« The Rekless moment » (« Les Désemparés ») : une femme sous contrôle

Max Ophüls, 1949, sortie 7 avril 2010

Pitch

Apprenant que sa fille a une liaison avec un voyou, une mère de famille américaine surprotectrice lui interdit de le revoir, puis en vient à faire disparaître un cadavre pour éviter le scandale.

Aux confins du drame et du film noir, ce film est un peu un cas particulier qu’on pourrait rapprocher, sous une forme plus intimiste, comme le dit très bien Todd Haynes dans un des bonus du DVD, d’un autre mélodrame noir et portrait de femme seule portant tout son entourage à bout de bras, s’accusant du meurtre d’un homme pour protéger sa fille, « Le Roman de Mildred Pierce ». Lucia Harper, dont on ne verra jamais le mari en voyage d’affaires à Berlin, habite à Balboa, banlieue rétro de LA, avec son beau-père et ses deux enfants. Dans la première scène, Lucia Harper a donné rendez-vous à Ted Darby, l’amant de sa fille de 17 ans, Bea, un type louche à qui elle interdit de la revoir. Ce dernier meurt accidentellement lors d’un ultime rendez-vous avec la jeune fille. Lucia Harper s’empresse d’aller faire disparaître le cadavre au petit matin en barque… mais un maître chanteur débarque pour exiger $5000 en échange des lettres que Bea avait écrites à Ted Darby…

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photo Carlotta

Pendant tout le film, Lucia est harcelée par la surveillance et l’attention, souvent bienveillante, de sa famille, un coup de téléphone, une liste de courses, le pourquoi d’un retard à table, interrompue sans cesse jusque dans sa chambre. Privée de vie privée, Lucia, mère et épouse parfaite, doit sans cesse se justifier et donner le change auprès de son fils, sa fille, son beau-père et sa domestique, son seul soutien en vérité. Car Lucia est une femme américaine du début des années 50 habituée à tout gérer seule, au téléphone, elle répond à son mari qui sera absent pour Noël qu’ils ont bien été séparés 3 ans durant la guerre… En hyper-contrôle, sa tenue vestimentaire impeccable témoignant de son état, Lucia nie ses émotions, refuse l’aide que lui propose son beau-père, faisant face seule à tout, levée et couchée avant les autres. Mère surprotectrice et omniprésente, Lucia multiplie les remarques à l’encontre de son jeune fils qu’elle trouve débraillé, allant jusqu’à dissimuler un meurtrier pour protéger sa fille malgré elle et la réputation de sa famille. La dernière scène est éloquente pour mesurer à quel point Lucia va même épargner le récit de son calvaire à son mari au téléphone…


photo Carlotta

Car un homme extérieur va fissurer la carapace émotionnelle de Lucia, le maître chanteur avec qui elle noue une relation pour le moins ambigüe, qu’elle s’autorise en partie parce que leurs rendez-vous sont le plus souvent à l’extérieur de la maison, de la cellule familiale. Relation en miroir pour deux être qu’au premier abord tout oppose, l’escroc professionnel et la ménagère américaine modèle, mais aliénés, le premier à un système de vie crapuleux et à son boss à qui il va finir par s’opposer, la seconde à sa fonction de mère et épouse exemplaire, desperate housewife avant l’heure, tentée d’éprouver des sentiments qui la submergent une fois dans sa vie.

 


photo Carlotta

 


Dernier film américain de Max Ophüls, jamais paru en vidéo, « Les Désemparés » fut tourné entre Caught et La Ronde à l’initiative du producteur mari de Joan Bennett qui tient le premier rôle, en contre-emploi des films qu’elle avait tourné Fritz Lang  comme « La Rue rouge » ou « La Femme au portrait ». Dans ce faux petit film méconnu, superbement filmé, le couple James Mason/Joan Bennett est magnifique

DVD Carlotta + 2 bonus « Faire un film américain » et « Maternal overdrive » (entretien avec Todd Haynes). Sortie 7 avril 2010.

 

 

Notre note

4 Stars (4 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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