« The Devil-Doll » (« Les Poupées du diable ») : monstreusement humains

Tod Browning, 1936, reprise en salles 18 aout 2009
Avant-dernier film de Tod Browning, le créateur de « Dracula » (1931) avec Bela Lugosi et de « Freaks, la monstreuse parade » (1932), le réalisateur parle encore de monstres terriblement humains : les uns ont été transformés physiquement en monstres, les autres ont commis des actions monstrueuses sous une apparence normale, les derniers ont des desseins monstreux pour le bien d’autres humains.

Deux prisonniers s’évadent dans la nuit du bagne de Devil’s Island, récueillis par l’inquiétante épouse de l’un d’entre eux qu’on découvre évoluant dans un  angoissant univers de cornues et d’éprouvettes, une maison isolée cernée par les chiens. La claudicante Malita poursuit seule sur des animaux les travaux de son cinglé de mari, Marcel, habité par une obsession : rétrécir l’humanité pour diminuer les besoins en nourriture. Marcel de retour, se précipite vers le labo rétrécir la servante et tombe raide mort d’un arrêt du coeur devant ce succès sur l’être humain. Paul Lavond, le co-évadé, est horrifié par le spectacle, habité, pour sa part, par un seul sentiment : la vengeance. Ancien banquier, Paul a déjà purgé 17 ans de bagne pour escroquerie et meurtre à la place de ses trois associés qui lui ont fait porter le chapeau et prospèrent à Paris. Sur le point de fuir Malita qui lui demande de remplacer Marcel pour poursuivre son oeuvre, Paul accepte pour servir sa vengeance, à condition de se transporter à Paris.
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Sur place, le couple ouvre une sombre boutique de poupées fabriqués à leur façon à Montmartre. Paul Lavond, recherché par la police après son évasion, est devenu Mme Mandilip, une charmante vieille dame méconnaissable qui démarchera ses clients un panier sous le bras. Ainsi, Mme Mandilip va trouver l’un des trois associés de la banque, un certain Monsieur Radin! : charmé par les poupées, attiré par l’appât du gain à l’atelier de Montmartre, Radin est rétréci et disparaît…  Marcel, le savant fou, avait échoué sur un point : en rétrécissant les humains, leur cerveau devenu trop petit perdait la mémoire, créant des être sans volonté mais obéissant à la volonté d’un autre agissant alors comme magnétiseur. C’est ce pouvoir que Paul/Mme Mandilip va utiliser pour se faufiler dans la vie des deux autres associés, en leur vendant des poupées qu’il téléguidera de l’extérieur (
les personnages rétrécis deviennent des Lilliputiens, sur l’écran, on joue avec une précision d’horloger avec les tailles des objets, des personnages.)
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photo Carlotta

Le film démarre en trombe dans le fantastique, les chiens hurlant dans la nuit, l’épouse tarée, le savant fou, les expériences monstrueuses. S’en suit une atmosphère très parano, Paul recherché partout en France, sa photo dans les commissariats, la peur d’être démasqué en allant voir sa mère ou sa fille, Lorraine, qu’il veut retrouver. Vers la dernière partie du film, on a visiblement le choix entre s’acheminer vers une fin à l’image du début, Malita, l’épouse de Marcel grugée par Paul, se vengeant à son tour, ou le happy end, qui sera préféré… Beaucoup moins choc, cette dernière partie du film, toute en bons sentiments familiaux est un changement de cap avec atterrissage dans le film dramatique plus classique. Cette histoire abracadabrante, débordant de mauvais sentiments, a viré au drame familial, humain, c’est à la fois un défaut et une qualité. Défaut pour la baisse d’intensité du récit, qualité pour avoir su intégrer toujours de l’humain aux desseins les plus noirs (Marcel voulait le bien de l’humanité, Paul le bonheur de sa fille).
 


photo Carlotta

Les images, la lumière, les mimiques, la noirceur de ce conte macabre réfèrent à l’expressionnisme allemand, malgré le happy end, on est toujours au bord d’un précipice de cruauté parfois évitée mais omniprésente dans l’air, un film ténébreux, au propre et au figuré avec des acteurs injustement oubliés : le grand Lionnel Barrymore (déjà avec Tod Browning dans « La Marque du vampire », 1935) et Maureen O’Sullivan (Jane dans les « Tarzan » avec Johnny Weissmuller, mère de Mia Farrow aussi…) D’après ce que j’ai pu lire, le réalisateur Tod Browning, captivé par l’occultisme, les rites Vaudou, avait dû y renoncer au cinéma à cause de la censure et avait substitué à son projet cette histoire de savant fou voulant rétrécir ses contemporains à l’échelle de leur mentalité… Un scénario très moderne qu’on pourrait utiliser aujourd’hui.

 


photo Carlotta     

Carlotta distribution, reprise en salles le 19 aout 2009.

 

Notre note

(4 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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