sa vie en DVD sera plus prospère. Je signale néanmoins qu’il est relativement difficile de se procurer la VOST et qu’il existe beaucoup de DVD uniquement en VF ou en VO non sous-titrée zone 1. Notons au passage qu’une pièce de théâtre a été tirée de ce film il y a quelques années à Paris sous le nom de « Show-business », montée par Thomas Langmann.

 

Il y a de temps en temps de vrais plaisirs de cinéma et « Swimming with sharks » en fait partie. Captivant, original, magistralement interprété, ce petit film a tout d’un grand film. Sans concessions mais lucide et savoureux, avec d’excellents acteurs, un rythme enlevé, un scénario en béton et une mise en scène parfaite, un must!écrit par Vierasouto sur Ciao le 26/07/05

 

Notre note

(4 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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