« Abus de faiblesse » : double peine

focus film Catherine Breillat, sortie 12 février 2013

Pitch

Victime d'un AVC, Maud poursuit son projet de film en cours malgré tout. Découvrant Vilko, anaqueur professionnel, elle le veut comme acteur...

Notes

Le film est adapté du roman autobiographique de Catherine Breillat qui racontait comment après un AVC, devenue semi-infirme, elle est tombée sous la coupe de Christophe Rocancourt qui l’a escroquée et ruinée. Elle a depuis gagné son procès contre lui pour abus de faiblesse.

Un matin, Maud se rend compte qu’une partie de son corps ne répond plus, elle fait une chute, on l’hospitalise. Après une longue rééducation, elle regarde la TV un soir dans son lit quand elle aperçoit Vilko, auteur d’un livre de mémoires où il se vante de ses escroqueries sur des célébrités pour lesquelles il a fait de la prison. Aussitôt, Maud est séduite par le bad boy, elle le veut dans son prochain film.

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Bien que le sujet du film soit la mise en place de l’escroquerie qui va aboutir à une plainte pour « abus de faiblesse », soit l’installation, jour après jouer, de Vilko dans la vie quotidienne de Maud, c’est plutôt l’après-AVC et le tableau des infirmités qui frappe dans ce film. Vilko réclame de l’argent à Maud, de plus en plus, lui fait signer des chèques en jurant qu’il la remboursera. Maud ne peut plus se passer de Vilko, s’attache aussi à sa jeune épouse. Sur ces points, la cinéaste demeure factuelle, froide. En revanche, le tableau physique est poignant, Maud, semi-paralysée, se bat pour poursuivre ses projets, courageuse et, sans doute soutenue par l’inconscience de la réalité de son état, demeurant une vieille petite fille capricieuse et ludique, riant à parfois contre-temps (et, là, Isabelle Huppert est magique).Bien entendu, le schéma d’une infirme, tout comme le serait une personnage âgée dépendante, s’attachant à qui s’occupe d’elle, opérant un transfert affectif sur les proches, n’importe lesquels, est un classique. Cependant, quand Maud choisit un escroc notoire paradant à la télévision, séduite par ce bad boy qui fait la promo de son livre, excitée par le danger, elle choisit, en quelque sorte, son « bourreau », car que peut-elle attendre de lui d’autre que la répétition de ses escroqueries? Mais, là, on tombe dans un schéma psychologique complexe où quand une personne souffre intensément de maux réels incontournables (ici, l’AVC, l’infirmité), elle peut développer comme mécanisme de défense de « chercher « les coups », de se faire mal autrement (provoquer une agression secondaire, un conflit), pour « déplacer la douleur » à un niveau plus supportable.

Le lit est le grand personnage du film, bien plus encore que Vilko, il dévore Maud qui y est consignée la plupart du temps (le film démarre sur un visage blème, des draps blancs). Le film est dur, une description clinique et sèche d’une maladie invalidante, générant une compassion immédiate ; personnellement, je l’ai perçu davantage comme le journal de bord du lendemain de l’attaque cérébrale dont a été victime le personnage féminin, les séquelles physiques sur une femme rodée à la séduction, que comme le récit de l’escroquerie de Vilko qui semble être un effet secondaire nocif de plus, voir un douloureux effet de « distraction » (quasi-suicidaire, matériellement parlant) mais pas l’essentiel du drame.

Festival de Cannes 2008, le projet de Catherine Breillat (à droite) était un film nommé « Bad love » avec Christophe Rocancourt (à gauche) et Naomi Campbell (au centre)

 

Notre note

3 out of 5 stars (3 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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