« Carol » : les fifties magnifiques, SO Cannes 2015

focus festival Todd Haynes, sortie 13 janvier 2016

Pitch

1952. Carol, la quarantaine élégante, rencontre Therese, vendeuse au rayon jouets d'un grand magasin. Une attraction mutuelle immédiate les amène à se revoir.

Notes

Dans l’Amérique puritaine du début des années 50, Carol Aird, grande bourgeoise chic enveloppée dans un vison beige, cherche un cadeau pour sa fille dans un grand magasin. Au rayon jouets, Therese Belivet, un bonnet de père Noël sur la tête comme tous les employés, lui conseille un train électrique. Carol oublié ses gants, Therese les lui renvoie par la poste, prétexte à l’inviter à déjeuner. Les deux personnages de femmes sont un peu stylisées, c’est le seul reproche qu’on peu faire au film : Carol, la femme mature, en instance de divorce, très sophistiquée (Cate Blanchett en fait un peu trop avec un excès de préciosité dans sa gestuelle), Therese, la fausse ingénue (Roony Mara, excellente, prouve qu’elle peut tout jouer), regard trop sage, un fiancé qui l’ennuie, des photos qu’elle n’ose pas exposer. La situation est  la fois banale et osée pour l’époque (l’homosexualité féminine affichée) . Carol renonce à Therese pour ne pas perdre la garde de sa fille, puis, se ravise. Therese a été blessée, elle hésite à renouer avec Carol. Car la plus forte, mentalement, des deux n’est celle qu’on pourrait penser.

Et aussi

Pas la peine d’être expert en cinéma pour voir combien ce mélodrame est un hommage à ceux de référence de Douglas Sirk avec notamment l’art du faux happy end, très subtil. Pourtant, Todd Haynes possède son style à lui et sa manière incomparable de filmer les femmes. De Noël, il montre la joie factice d’une fête révélatrice des problèmes conjugaux (Carol), de la solitude (Therese).

photos UGC

photos UGC

Un film plébiscité en séance presse, descendu en séance de festivaliers (tout le contraire du Gus Van Sant, « The Sea of trees »), ce qui marque, comme d’habitude la différence entre les goûts des critiques et ceux des spectateurs, fussent-ils des professionnels du cinéma (Cannes n’est pas un festival ouvert au public).

Trop beau, trop bien filmé, fonctionnant sur l’émotion imputable à l’esthétique (un travail d’esthète…) et non pas sur l’empathie ou l’identification (spécialité d’une cinéaste comme Maïwenn qui ne sait pas filmer mais offre des récits miroir hystériques aux spectateurs, voire fédérateurs avec un sujet qui choque tout le monde sans exception comme »Polisse »). Trop parfait, moment de volupté absolu durant deux heures d’immersions dans les fifties (reconstitution époustouflante et des meubles, déco, objets, et des usages), trop élégant malgré son récit transgressif (pour les années 50), ce film risque fort de ne ramasser aucun prix. Le cinéma fonctionne par le rêve ou l’identification et l’empathie, ici, rien de tout cela, une histoire pudique/impudique mais infiniment chic sans hurlements ni crises de nerfs.

Ce film est tiré d’un roman de Patricia Highsmith (sans aucune dimension polar) qui l’avait publié en 1952 sous un pseudonyme.

 

POST ECRIT LE 18 MAI 2015 (au festival de Cannes 2015)

 

Notre note

(4 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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