« Una Vita tranquilla » et « Un Tigre parmi les singes » (« Gorbaciof ») :Toni Servillo, le maestro

Claudio Cupellini, sortie 3 aout 2011, Stefano Incerti, sortie 14 septembre 2011
Hasard du calendrier, j’ai enchaîné mercredi deux projections de deux films italiens se passant à Naples et avec le magnifique acteur Toni Servillo : aucune déception à l’arrivée, je suis fan de ces deux films! A noter que ces deux films sont distribués par un petit nouveau spécialisé dans les films italiens, Bellissima, qui fait de bons choix, on le constate ici. 

     

« Une Vie tranquille » « Una Vita Tranquilla » Pitch.
Un ancien parrain de la Camorra, reconverti dans la restauration en Allemagne, voit sa vie bouleversée par l’arrivée soudaine de Naples de son fils aîné d’un premier mariage
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photo Bellissima

Peut-on effacer son ancienne vie au montage et refaire sa vie? Première question. Un enfant peut-il jamais pardonner à un parent de l’avoir abandonné? Seconde question. Ce sont ces deux thèmes dont parle « Une Vita tranquilla » en prenant intelligemment appui sur le milieu de la Camorra où rien n’est jamais pardonné, où les « traitres » à l’organisation payent toujours leurs dettes. Rosario tient un hôtel restaurant en Allemagne, « Da Rosario », avec son épouse Renate, père modèle de leur fils de 10 ans, Mathias. De L’Italie, il conserve de parler italien avec son fils et un employé de la cuisine, Claudio, sinon, il s’applique à parler le meilleur allemand possible, presque sans accent. Soudain, Rosario aparçoit Diego, fils d’un premier mariage, témoin d’une autre vie où il s’appelait Antonio de Martino, qui demande asile à l’hôtel.


photo Bellissima

Ancien parrain de la Camorra, Rosario a mis plus de quinze ans à refaire sa vie. Quand Diego et son copain, Edoardo, truands hédonistes nouvelle génération marchant à l’impulsion, l’envie et la coke, débarquent dans son restaurant, Rosario est partagé entre la méfiance et la culpabilité d’avoir abandonné son fils et sa mère pour sauver sa peau et la leur. D’autant que loin d’être une visite de courtoisie, les deux voyous viennent pour un « contrat », abattre un homme politique allemand qui gênerait le trafic des ordures ménagères à Naples sous le contrôle de la Camorra. Une Camorra absente et présente qui sert de toile de fond, de machine infernale à ne pas effacer les « fautes ». On brosse en creux le portrait de deux générations de truands, les besogneux, contrôlés, organisés, comme Rosario, le père, et les défoncés qui veulent « tout tout de suite » comme Diego et Edoardo, le fils et le copain, lui-même fils du parrain Mario Fiore. Opposition également de deux pays, deux mondes, la campagne allemande trop calme, sans aspérités, l’agitation napolitaine bouillonnante de violence.
Porté par Toni Servillo, le film, dont j’ai entendu dire après la projection qu’il était « un peu classique », s’inscrit, au contraire, dans le renouveau du cinéma italien, un cinéma beaucoup moins typé, plus international, plus réaliste (depuis le fameux « Gomorra », où sévissait aussi Toni Servillo, tout a changé), plus sobre, moins d’effets de manche, plus de subtilité, de portraits par petites touches. Même si la fin est très « italienne » rejoignant en sombre la tradition de la tragicomédie, de l’absurde de l’existence. A noter la précision des langues qui participe à donner un ton vrai au film, l’italien que pratique aujourd’hui Rosario avec sa femme et son fils, le dialecte du sud de l’Italie, très différent, plus rude, que parlent entre eux Diego et Edoardo.

 

INFO cinéma italien!
A noter le
festival du film italien à Ajaccio (IFFA), dont j’ignorais l’existence, qui semble avoir une excellente programmation si je m’en tiens à celle de l’année passée (15/23 octobre 2011, 14° édition du festival), pour sûr que c’est plus cool d’aller suivre un festival à Ajaccio face aux îles Sanguinaires qu’au bord du frisquet lac d’Annecy (27 septembre/4 octobre 2011, 29° édition du festival), beaucoup plus médiatisé…

« Un Tigre parmi les singes  » (« Gorbaciof« )

Pitch.
Un comptable d’une prison de Naples a un vice caché : le jeu. Pour sauver la fille du patron du restaurant chinois dont le père, joueur, s’est endetté, il va voler une grosse somme d’argent dans la caisse de la prison.

Toni Servillo est incroyable dans ce film où il interprète un personnage de composition presque méconnaissable, un comptable de la prison de Naples aux allures de mafioso, le cheveu plaqué et gras, la physionomie fermée, homme mutique, un peu le « Samouraï » (Melville) du pauvre… C’est pour cela que la jeune femme dont le comptable va tomber amoureux, la fille du patron du restaurant asiatique où se passent les parties de poker, va lui dire qu’il est un tigre au pays des singes…
 


photo Bellissima
Gorbaciof a une vie rangée, des journées identiques, passer le portique de contrôle de la prison, compter les billets que viennent déposer les familles des détenus, prendre de l’argent dans le coffre, remettre de l’argent dans le coffre. Le soir, aller jouer à une table de poker sous l’égide d’un avocat véreux qui sert parfois de banque, voire une partie de Bingo. Les pertes et les gains du joueur s’équilibrent à peu près. Jusqu’au jour où Lila, la fille du patron du restaurant chinois, est en danger,

Gorbaciof se rend compte que son père, surendetté, accablé, ne va pas hésiter à la prostituer pour rembourser ses dettes de jeu. Il dérobe alors une forte somme d’argent dans la caisse de la prison qu’il donne à Lila, espère pouvoir partir avec elle vers un monde meilleur. Mais la descente a commencé pour Gorbaciof qui s’enferre dans un engrenage de pots de vin, de vols et de dettes. 


En choisissant une relation entre
Gorbaciof et une jeune fille qui ne parle pas un mot d’italien, les deux se comprenant par gestes, grosso modo, en faisant de son anti-héros un employé d’une prison grise où on se dit deux mots entre collègues les bons jours, le réalisateur radicalise la solitude du joueur dans la ville, l’incommunicabilité ne manquant pas déjà dans une métropole contemporaine. C’est un film très épuré sur un sujet universel : la solitude extrême d’un homme vieillissant dans une grande ville déshumanisée, enfermé chez lui, dans le guichet de la prison, dans son addiction au jeu, qui trouvera un peu de tendresse sans un mot avec Lila, enfermée, elle aussi, dans une autre solitude, exilée dans un pays où elle ne connait pas la langue, habillée en robes chinoises, trop jolie, agressée par les hommes qui l’insultent en italien, menacée par l’amoralité de son père qui devrait, au contraire, la protéger. Pas mal de symboles dans ce film comme cette tâche de vin de naissance qu’a Gorbaciof au front, qui le prédestine à la tragédie, en quelque sorte. Un très beau film minimaliste porté par une interprétation exceptionnelle. 

 

Notre note

4 Stars (4 / 5) 5 Stars (5 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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