« Blood ties » : le luxueux remake des « Liens du sang » a du charisme…

focus film Guillaume Canet, sortie 30 octobre 2013

Pitch

Deux frères, l'un est flic, l'autre voyou. Après 8 ans de prison, un ancien truand sort de prison, son frère cadet l'accueille et le loge, lui trouve un travail. Mais l'ancien proxénète va rapidement replonger et entraîner son frère avec lui.

Notes

Le film est un remake des « Liens du sang » de Jacques Maillot où Guillaume Canet tenait un des deux rôles principaux face à François Cluzet. Un film qu’il dit avoir eu envie de réaliser à l’époque. Ce sera pour plus tard. Guillaume Canet et Marion Cotillard, sa compagne, ayant désormais leurs entrées à Hollywood, le comédien-réalisateur choisit de jouer dans la cour des grands, soit à l’international, et, pour cela, il s’entoure des meilleurs : James Gray en qualité de co-scénariste (

excusez du peu…) et un casting de stars bien que l’acteur Marc Whalberg, qui voulait le rôle du flic, se soit désisté pour Billy Crudup, moins connu ; cependant, le grand rôle revient au magnifique Clive Owen. Un acteur coup de coeur dont tout le monde a noté dès « Bullhead » qu’il crevait l’écran, Matthias Schoenaerts, des actrices talentueuses et glamour : Mila Kunis, Zoe Saldana, et aussi Marion Cotillard, cette dernière peinant à tenir le niveau général malgré un anglais impeccable.

New-York 1974. Quand Chris, la cinquantaine, sort de prison après huit ans de détention, il est accueilli fraîchement par son frère cadet, Frank, flic modèle, homme intègre, accompagné de leur soeur, venu le chercher plus par devoir que par envie. Bien qu’il ne soit jamais venu le visiter en prison, Frank essaye d’aider Chris, le loge, lui trouve un emploi, espère qu’il ne rempilera pas. Leur père, en revanche, accueille Chris à bras ouverts, le fils préféré. Car le charisme de Chris séduit le monde y compris Frank qui a tenté vainement toute sa vie d’y échapper. Peu de temps après, humilié dans son travail de modeste assistant garagiste, Chris démissionne et replonge. D’autant qu’il a rencontré au garage la nouvelle femme de sa vie, la somptueuse Natalie (Mila Kunis), secrétaire qu’il aimerait éblouir et choyer en menant la grande vie avec elle, la tentation de l’argent facile s’impose. Frank le met alors à la porte, persuadé qu’il ne le reverra jamais. Une seconde histoire marche en parallèle : quand le film démarre, les flics sont en train de faire une descente chez Scarfo (Matthias Schoenaerts), le mari de Vanessa, l’ancienne fiancée de Frank. Une fiancée qu’il va reprendre à Scarfo, ce dernier en prison… Un Scarfo qu’on reverra beaucoup plus tard pour réunir les deux frères dans le drame, à cause des liens du sang qui prendront le dessus.

Et aussi

Je ne me souviens pas de toutes les scènes du film d’origine mais ici, le parti pris est de coller au grand cinéma policier des années 70 type Lumet ou Pakula, ce nouveau cinéma des années 70 où, soudain (par rapport au cinéma classique), le flic est un homme comme les autres dont on suit le quotidien, le voyou un type qui a des excuses dans son enfance, etc… Avec cette lumière particulière des seventies, un peu salie, rougie, blafarde et cette déco inimitable que Canet va reproduire ici plus vraie que nature. Quelle reconstitution bluffante des seventies ordinaires où pas un papier peint à rayures, à fleurs, marron terne, ne manque, pas une cabine téléphonique ni une pendule au mur, ni une bagnole pourrie, au point qu’on a parfois l’impression de faire une visite au salon du vintage… Et les tenues des personnages nickel, les pattes d’éléphant discrètes, le flic en bras de chemise, pantalon marron en tergal et cravate (on n’en est pas encore au flic en jean et blouson), les cheveux mi-longs dans le cou, le copain en polo rouille (couleur hideuse, typique des années 70), les cheveux longs raie au milieu de Mila Kunis, le brushing de Joëlle (groupe « Il était une fois ») de Marion Cotillard ; sauf que les actrices sont trop minces, dans les années 70, elles avaient dix kilos en plus… Les personnages de femmes sont un peu trop clean, surtout Marion Cotillard, censée jouer une pute toxico, Monica, mère des deux enfants de Chris. Non seulement, l’absence de maquillage ne suffit pas à en faire une camée, paumée, mais quand elle va chercher de la drogue, une nuit, en robe de soie genre cocktail et talons de 12 cm, il ne lui manquerait plus que son sac Lady Dior…

Malgré ces réserves, « Blood ties » est un beau film, esthétiquement parlant, sans doute un peu trop sage et consensuel, un peu trop clean, où tout est tellement plus cossu et léché que dans « Les Liens du sang », film à petit budget, atmosphère d’époque et casting parfait qui m’avait plus tout de suite et pas qu’à moi… D’abord, le récit est exporté à Brooklyn, et New York est photogénique, surtout pour ce genre de films. Ensuite, moyens matériels aidant, le film externalise un certains nombres de situations, Canet filme beaucoup l’extérieur et s’offre ses scènes d’action à la Lumet, le film en perd alors la tension intérieure et conflictuelle qui sous-tendait « Les liens du sang », récit intimiste au bord de l’implosion. Cela expliquerait peut-être le sentiment d’une certaine mollesse dans le rythme, la mise en scène, où on traite sagement une chose après l’autre, mais, où, bizzarrement, brusquement, les deux frères se retrouvent en un plan avec un père mort… La rivalité entre les deux frères par rapport au père, ce sentiment d’injustice, cette gémellité malgré tout, est très estompée dans ce remake, c’est pourtant le moteur du récit… En revanche, ce que le film réussit, ce sont les scènes de violence, d’un réalisme froid, sans complaisance, où l’on montre exactement ce qu’il faut montrer, le premier casse de Chris, par exemple, quand il abat quatre hommes dont un gamin de sang-froid pour « simplifier » les choses.

Une chose me tracasse : bien que j’ai noté les quelques faiblesses que je viens de décrire, j’ai tout de même passé un excellent de moment de cinéma mais je crains d’avoir aimé ce film pour de « mauvaises raisons » : la nostalgie des seventies, cette plongée savoureuse dans les années 70 avec les chansons d’époque, les vêtements d’époque, la déco total 70, les cigarettes et pas d’interdiction de fumer, la télé en noir et blanc et ce poste où il faut se lever pour l’éteindre, touuut y est…

 


photo Mars distribution

Notre note

(3 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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