« Apenas o fim » (« C’est fini ») et « Chega de saudade » (« Tourbillons ») : presque la fin…

11° festival du cinéma brésilien à Paris, dimanche 3 mai 2009
    

Enfin un peu de temps avant le festival de Cannes qui approche pour me rendre à un festival particulièrement attrayant : le festival du cinéma brésilien à Paris qui fête sa 11° édition au Nouveau Latina, rue du Temple, (racheté récemment par Carlotta distribution). Deux films, l’un hors compétition « Apenas o fim » (« C’est fini ») et l’autre en compétition « Chega de saudade » (« Tourbillons »), le premier, bavard, cherchant à avoir un style à tout prix, le second en immersion dans un théâtre de visages et de sentiments…. Il va sans dire que j’ai préféré le second, de loin…

 

« Apenas o film » (« C’est fini ») de Matheus Souza

 

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Une jeune fille annonce à son petit ami qu’elle le quitte. Auparavant, ils se donnent une heure pour se remémorer leur histoire. D’entrée, on utilise le noir et blanc pour la rencontre, les souvenirs, la couleur pour la rupture, le présent. Vers la fin du film, ça se gâte, outre l’insert d’images floutées ponctuellement on ne sait pas bien pourquoi, voilà qu’on splite l’écran, moitié noir et blanc moitié couleur, on fait passer des images d’un bloc à l’autre, bref, on multiplie les effets pour faire style comme depuis le début on a droit ces chichiteuses vues d’avion sur le couple allongé sur un lit en noir et blanc façon film d’auteur. Pourtant, ce n’est pas un film d’images, le fond de commerce est la parole, la logorrhée non stop du couple qui se renvoie du moi je et du comment je me vois dans le miroir de l’autre, un discours d’un égocentrisme aïgu où chacun cherche son image embellie, surtout elle. Car l’homme, d’abord, est très bien interprété, beaucoup mieux que la jeune femme, ensuite il a un peu le genre Woody Allen à lunettes démodées, couard, phobique, pas sûr de lui, moulin à paroles. Bien entendu, un film aussi hyperbavard en portugais sous-titré en anglais, ce n’est pas l’idéal pour suivre les expressions sur les visages… Comme souvent en ce moment au cinéma, ce film n’a ni début ni fin, un peu le film produit « au mètre », si je puis dire, qu’on dirait découpé pour une heure et demi mais qui pourrait aussi bien commencer deux heures avant et ne jamais finir, puisque n’ayant pas de construction narrative qu’une idée : elle veut le quitter, ils vont se souvenir ensemble… Prix du jury à Rio et Sao Paolo, le film a une qualité de fond pour le spectateur : l’identification aux dialogues qui sonnent plutôt juste.
« Chega de saudade » (« Tourbillons ») de Laís Bodansky

 

Dans un dancing de Sao Paolo, c’est la nuit du bal de violettes fréquenté par le troisième âge spécialiste des danses de salon, le tango, le cha-cha. Bien que tous partagent l’amour de la danse, tous ne vont pas danser pour les mêmes raisons : on y vient souvent pour flirter, chercher l’âme soeur, espérer la fin de la solitude, oublier la péremption de la séduction. Car toutes ces dames dont la doyenne a plus de 80 ans ont des coeurs de jeunes filles et des désirs de jeunes femmes. Tant pis s’il faut payer pour danser avec un bellâtre pourvu qu’on ait acheté du rêve. Ce film, en immersion dans le dancing mirage et miroir, table sur le mouvement et les tourbillons des corps qui s’ennivrent de musique et d’étreintes furtives, voire de promesses d’étreintes depuis une chaise à une table. Mais la réussite est surtout d’exhumer les sentiments en filmant un théâtre de visages dont les expressions disent tout en un plan, l’envie, le dépit, l’espoir, la jalousie, la colère, le chagrin, l’amour aussi parfois. Focalisé sur un certain nombre de personnages principaux, le film est en permanence au bord du pathétique, en équilibre, sans jamais y verser grâce à l’humour, l’humanité, la solidarité au delà des rivalités.Il a le pied dans le plâtre et ronchonne, elle perd la mémoire, il l’envoie chercher ses médicaments, elle oublie en chemin, il les donne au serveur pour elle, qu’elle les lui rapporte… Il vient fêter l’anniversaire de sa femme, sa maîtresse ne l’entend pas de cette oreille… Il se disait veuf pour draguer, il est démasqué… Elle arrive comme une star et brûle pendant le tango avec lui et aucun autre… Jeune fille accompagnant  un technicien, elle se laisse immerger dans le rêve dansant des quinquas, sexagénaires… Du couple le plus âgé qui semble le seul à s’aimer au couple le plus jeune qui n’a rien à se dire… Entre les deux, des femmes et des hommes qui n’acceptent pas qu’on ne peut pas être et avoir été, des jambes encore sveltes aux sandales dorées, la jeunesse éternelle dans les pieds qui se touchent (voire la chorégraphie franchement sexuelle du tango avec le jeu du pied de la femme star, la cheville ceinte d’un bracelet en strass, clippée comme une araignée sur la jambe de l’homme), la caméra remonte avec lucidité sur les visages marqués, ridés, cernés, les peaux parcheminées… L’inadéquation entre l’âge mental qu’on sent et l’âge physique qu’on affiche est sans appel, séduire, c’est souffrir, y renoncer, c’est pire, seuls les sentiments, quand ils existent, vous sauvent des signes extérieurs de séduction (le couple âgé Alvaro et Alice)… Un film vivant, coloré, émouvant tout en évitant le pathos.

site du film « Chega de saudade »…
pratique :

Cinéma Latina
20, rue du Temple Paris 3°

Encore deux jours de compétition films de fiction : lundi 4 et mardi 5 mai 2009.
Seconde semaine : documentaires jusqu’au 12 mai 2009.

Site officiel…


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Notre note

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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