« Bellamy » : Chabrol confirme sa nouvelle manière

Claude Chabrol, 2009 sortie DVD 9 septembre 2009

Contrairement à pas mal de cinéblogueurs avec qui je suis souvent d’accord sur les films, je n’avais pas apprécié « Bellamy » de Chabrol à sa sortie et je pensais, en recevant le DVD, faire amende honorable, me rendre compte de ce que j’avais loupé… Je n’ai pas davantage trouvé les clés d’entrée, ce film ne m’inspire toujours qu’un regret, celui d’avoir perdu mon Chabrol depuis l’après « Merci pour le chocolat », film livide et glacé avec une ambiance, une intrigue, des personnages définis psychologiquement. Ici, ce que confirme le supplément du DVD, Chabrol met d’abord en scène un sujet autobiographique : son couple dans la vie avec le couple ciné Gégé/Marie Bunuel, lui vieilli, énorme, suant et soufflant, elle un peu plus jeune que lui, la cinquantaine nickel, cajolant sans cesse son bonhomme, dormant et nuisette de satin violet ou plongeant la tête la première dans un placard, les fesses galbées dans une culotte soie et dentelles, très image de mode. Un couple idéal dont on insiste bien par multe scènes et gestes qu’ils ont conservé une activité sexuelle digne de ce nom, dans le genre il n’y a pas d’âge, ce qui pourrait être un autre sujet d’un autre film…
Sujet du film, j’exagère (même si ça prend la moitié du film) car le thème central serait plutôt les relations délétères entre le commissaire Paul Bellamy et son jeune demi-frère, un affreux, sale et méchant (Clovis Cornillac barbu), qui vient squatter leur maison de vacances. Où se trouve cette maison? Deux plans au tout début du film, un sur le cimétière marin à Sète en insistant sur Brassens, l’autre sur les arènes de Nîmes, ensuite, quasiment tout est filmé dans une maison banale  d’un lotissement banal, ou la chambre exigüe d’un hôtel de chaîne comme il y en a partout en France. Il faut attendre une heure pour comprendre, au détour d’une réplique, que le commissaire Bellamy, parachuté de nulle part, qu’on imagine donc à la retraite, tournant en rond entre la lecture du journal et le Bricorama du coin, est en réalité en vacances dans la maison familiale de sa femme Françoise. Surdialogué, les répliques du film sonnent faux d’entrée, artificielles, trop écrites, les acteurs en pâtissent sauf Gégé qui lit ses anti-sèches sur des panneaux pendant les prises (voir le making-off).


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photo TF1 vidéo

Fausse piste d’une intrigue qui n’intéresse pas Chabrol, le commissaire Bellamy est d’abord attiré par un rôdeur qui lui demande de l’aide, il s’agit d’un escroc à l’assurance recherché pour meurtre d’un SDF qu’il a fait cramer à sa place dans sa voiture pour toucher la prime… L’occasion d’aller visiter son épouse et sa maîtresse (Vahina Giocante, très bien, convaincue, elle a du mérite). Sauf que les empreintes dentaires ne collant pas, on introduit un dentiste pipelette qui sait tout et le répète mot pour mot au commissaire Bellamy, car, comme par hasard, toute la ville se fait détartrer les dents chez lui, le compagnon du dentiste,
quant à lui, chirurgien esthétique, a refait le visage du fuyard, on ne se creuse pas trop la tête côté scénario (et maquillage non plus, Jacques Gamblin affublé d’une perruque et d’une barbiche blanche…) 


photo TF1 vidéo

Histoire de trois déclinaisons d’un couple à dénominateur commun, Gégé et sa femme, Gégé et son frère, Gégé et le clone de son frère… Assez vite, le frère destroy prend la place de l’escroc, les deux sont un peu pareils, des hommes faibles, des losers qui trafiquent avec la légalité et la poisse, que Gégé/commissaire Bellamy tiendrait à bout de bras, paternel. In extremis, Chabrol tente de rectifier le tir avec un peu de piment, un grand secret rongerait le commissaire Bellamy qui n’a pas toujours supporté, même difficilement, son frère comme aujourd’hui…
 


photo TF1 vidéo

Donc une rencontre Gégé/Chabrol qui a l’air de les enchanter, pour les inconditionnels de Depardieu qui vont s’extasier qu’enfin il retrouve son niveau après ses panouilles alimentaires, pourquoi pas. Je connais le point de vue du blog du Dr Orlof sur les derniers Chabrol et celui-ci en particulier, qui, si je l’ai bien compris, ne sépareraient plus le bien du mal mais intégrerait le mal naturellement à la vie, où la part de mal est distribuée en chacun, plus réalistement ; ce n’est pas faux mais que reste-t-il pour le spectateur de cette nouvelle philosophie constat, démontrée sans entrain, filmée mollement, admise avec bonhommie (on fait avec), comme on chausserait des pantoufles en tournant en famille dont on accepte les brebis galeuses aussi… 
Un film affiche avec super casting et récit prétexte à se faire plaisir, est-ce que ça suffit même signé Chabrol? On est  trèèès loin de films de référence comme « Les Biches » (1968), « Que la bête meure » (1969), « Violette Nozières » (1974) ou, plus proches, « Masques » (1987), « Madame Bovary » (1991), « Betty » (1992), « La Cérémonie » (1995), pour ne pas remonter au déluge des années 60… son premier film ‘ »Le Beau Serge » (1959) étant toujours considéré comme le premier film de la nouvelle vague, 50 ans de cinéma… (avec le commissaire Bellamy, on serait plutôt du côté de l’inspecteur Lavardin, la comédie en moins…)

Notes : Chabrol a écrit ce rôle sur mesure pour Depardieu avec le projet d’en faire un commissaire de police à la Maigret et un hommage à Simenon. Le fait divers de l’escroquerie à l’assurance a existé. Le patronyme de « Bellamy » a été choisi en hommage à Maupassant (« Bel-ami ») mais pourquoi? « Bellamy » fut présenté au 59° festival de Berlin en compétition officielle.

DVD TF1 vidéo, bonus : le making-off assez riche (1heure) »Depardieu, le monstre de jeu » par Pierre-Henri Gibert, sortie le 9 septembre 2009.

 

Notre note

(2 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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