« Women without men » : été 53

Shirin Neshat, sortie 13 avril 2011

Pitch

Téhéran 1953. Dans un climat de troubles politiques, quatre femmes iraniennes issues de classe sociales différentes vont se retrouver durant quelques jours pour tenter de se libérer de leurs tourments.


Les images de ce films sont exceptionnelles, chaque plan est une composition, on est totalement happé par la beauté sublime des images, ces incursions dans la campagne près de Téhéran, où vont se réfugier, une à une, ces femmes sans hommes, en rebellion contre les hommes, sont de purs moments artistiques.
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photo KMBO

Quatre femmes, quatre destins entravés par des hommes de la société iranienne des années 50. Munis, 30 ans, rivée à sa radio, moderne, concernée par la politique, est menacée par son frère, religieux pratiquant, de la marier avec un inconnu. Sa meilleure amie Faezeh, qui ne remet pas en cause son destin de femme tradionnaliste au foyer « appartenant » à son mari, vient faire une visite à Munis pour lui demander si son frère, qu’elle aime en secret, va en épouser une autre. Isolée, Munis monte sur le toit de la maison, prête à sauter dans le vide pour échapper au mariage forcé.
Dans un bordel de Téhéran, Zarin, très jeune femme rachitique, n’en peut plus, sujette aux hallucinations, elle s’échappe. Dans une scène magnifique des femmes au bain, Zarin se lave en se frottant à s’arracher la peau, on montre cette femme épuisée, le corps marbré de griffures rouges dans la lumière dorée des bains publics. Fédératrice, plus âgée, Fakhri, quinquagénaire, est l’épouse d’un général qui lui fait remarquer que ménopausée, ne pouvant plus « satisfaire » son mari, il pourrait la remplacer par une plus jeune. Fakhri, que l’on a dévouverte souriante auprès d’un homme trop séduisant, son ancien fiancé, claque la porte et achète une propriété à la campagne. Dans cette maison loin de tout, vont alors, par hasard, se retrouver Fakhri, Zarin et Faezeh reformant une sorte de famille de femmes, la mère et ses deux filles.


photo KMBO

Le film se passe en été 1953 dans un climat de grands bouleversements politiques, sur fond du coup d’état d’aout 53 organisé par les britanniques et les américains :  le gouvernement du Dr Mossadegh, laïc convaincu, élu démocratiquement, premier ministre du Shah
, accusé d’avoir nationalisé le pétrole iranien (jusqu’alors aux mains d’une compagnie privée britannique), est renversé, ce dernier envoyé en prison. Le shah d’Iran s’enfuit, revient  ensuite en Iran avec le soutien des américains, il y restera jusqu’à l’établissement de la République islamique en 1979 où il s’enfuit définitivement mais il n’a jamais abdiqué officiellement. 


photo KMBO

Deux sociétés cohabitent, celle religieuse intégriste et celle occidentalisée comme les amis de Fakhri qui prisent les arts, la poésie, le chant, le cinéma. La femme voilée et la femme libérée telle Fakhri, élégante, en robe Jackie Kennedy, bijoux, mises en pli, fume-cigarettes. Mais qu’il s’agisse de Fakhri ou de Faezeh, chacune représentant un monde, l’ancien (Fakhri) plus moderne que le nouveau (Faezeh) régressif, anti-chambre de la future République islamique, toutes vont souffrir par les hommes, quand il ne s’agit pas de mariage forcé (Munis), de prostitution (Zarin), ce sont les déceptions amoureuses qui prenent le relais. Paradoxalement, c’est Faezeh, la plus sage, qui va ouvrir les yeux sur sa condition de femme en Iran.

Ce film réalisé par une femme, Shririn Neshat, photographe et vidéaste iranienne, dont c’est le premier long-métrage, a obtenu le Lion d’argent du meilleur réalisateur à la Mostra de Venise en 2009. Un film magnifique, une vraie découverte, avec un léger bémol sur la fluidité des enchaînements des histoires en parallèles et l’incursion de l’onirique à mi-course.

 

Notre note

(4 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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