« Aquarius » : le cancer brésilien

focus film Kleber Mendoça filho, sortie 28 septembre 2016

Pitch

Clara vit sur une avenue huppée du bord de mer à Recife, harcelée par des promoteurs immobiliers qui veulent racheter son appartement.

Notes

Sonia Braga aurait-elle dû avoir le prix d’interprétation féminine à Cannes? Il y avait aussi Isabelle Huppert dans « Elle  » de Paul Verhoeven. Et le prix a été attribué à l’actrice non professionnelle du film du cinéaste philippin Brillante Ma. Mendoza « Ma’ Rosa ». Un des films que je désirais le plus voir.

Ex-epouse de Robert Redford, Sonia Braga vit longtemps aux USA et revient au Brésil dans la période qui suit les attentats du 11 septembre 2001.

Avant les USA, elle est l’égérie de Jorge Amado et joue dans les films, adaptations de ses livres  (« Doña flor et ses deux maris », etc…). Mais, lors son retour au Brésil, elle a perdu sa jeunesse et se lance dans une  Télénovela…

‘Dans « Aquarius », elle joue Clara, une sexagénaire, sympa et affranchie, en apparence, mais dans les faits, une « survivante » qui a trop souffert. Dans cet immeuble de bord de mer construit dans les années 40, l’Aquarius, elle est la seule résidente, Clara, un soir, entend les bruits  d’une fête à l’étage au dessus. Elle monte l’escalier et  aperçoit une partouze improvisée, s’empresse de rentrer chez elle.

La mixité sociale est très subtilement montrée : Clara semble traiter tout le monde sur un pied d’égalité mais ce sont des apparences. Après la fête à l’étage, Clara téléphone à une connaissance pour avoir le numéro de portable de Diego, gigolo à ses heures, mari d’une jeune femme (sa nièce) moins insipide qu’elle n’en a l’air.

A Diego, Clara parle très clairement de sexe et de mort mais lui n’entend rien, préoccupé par l’argent que va lui rapporter ce job occasionnel et aussi il veut faire le mieux possible, cette femme va luî donner l’argent qui manque à cette classe moyenne brésilienne qui essaye de perdurer. Des séquelles du cancer de Clara, il ne verra rien, La scène est très forte.

Une autre scène montre la femme de ménage de Clara malaxant des perles dans une boîte à bijoux, l’une est très pauvre, l’autre est encore riche mais souffrante « vous saignez! » s’exclame cette femme, sortie de son rêve de perles.

Dans ce film, le sexe est à la fois présent et absent. Les scènes de sexe sont souvent les souvenirs des orgies d’hier comme, au début du film, lors d’une scène dans les années 80 où l’on fête l’anniversaire d’une tante septuagénaire : des flashes d’une autre vie s’intercalent aux niaiseries qu’on sert à cette dame blonde et sophistiquée, sans âge apparent. On complimente aussi une certaine Clara pour sa nouvelle coiffure, cheveux courts. Elle vient de réchapper d’un cancer.

Aujourd’hui, Clara, 65 ans, cheveux longs, traits marqués, n’ayant pas tout à fait renoncé à être une femme séduisante, comprend que les fêtes dans son immeubles, tout comme les invasions de termites et autres nuisances, sont organisées par des promoteurs immobiliers afin de racheter son appartement mais elle résiste. Clara va se battre contre tous… Clara ou le Brésil, proie des promoteurs immobiliers qui défigurent notamment le littoral.

"Aquarius'

« Aquarius »

 


 

Et aussi

Dans la salle du Gaumont-Opéra « Cannes à Paris », il y avait beaucoup de Brésiliens habitant Paris. Après la projection, ils feront comme à Cannes lors de la présentation du film : un acte politique dénonçant la destitution de Dilma Rousseff, considérée comme un coup d’état, sous forme d’un happening.

Le film se passe à Recife comme ce roman peu connu de JC Ruffin, « La Salamandre », qui décrit si bien Recife et la descente aux enfers d’une femme, quadragénaire, n’ayant pas d’attaches et Paris, jamais rentrée de vacances, entichée d’un gigolo qui va la mettre sur la paille. Le roman de Ruffin est plutôt un conte philosophique mais il peut se lire aussi au premier degré, la misère sexuelle de la parisienne, devenue une proie consentante, la misère du Brésil, de l’autre, plus marquée encore dans le Nordeste, ses paysages paradisiaques.

"Aquarius'

« Aquarius »

 

« La Salamandre »

C’est un film compliqué pour les européens. Il y a la dimension individuelle et la dimension collective, politique, la dénonciation de la corruption qui gangrène le Brésil. Plus complexe encore, le réalisateur parle d’une ville précise, sa ville où il habite : Recife à laquelle il avait consacré son premier film.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Notre note

(4,5 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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