« Willy 1er » : à Caudebec, j’irai…

focus film Sortie 19 octobre 2016

Pitch

Le frère jumeau de Willy s'est suicidé. Autant désespéré que choqué que cela ne fasse de peine à personne, Willy s'en va découvrir le monde...

Notes

Michel et Willy sont jumeaux. Un jour, après une première tentative dans sa voiture, Michel se suicide et Willy ne comprend pas, ils étaient heureux ensemble… Limités mentalement, Willy et Michel travaillaient comme balayeurs au cimetière. Après la disparition de son frère jumeau, les parents proposent à Willy de le mettre dans une institution spécialisée. Le silence des parents, égoïstes, sans compassion, presque indifférents à une situation qui leur pèse, n’ayant aucune envie de garder leur fils chez eux, est une première étape dans un film qui balaye les comportements quotidiens de la cruauté ordinaire. Willy balance la voiture de son jumeau disparu en faisant remarquer « quand Michel est mort, tout le monde s’en foutait, personne ne pleurait ». Furieux, il constate que ses parents ont mis sa propre photo sur la tombe de Michel, n’en possédant pas, « mais vous étiez jumeaux », se défend le père… Pour échapper au chagrin, à la menace de la pension spécialisée, Willy s’en va, il veut connaître « le monde » à son échelle et décide « à Caudebec j’irai, des copains j’en aurai, un scooter, j’aurai… » Intervient alors un personnage clé de la vie de Willy, l’assistante sociale, celle qui remplace affectivement les parents et donne l’argent de la pension tout en gardant ses distances… Puis, c’est la confrontation avec la méchanceté humaine quotidienne : à Caudebec, Willy fait l’objet de moqueries, voire de petites escroqueries, celles licites qui ne se voient pas : lui faire payer des tournées au bar avec sa maigre pension, lui casser son scooter, sans parler des plaisanteries à le tourner en ridicule.

"Willy 1er"

« Willy 1er » (photo UFO distribution)

On voit alors se dessiner le caractère de Willy, son intelligence de la vie « au premier degré », seuls les choses qui lui font matériellement du tort vont provoquer chez lui une réaction de colère, lui casser son scooter, lui prendre tout son argent au bar, jamais il ne tient compte des arrières-pensées mauvaises de cet échantillon de la société représenté par un groupe de Caudebec qui se plaint de tout et s’y ennuie. Car des petites maltraitances, cette cruauté, Willy a l’habitude depuis l’enfance. Seules les entraves à son projet de vie, modeste mais immense pour lui, vont le faire réagir. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’en souffre pas mais il se tait…

Et aussi

« WILLY 1er » est un film magnifique de simplicité et d’émotion, une leçon de vie et de deuil, miroir d’une société stupide et mesquine ; tout est juste dans ce film à fois poignant et plein d’humour où l’on rit avant de pleurer ; l’inconsolabilité du deuil, les persécutions ordinaires imputables à la différence, le prix de la liberté qu’est la solitude, ce pavillon de banlieue blanc et vide qu’on a octroyé à Willy où inviter son collègue de travail à partager une boîte de cassoulet est une fête. Car le seul ami de Willy est son collègue de supermarché où tous les deux ont un emploi subalterne, un homme différent, agressif mais fragile, ostracisé par les habitants de Caudebec qui trouvent désopilant de le traiter de « tapette », mais cela ne s’est pas fait en un jour. La différence et l’inconsabilité d’avoir perdu l’unique compagnon d’une vie, les a, peu à peu, rapproché.

Quand, avec une histoire simple, toute la sottise nuisible et la méchanceté gratuite des préjugés sont remis en question, mis en lumière… Une mise en scène touchante et apparemment naïve, totalement en phase avec l’état d’esprit du personnage principal, des chansons un peu niaises mais pimpantes, reflétant la joie, la tristesse, des photos du jumeau, d’un chien, des fantômes en surimpression sur l’écran, des êtres aimés tellement présents par leur absence. Cette télévision omniprésente, qui, seule, tient compagnie.

"Willy 1er" (photo UFO distribution)

« Willy 1er » (photo UFO distribution)

Un film à voir absolument!
@UFODISTRIBUTION prix d’Ornano #deauville2016 #cannes2016 @Festival de Cannes #ACID
Sortie 19 octobre 2016

Notre note

(5 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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