"Appaloosa" : enfin!

Ed Harris, sortie le 1er octobre 2008

Pitch

Après l'assassinat de leur sheriff, les notables d'une petite ville de l'ouest font appel à un tandem de choc pour mettre de l'ordre : Cole et Hitch, deux justiciers professionnels aux méthodes expéditives.

Enfin un western ! On a beau être au Festival de Deauville 2008, c’est quand même un festival du cinoche étasunien. Et même si John Wayne n’est plus là et si Clint Eastwood s’est tourné vers d’autres préoccupations, et quoi qu’en disent les autres, le cinoche américain, c’est le western et puis c’est tout. Alors quand on met aux manettes quelqu’un de la trempe d’Ed Harris, à la fois devant et derrière la caméra, pas de raison de bouder son plaisir. Bien sûr, y mettre aussi Viggo Mortensen et Jeremy Irons est un peu inattendu, mais bon, après tout pourquoi pas.

Ed Harris n’en est qu’à son deuxième film en tant que réalisateur, et dans le genre on se souvient du même passage de John Wayne avec un « Alamo » qui l’avait fichu sur la paille. Et le premier film d’Ed Harris était « Pollock », indéniablement une réussite mais dans un genre très différent. Mais tout ça, au bout du compte, ça donne « Appaloosa » ; et ça fait un bien fou de s’installer enfin dans un fauteuil moelleux pour sortir de la chronique des perversions qui fait le quotidien du festival. Un peu d’air du far-west, vite
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photo Metropolitan

 

Virgil Cole (Ed Harris) est un homme de main itinérant spécialisé dans le nettoyage des villes de l’Ouest des brigands en tous genres qui en infestent les rues. Depuis quelques années, Cole est aidé dans cette tâche par Everett Hitch (Viggo Mortensen), avec qui il forme un duo réputé pour son efficacité. Et c’est ce duo qui arrive dans la ville d’Appaloosa, répondant ainsi à l’appel de ses édiles en butte aux agissements de Randall Bragg (Jeremy Irons) et de ses hommes. Bragg est en particulier responsable de la mort du dernier sheriff et de ses deux adjoints. Cole accepte le poste de sheriff, avec les pouvoirs étendus qu’il réclame. 

Dès sa prise de fonction, Cole fait une démonstration de force en descendant quelques hommes de Bragg créant du grabuge au saloon et qui résistent à leur arrestation. Bragg et sa troupe ne tardent pas à venir rencontrer le nouveau sheriff pour tenter de l’impressionner, mais l’autorité tranquille de Cole a raison de leur forfanterie et ils repartent la queue basse. Parallèlement, Cole fait la connaissance d’Allie (Renée Zellweger), tout juste descendue de la diligence pour chercher un hôtel où se poser et gagner sa vie comme pianiste. La belle est d’ailleurs peu farouche et une liaison se développe rapidement entre Cole et Allie. Au point que Cole en vient à former le projet de s’implanter définitivement dans cette ville, avec Allie, et d’y construire une maison.

 


photo Metropolitan

 

La désertion d’un des hommes de Bragg, témoin du meurtre de l’ancien sheriff et prêt à en témoigner, permet à Cole et Hitch de procéder à son arrestation, préalable à son procès par lequel il est condamné à la corde. Lors du transfert en train vers le lieu de l’exécution, deux tireurs émérites embauchés par les hommes de Bragg, Ring Shelton (Lance Henriksen) et son frère, profitent d’un arrêt du train pour faire libérer Bragg en montrant qu’ils détiennent Allie en otage. Cole et Hitch partent alors à leur poursuite. 

Pas de mystère, c’est un western. Il y a des chevaux, des Stetsons, des Colts à la ceinture, des grands espaces, des prairies et des montagnes à l’horizon, des Indiens, des méchants et des gentils, A peu près tout ce qu’il faut. Peut-être une musique un peu trop éloignée du genre pour qu’on se sente de plein pied dans un classique cependant. Ca paraît être un détail, mais si on parvient à l’oublier la plupart du temps, il est des moments clés où, comme dans un réflexe conditionné, on s’attend à une ambiance sonore caractéristique, et puis patatras, rien, et on reste comme suspendu dans le vide à attendre ce qui ne vient pas. Ce n’est pas que la bande originale soit spécialement mauvaise, d’ailleurs. C’est simplement qu’elle est déconcertante à des moments où on aurait pu se sentir transporté et où on reste sur le quai.

 

De même pour le reste de la bande son qui s’applique à rester dans un son apparemment réel, presque documentaire. On entend le bruit des pas, celui des éperons, comme si on était à deux pas. Même le bruit des armes à feu a quelque chose de sec et de matériel. Il y a à l’évidence un choix de réalisme qui continue son uvre depuis les années 70. On est loin du son quasiment orienté de l’époque de John Ford ou de Howard Hawkes, quand le son, même s’il était difficile de s’en rendre compte sur le coup, plus facilement maintenant par un effet de contraste, participait à l’histoire, lui donnant une couleur, voire un souffle épique particulier. L’évolution des choses est allée vers le choix de rapprocher l’histoire d’une sorte de quotidienneté. Cela avait sans doute un sens dans le contexte de l’époque de contestation des codes, de remise à plat des genres, de rapprochement du cinéma de la vraie vie. On avait peut-être besoin de cela dans « Il était une fois dans l’Ouest ». Mais imagine-t-on cela sur les images de « Rio Bravo »? Mais c’est comme ça. Times are changing et tant pis pour les vieux croûtons nostalgiques des envolées lyriques.

 


photo Metropolitan

 

L’histoire est celle d’une amitié à toute épreuve, dans le silence des «taiseux», de ces hommes qui ne parlent que lorsqu’ils ont quelque chose à dire, et ne s’efface que pour laisser une femme entrer dans le cercle. C’est aussi l’histoire d’un amour à la mode d’un Ouest rude où chacun à la légitimité de se protéger avant tout et où le fait de penser à l’autre devient en lui-même un acte héroïque. C’est une histoire de duplicité et de trahison en même temps qu’une histoire de fidélité. Celle d’une duplicité pardonnable parce qu’elle est celle du faible qui essaie simplement de survivre. Celle d’une trahison inacceptable entre forts. Celle d’une fidélité qui fait les héros. C’est une histoire de bons et de méchants, une histoire du bien et du mal, qui ne fait pas abstraction de ces zones grises où, selon la place dans laquelle on se trouve, le bien et le mal se frottent sans se séparer clairement. Clint Eastwood avait fait du William Munny d’ « Impitoyable » un homme pris dans la même grisaille, en le traitant sur le mode de la rédemption. Ed Harris en fait l’occasion d’une tolérance, d’une acceptation, la force du fort étant autant dans la reconnaissance de la faiblesse du faible que dans l’acharnement dans l’opposition au fort. 

C’est tout cela qui se joue dans « Appaloosa », dans un western imparfait mais dans lequel on sent, malgré la maladresse, renaître autre chose que la psychologisation d’un Brad Pitt en un Jesse James névrosé. Un peu d’air pur dans un monde de brutes Enfin ! 

Notre note

(3 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

1 Comment

  1. Indy -  18 novembre 2016 - 9 h 36 min

    That’s an apt answer to an iniserettng question

    Répondre

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