"Brick Lane" ("Rendez-vous à Brick Lane") : rêve ou réalité

Sarah Gavron, sortie le 12 mars 2008
 

Tiré d’un roman de 500 pages*** centré sur les pensées du personnage principal, « Rendez-vous à Brick Lane » n’était sûrement pas facile à adapter au cinéma. Le film en témoigne : descriptif, nostalgique, ancré dans un quotidien routinier et immobile, on suit le personnage de Nasneen, jeune fille pleine de rêves transplantée de son Bengladesh natal à Londres pour se marier. Le film se passe en 2001, Nasneen est mariée depuis 16 ans à Chanu, un brave type plus âgé qu’elle, vélléitaire et crédule, qui vient de claquer la porte de son boulot parce que la promotion promise lui est passé sous le nez. Pendant que Nasneen se met à faire des travaux de couture pour gagner de l’argent, Chanu se lance dans des entreprises vouées à l’échec, il achète un ordinateur à crédit qui lui vaudra d’avoir une usurière au train, il collectionne des savonnettes, comme il le dit de façon très touchante, il aurait aimé rentrer au pays en ayant réussi, en étant quelqu’un.*** « Sept Mers et treize rivières » de Monica Ali (2003)


  Photo Diaphana (Tannishtha Chatterjee (Nasneen)
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Rentrer au pays, c’est l’Arlésienne qui tient Nasneen en vie, « il faut tenir le coup », comme disait sa mère qui, elle, n’avait pas tenu le coup, le début du film montre l’enfance de Nasneen jouant avec sa soeur dans la lumière du Bengladesh, un leit-motiv visuel qu’elle se repasse en boucle à Londres. La mère de Nasneen s’est suicidée par noyade, la scène est imbibée de lumière blanche, céleste, irréelle, pudique. La soeur de Nasneen, restée au pays, lui envoie des lettres où elle raconte ses amours, Nasneen rêve…

Photo Diaphana
Paradoxalement, la rencontre avec le beau Karim, révolté et leader des fondamentalistes du quartier, va agir sur Nasneen non pas comme une rupture avec son mari mais comme une rupture du rêve de retourner au Bangladesh, un retour à la réalité. Passé les émois d’aimer physiquement un bel homme un peu comme le lui raconte sa soeur dans ses lettres, Nasneen va se rendre compte que sa vie est depuis longtemps à Londres avec son mari. Qu’il y a deux sorties d’amour, le grand qui ne peut que décliner (Karim) et celui qu’on ne voit pas mais qui augmente avec le temps (Chanu, son mari). En facteur déclenchant de cette rupture avec le rêve, l’effondrement des tours du 11 septembre montré à la télévision, la fin d’une époque. Et le début d’une autre avec les suspicions, le racisme, l’essor du fondamentalisme. Presque tout le film se passe dans ce quartier de Brick Lane, énorme barre d’immeuble en briques rouges, sorte de ghetto de la communauté bengali à Londres. Un passage entre le Bengladesh et l’Angleterre où on porte le sari pour les femmes, des jeans pour les enfants, le père appelle une des deux filles « l’européenne ». Karim, lui, fonctionne en sens inverse, on le découvre en homme occidentalisé, il évolue en portant une barbe, un bonnet, une tenue de militant islamiste. 


photo Diaphana

Le prologue (avant le générique) du départ de Nasneen jeune fille dans le crépuscule sur le fleuve est la plus belle partie du film. Car l’ensemble du film est assez plat, pas très distrayant (c’est subjectif…), la première partie du film n’en finit pas de mettre en place la vie quotidienne de Nasneen, l’image est soignée, sans plus, les couleurs un peu trop stylisées (propension aux images excessivement rougies, aux contrastes voyants), la seconde partie avec le choix de Nasneen est nettement plus intéressante. Un film romantique, très sage, avec une fin émouvante mais un crucial manque de rythme et de relief. Ce film cherchait à rendre avant tout une ambiance, on le devine, malheureusement, il n’a que partiellement réussi.Prix du public et du scénario au festival du film britannique de Dinard cette année, c’est le premier long métrage de la réalisatrice Sarah Gavron.

Notre note

(3 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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