« Waterloo bridge » (« La Valse dans l’ombre ») : étoile oubliée du mélodrame nostalgique + sortie DVD avec les 2 versions

Mervyn LeRoy, 1940, James Whale, 1931, diffusion Ciné+ "à la demande", sortie DVD 29 février 2012
  
 Je complète cet article à l’occasion de la sortie DVD du film (29 février 2012) qui comporte en bonus la première version de « ‘Waterloo bridge » (1931) de James Whale. En fait, les deux films sont très différents et le premier n’a pas l’aura du second « Waterloo bridge » (1940) de Mervyn LeRoy tout en comportant la même intrigue, à peu de chose près. Ce qui est vraiment différent dans les deux films, c’est le regard sur les personnages et leur psychologie (mars 2012).

« Waterloo bridge » (1940) de Mervyn LeRoy
Pitch.
En 1939, sur le point de rejoindre le front en France, un officier écossais de 43 ans se souvient sur le pont de Waterloo à Londres de sa rencontre avec une jeune danseuse lors de la première guerre mondiale.
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C’est un film merveilleux et tellement triste, un mélodrame nostalgique magnifiquement interprété par Robert Taylor et Vivien Leigh et Dieu qu’ils sont beaux… En septembre 1939, Roy Cronin, officier dans l’armée britannique, s’apprêtant à rejoindre le front de France, demande à son chauffeur de l’arrêter à Waterloo bridge, là, il se souvient d’une nuit bien des années auparavant en 1917 pendant la première guerre mondiale. Alors qu’il y a une alerte, un groupe de jeunes femmes lui demande où aller se réfugier, il leur indique une station de métro, une retardataire fait tomber son sac à main avec un porte-bonheur qu’il tient aujourd’hui dans sa main.

photo Wild side vidéo

Quand il l’a raccompagnée à un taxi après la fin de l’alerte, Myra Lester a donné son porte-bonheur au commandant Roy Cronin dont elle ignore même le nom. D’elle, il ne sait rien non plus excepté qu’elle danse pour l’international ballet le soir-même. Sans la prévenir, Roy assiste au ballet, puis, il invite Myra à dîner avant son départ sur le front le lendemain. Ils terminent la nuit dans un club, le « Candelight club », où ils dansent la dernière valse de la soirée tandis que les musiciens éteignent une à une les bougies des candélabres, la fameuse et superbe scène de « la valse dans l’ombre ». Contre toute attente, le lendemain, Roy revient chercher Myra, ayant obtenu une permission de 48h, et lui demande de l’épouser le jour-même. Mais l’heure légale des mariages est passée et le lendemain, Roy téléphone qu’il a dû écouter sa permission.

Tout le film est basé sur un enchaînement d’imprévus ordinaires à l’impact dramatique. Parce que Roy est revenu, puis, reparti, le mariage est reporté, et, surtout, Myra va perdre sa place dans le ballet, renvoyée pour avoir essayé de dire au revoir à Roy sur le quai de la gare au lieu d’aller au théâtre. Un quai de gare où elle va d’ailleurs le rater. Offusquée par la dureté de la maîtresse de ballet, Kitty, la meilleure amie de Myra, démissionne. Bientôt, les deux jeunes femmes n’ont plus un sou. Roy a demandé à son aristocrate de mère de prendre soin de Myra mais le rendez-vous dans un salon de thé tourne à la catastrophe, la mère a du retard, ce qui donne le loisir à Myra de lire le journal où elle apprend la mort de Roy et s’évanouit, la serveuse lui sert un remontant, la mère la croit ivre et quitte les lieux.

 


photo Wild side vidéo

Obligées de se prostituer pour vivre, Kitty et Myra font avec quand sur le quai de la gare, où elle a désormais l’habitude de raccoler, Myra tombe un jour sur Roy qui croit qu’elle est venue l’attendre, prévenue par sa mère. Jusqu’au dernier moment, le film joue sur les vrais faux espoirs et c’est cette alternance de moments légers où l’espoir revient et de moments tragiques qui évite au film l’écueil du pathos où il ne verse jamais. Ayant retrouvé Roy, Myra, torturée par son passé de prostituée, se laisse tenter in extremis de repartir à zéro, acceptant d’aller dans sa famille en Ecosse. Mais, alors que tout se passe bien en surface (la tension est habilement installée tout au long du récit où le spectateur craint et attend l’incident qui va enrayer la scène heureuse…), tout va mal dans la tête de Myra qui s’enfuit…

 


photo Wild side vidéo

Si le rôle de Robert Taylor est un peu monolithique, celui de Vivien Leigh est très évolutif. La scène où Vivien Leigh/Myra débarque sur le quai de la gare de Waterloo, trop maquillée, en robe de satin moulante, avec un regard de garce, est représentative du talent de l’actrice dont l’expression change à la seconde où elle aperçoit Robert Taylor/Roy : l’évolution du drame s’inscrit dans le seul regard de Vivien Leigh, naïf et enfantin au début, lors du coup de foudre initial, triste à pleurer après le départ de Roy pour le front, allumeur et dur quand elle se prostitue, habité par la folie du désespoir à la fin du film. Seconde rencontre au cinéma de Robert Taylor et Vivien Leigh (la première étant dans « A Yank at Oxford » en 1938), il semble que « Waterloo bridge », réalisé par Mervyn LeRoy en 1940, était leur film préféré à tous les deux.

Diffusion :
Ce film rare est disponible en ce moment sur Ciné+ « à la demande » jusqu’au 6 janvier 2012 (canal 14 et 99) et devrait être édité en DVD zone 2 en février 2012 par Wild side vidéo.
article du 4 décembre 2011

addendum du 19 mars 2012

DVD collector Wild side vidéo, sortie 29 février 2012

DVD1 « La Valse dans l’ombre » de Mervyn LeRoy + bonus « Waterloo bridge : un pont entre deux rêves » (13′)
DVD2 « La Valse dans l’ombre » de James Whale


Notes sur « Waterloo bridge » (1931) de James Whale

Pitch.
Londres durant la Première Guerre mondiale. Un soldat en permission tombe amoureux d’une jeune danseuse au chômage qui se prostitue pour survivre. Honteuse vis à vis de cet homme venant d’une grande  famille bourgeoise, elle n’ose rien lui avouer.




photo Wild side vidéo
On est très étonné quand on voit le film original de 1931, après avoir vu le grand classique de Mervyn LeRoy de 1940 et qu’on compare les deux films, de constater combien le premier est simple par rapport au second qui utilise le flash-back d’une guerre à l’autre. Ici, tout se passe pendant la première guerre mondiale et il n’y a pas tous les allers et retours, absences, occasions manquées, dérobades, contre-temps, du second film.Pourtant l’intrigue est la quasiment même : une ancienne danseuse, devenue prostituée pour payer son loyer, se dérobe à la demande en mariage de l’homme qu’elle aime, rencontré lors d’une alerte, afin qu’il ne sache pas comment elle gagne sa vie. Mais dans le second film, il y a l’adjonction d’une première partie, Roy a connu Myra danseuse, jeune fille pure, et la retrouve prostituée après plusieurs années d’absence. Ici, quand Roy rencontre Myra, elle a déjà perdu sa place de danseuse de ballet depuis deux ans et ne survit qu’en raccolant des clients sur Waterloo bridge. Le personnage de Roy est un jeune homme de 19 ans, simple soldat américain, et non pas le magnifique officier britannique joué par Robert Taylor dans la seconde version. Si le Robert Taylor et Vivien Leigh étaient chatain foncé, tous deux très chics, ici, le couple est blond pâle, lui assez fade, désincarné, elle, effrontée, colérique.

On conserve le rôle de la mère de Roy qui va être l’obstacle majeur qui va achever de persuader Myra qu’elle n’est pas digne d’épouser Roy sauf qu’ici elle annonce la couleur plus clairement que dans le second film. Le séjour à la campagne est du même tonneau marquant les différences sociales entre Myra et la famille de Roy. Ici, on a ajouté une soeur de Roy interprétée par Bette Davis très jeune et blondie aussi.

Bien que Londres sous les bombardements soit aussi fantômatique dans les deux films, le premier « Waterloo bridge » est un mélo beaucoup plus simple, d’une mélancolie sèche et on mesure l’intelligence du remake d’avoir tiré parti de tout le potentiel du scénario pour en faire un mélo flamboyant bien que « dans l’ombre ». Les acteurs Mae Clarke (Myra Deauville) et Kent Douglass (Roy Cronin) ont des jeux très différents, si celui de Mae Clarke est plutôt moderne, celui de Kent Douglass semble venir tout droit du muet avec des mimiques appuyées, comme on le verra également avec d’autres personnages de ce film parlant conservant encore les codes du muet, filmés parfois de manière expressionniste.{{Ma Note 5}}

Notre note

(3,5 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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