"Un homme perdu" : Nocturne libanais

Quinzaine des réalisateurs, Cannes 2007, Danielle Arbid, sortie le 19 septembre

Un photographe français qui sillonne lorient, à la recherche de sensations extrêmes, croise la route dun homme amnésique quil emmène avec lui dans ses pérégrinations. Un peu comme dans « Profession reporter » dAntonioni auquel à la fois le style et le thème du film font référence, le photographe va essayer de s’approprier, voire prendre la place de l’inconnu.

 

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1985, un homme laisse tomber un poignard à ses pieds. 20 ans plus tard, cet homme est arrêté pour avoir suivi une femme dans des toilettes publiques, inconnue avec qui il avait partagé fiévreusement un taxi. Un photographe, surpris en train de mitrailler la scène, est emmené aussi au poste de police. Premier contact avec un Orient qui ne cesse de renvoyer le photographe français aux murs occidentales : on nest pas en France, ici, on ne suit pas les femmes Thomas, le photographe, engage alors de façon plus ou moins formelle Fouad, lhomme amnésique, à une fonction vague dassistant, de traducteur. Lhôtelier, choqué, tique de louer une seule chambre à deux hommes, il finira par les chasser de lhôtel quand ils reviendront avec une femme. Car le photographe, doublement voyeur, cherche des femmes et encore des femmes à étreindre et photographier, lui-même ou par lhomme amnésique interposé.

 


Le photographe érotomane enregistre tout, pendant ses étreintes avec des prostituées ou des femmes de passage, il les photographie, interrompant sans cesse les gestes du plaisir par des tentatives de rétention du temps. Lhomme amnésique a la démarche inverse, il a oublié, il refuse les souvenirs. Film sur la fuite de la mémoire, celle quon cherche à retenir, celle quon refuse, la seconde partie du film étant malheureusement plus rationnelle avec une tentative de réparation, lépouse poignardée 20 ans auparavant par lhomme amnésique faisant irruption dans le récit. Film sur la quête didentité qui fait un peu penser à « Nocturne indien » dAlain Corneau où un homme parti au bout du monde à la recherche dun ami disparu va se retrouver lui-même : jamais apaisé par sa quête sans fin de sensations, Thomas va être fasciné par la vie dun autre homme faite de deuil et doubli. A moins que le photographe hypermnésique et lhomme amnésique ne soient deux possibilités dun homme


La réalisatrice a la grâce, ses images sont sublimes mais elle est avant tout une cinéaste de la sensation, la démarche Antonionienne se sensualise. On voit rarement des scènes aussi sensuelles au cinéma bien quon pourrait reprocher à Danielle Arbid davoir édulcoré la violence du photographe avec les femmes (présentée plutôt comme un certaine brusquerie) au profit de lesthétique. Pourtant Melvil Poupaud, que je vois ici dans son meilleur rôle, a intégré cette violence sourde dans son regard opaque de voyeur mentalement dans un ailleurs, belle interprétation.

 


Sûrement un des plus beaux films de la rentrée.

 

Backstage


Le personnage de Thomas Koré est fortement inspiré par les errances
photographiques dAntoine dAgata qui a été consultant au scénario de
Danielle Arbid (notes MK2)

 

Notre note

(5 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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