"The Sleeping tiger" ("La Bête s'éveille") : polar freudien surgelé

Joseph Losey, 1954
Un psychiatre décide de loger chez lui pendant six mois un délinquant qui l’a agressé dans la rue afin de l’observer comme sujet d’expérience, lui évitant ainsi la prison. Installant cet individu à demeure, son épouse, plus fragile qu’il n’y paraît, va  en faire les frais. Quand le Docteur Esmond impose la présence de Franck à son épouse Glenda, cette dernière, peu emballée par le projet, donne le change et crâne, prétendant qu’elle n’a pas peur et qu’elle se débrouillera très bien toute seule en tête à tête avec le malfrat quand son mari est absent, c’est à dire à peu près tous les jours et tous les soirs pour des conférences et des congrès. Pour en rajouter dans la solitude de Glenda, le docteur Esmond ne quitte pas son assistante qui fait fonction de compagne dévouée partageant ses travaux tandis que sa véritable épouse est indépendante, solitaire.Dès le départ, c’est le visage de Glenda qui est plus inquiétant que celui de Franck/Dick Borgarde jeune, la façon dont Losey filme ses personnages pointe la folie de Glenda et non pas celle supposée de Franck malgré toutes ses exactions : cambriolages, violence sur la domestique Sally, séduction de l’épouse, le sujet d’expérience ne déçoit pas… Pourtant, c’est Glenda qui parlera la première de son enfance traumatisante… à Franck… quand le Docteur Esmond cherche la clé de l’enfance de Franck, le questionnant dans son bureau sans relâche sur son père… Persuadée d’avoir trouvé un double dans Franck, piquée au jeu d’enfin s’amuser en sortant avec lui la nuit dans les clubs de jazz, Glenda plonge dans une passion amoureuse délétère. Petit à petit, Glenda s’imagine qu’elle va quitter son mari et partir avec Franck qu’elle finit par lasser…
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Polar freudien comme c’était en vogue à l’époque, ce film d’un Losey jeune en exil à Londres pendant la période du MacCarthysme, tourné sous un pseudonyme, est partiellement raté. Observés de manière clinique, Losey tient ses personnage à distance, zappant la passion et aseptisant les névroses. Malgré tout, le thème de Losey de la destruction d’un individu par un autre est présent (« The Servant », « Cérémonie secrète », etc…), il ne s’agirait même que de cela. Tandis que le psychiatre s’obstine à vouloir jouer les sauveurs avec son sujet d’expérience, le délivrant au final de ses obsessions, son épouse, qu’il délaisse depuis longtemps, bascule dans une sorte de folie autodestructrice sans qu’il s’en aperçoive, voire sans qu’il s’en préoccupe. Le lieu claustrophobique, personnage central du film, comme dans la plupart des films de Losey, est déjà en place, tout ou presque se passe dans un lieu où les personnages (les pulsions des personnages, pourrait-on dire) sont enfermés : la maison du psychiatre où s’affrontent le psychiatre, sa femme et le malfrat en sursis. Avec une psychologie molle à laquelle le réalisateur ne semble pas croire beaucoup, le comportement agressif/transgressif de Franck/Dick Bogarde
tourne en fait autour du psychiatre, qu’il identifie à son père, auquel il va prendre ou rendre sa femme selon qu’il lui en veut ou pas…

Un Losey embryonnaire qui possède tous les ingrédients des futurs Losey de la grande époque, à voir pour les amateurs, avec un beau casting dont Dick Bogarde « en construction », même si l’histoire n’est pas convaincante.
 

Notre note

3 Stars (3 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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