« Torch song trilogy » : comédie dramatique culte et gay

Paul Bogart, 1988, reprise en salles 13 mai 2009
 


Je n’avais pas revu ce film depuis sa sortie et je dois dire que j’ai été un peu déçue par l’ostensible marque théâtrale au cinéma dont je n’avais pas conservé le souvenir. Car le film est adapté d’une pièce de théâtre semi-autobiographique de Harvey Fiersten qui a tenu l’affiche trois ans à Broadway. C’est lui qui joue le rôle principal dans le film et c’est un personnage un peu Woody Allenien avec une voix rauque et caverneuse très particulière. Bien qu’il ait été tourné à la fin des années 80, le film se passe dans les années 70 sur à peu près toute la décennie.
Arnold (

Harvey Fierstein) est artiste travesti dans un cabaret où il tient la vedette en chantant des chansons réalistes plus ou moins parodiques. Démarrant en 1971, la première partie du film se passe beaucoup dans le cabaret, dans la salle, les coulisses avec la troupe et les collègues travestis. Si Arnold nous prévient face caméra qu’il a couché avec plus d’hommes qu’il n’y a dans la Bible, il n’a pas croulé sous les sentiments… Bientôt, il rencontre Ed (Brian Kerwin), beau et distingué, genre british, qui ne sait pas bien s’il préfère les hommes ou les femmes ou les deux, après s’être installé quelques temps avec Arnold, il épouse sa petite amie… Malheureux, Arnold va faire la connaissance d’Alan (Matthew Broderick), un jeune homme qu’il aimera pendant des années et qui l’amène à changer peu à peu de vie, à se ranger, à faire les démarches pour adopter un adolescent. C’est pour avoir un grand appartement avec une chambre indépendante pour le futur adopté que les deux hommes changent de quartier, ce qui sera fatal à Alan, rossé à mort par une bande de voyous homophobes…
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photo Carlotta

Superbe portrait de la mère juive castratrice qu’interprète Ann Bancroft qu’on retrouve dans la seconde partie plus intimiste, hors cabaret et bars gay abordés par ailleurs très sobrement, par exemple, on effleure la présence des backrooms dont on ne voit que la pancarte « Paradise ». Mais le film porte essentiellement sur la condition homosexuelle dans les années 70 qu’on nous présente toujours comme libertaires : une torch song est une chanson qui brûle d’un amour sans retour. Une métaphore double, l’absence de retour dans les relations amoureuses mais aussi dans les relations familiales où on devient paria en affichant sa différence. La mère d’Arnold lui dit clairement qu’elle aimerait bien qu’il n’en parle pas « tout le temps », sous-entendu, elle aurait préféré le mensonge… Film culte par essence, à la fois cru dans les dialogues et pudique dans les images. Beaucoup de souffrances véhiculées par ce récit où tout bonheur doit se mériter au centuple quand on est gay, où on vous refuse le droit au deuil d’une compagnon aimé, où la solitude n’est jamais loin…
 


photo Carlotta

Ce film est un document à bien des titres, sur ce qu’on filmait à l’époque fin des années 80, sur ce qu’on vivait en réalité dans le New York ordinaire des années 70, sur l’universalité des sentiments et le poids de la tradition vis à vis de la différence sexuelle. Repris en salles le 13 mai par Carlotta films à Paris au cinéma Latina, ce film fait partie de la programmation du festival contre l’homophobie et la transphobie du 13 au 19 mai 2009 (journée mondiale le 16 mai) en partenariat avec le Collectif IDAHO et le Centre LGBT de Paris (on y verra notamment « La Loi du désir » d’Almodovar, « L’Année des 13 lunes » de Fassbinder, « Le Secret de Brokeback mountain » d’Ang Lee, etc…). A noter qu’il est prévu 2 Soirées spéciales avec débat au Latina pour « Torch song trilogy »: vendredi 15 mai et lundi 18 mai à 19h.
 

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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