"A l'Aventure" : érotico-intello-mystico Brisseau

Jean-Claude Brisseau, sortie 1er avril 2009

Pitch

Lasse de la monotonie de son existence, sur les conseils d'un chauffeur de taxi philosophe, une jeune femme plaque tout et part à l'aventure du plaisir et de la réalisation de soi.

Une jeune femme, Sandrine, a rendez-vous avec une amie et collègue sur un banc dans un jardin public. L’amie et collègue de bureau est sur le point de se marier, ce qui n’intéresse pas beaucoup la première. Le monologue d’un voisin, sorte de pâtre philosophe, sur l’instinct grégaire et la réalisation de soi, va agir sur Sandrine, lasse de la monotonie de sa vie, comme un catalyseur… De retour chez elle, le sexe avec son compagnon ne la satisfait plus, ou plutôt, surprise en train de se masturber dans le salon, elle le lui dit clairement, l’homme (Jocelyn Quivrin) se sent humilié. Ayant soudain démissionné de son boulot, Sandrine va dans un café où elle drague un jeune psychiatre qui lit des livres sur l’hystérie et l’hypnose. La séance se termine au lit où le psy est surtout un supercoup. Mais, lors d’un rendez-vous avec Sophie, une copine, qui vient de divorcer le matin, Greg, le psy, lui présente Sandrine qui apprend que la copine a connu la même initiation au plaisir par le psy rencontré dans la salle d’attente de son psy à elle…—–


Dans la foulée, Sophie (le regard lubrique de la blonde Sophie, censée être désespérée de son divorce, vaut le détour) propose d’emmener Greg et Sandrine chez un couple où elle officie comme tiers lors de séances tendance SM où le mari architecte l’a initiée à la violence comme accès direct à l’orgasme extatique. Transition sur le second sujet : de l’orgasme à l’extase mystique… Car Mona, la femme de l’architecte, explique qu’elle a trouvé la paix et guéri ses souffrances en acceptant la douleur dans la sexualité. Apprenant les talents d’hypnotiseur de Greg, Mona se propose pour cobaye (exit la pauvre Sophie qui sollicitait les talents d’hypnose du psy parce qu’elle avait « mal au cul » (sic) après les coups de ceinture), tellement réceptive que Greg en tombe amoureux ou plutôt tombe amoureux d’un sujet d’expérience idéal faisant de lui une sorte de Frankeinstein chez Freud, exit la brune Sandrine qui avait pourtant participé avec entrain à une séance de triolisme sous hypnose. Pour ne laisser personne sur le bord de la route de la liberté… on retrouvera également vers la fin du film la collègue du début (qui devait se marier), déjà divorcée, et sur le point de suivre je ne sais qui, rencontré je ne sais où, au bout du monde… (la collection des Madame Bovary contemporaines est complète).
Bien que je ne sois pas cliente des films pornos (tant pis si je ne suis pas « tendance »), le film est construit un peu sur les mêmes bases, aucune histoire qu’une succession de scènes sexuelles démarrant au quart de tour ou des conversations ciblées prétextes à des scènes sexuelles dans la foulée avec une nuance : la parlotte comme aphrodisiaque et même la logorrhée pour déclencher l’orgasme (mais Brisseau n’est pas Sade…), voire l’extase. Car, grâce ou à cause de l’hypnose, Mona va rejoindre l’extase mystique d’une communauté religieuse du 14° siècle et provoquer un cataclysme… Doit-on comprendre qu’elle est allée trop loin, elle et son psy hypnotiseur? Que le sexe ne s’accommode pas de philosophie, encore moins de mystique? (se reporter au prêchi-prêcha, inséré dans telle ou telle scène, vantant les mérites de l’absence de pensée?).

Des actrices au corps parfait, lisse, jeune, poitrine siliconée sur une des trois seulement, des poses lascives, des masturbations à la pelle : ce dada onaniste, obsédant, obsessif, de Brisseau « à la recherche du plaisir féminin », lui aurait valu pas mal d’ennuis lors de ses précédents castings, on en a assez entendu parler. Film érotico-intello-mystico-libertaire, pour ne pas dire porno soft prise de tête, on dirait un peu un Rohmer érotique, où, sous le couvert de sexualité, philosophie et mystique, on a des bavardages, des soliloques, des confidences, à n’en plus finir, du sexe à tous les étages, et basta. Une aspirine (voire 2) à la sortie de la salle n’est pas superflue… Il est loin le temps de « L’Ange noir » (très beau film dont je me suis rendu compte des années plus tard qu’il était le remake relooké d’un vieux film « The Letter » de William Wyler que ça donne envie de revoir, l’un et l’autre…) où Brisseau se donnait la peine d’écrire un ou de se servir d’un scénario… Ici, le film est d’une pauvreté suprenante, finissant sur la campagne lugubre, ocre sombre et vert sapin, où habite le réalisateur… Comme disait un acteur dans une interview « la campagne, le jour, on s’emmerde et la nuit, on a peur », c’est tout à fait ainsi qu’on voit la campagne rousse et sombre de Brisseau…

Les photos plus tard…

 

Notre note

(2 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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