« Cleveland contre Wall street » : spéculation sur la précarité

Jean-Stéphane Bron, aout 2010, sortie DVD 5 avril 2011

Pitch

Après les saisies immobilières qui ont dévasté les quarties défavorisés de la ville, la simulation du procès qui n'aura pas lieu mettant en scène les avocats de Cleveland et le représentant des banques de Wall Street.

En janvier 2008, un avocat de Cleveland et ses associés assignent en justice 21 banques de Wall St qu’ils jugent responsables des saisies immobilières qui ont dévastés les quartiers les plus pauvres de la ville. Le procès n’aura pas lieu, les banques de Wall St s’opposant à l’ouverture de la procédure. Le film raconte ici le procès si il avait eu lieu, tout est vrai, les situations, les témoins, les témoignages.
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photo Les Films Pelleas

Ce qu’on apprend dans le film fait froid dans le dos, des gens des quartiers défavorisés sont démarchés chez eux par des sociétés de rachat de crédits qui surévaluent leurs biens, les enlisent jusqu’à ce qu’ils ne peuvent plus payer, qu’on saissise leur seul bien, leur maison. Des maisons abandonnées qu’on montre fermées par des lattes en bois clouées. Une situation qui génère la criminalité dans ces quartiers, des gangs s’y installent, et des dépenses astronomiques de la mairie de Cleveland pour détruire ces habitations fantômes et nettoyer les quartiers. Les banques ne vérifient pas les informations quand les sociétés de prêt surévaluent de manière obscène les biens des clients, les bénéfices des subprimes, deux fois le taux d’un crédit normal, sont énormes, les banques revendent ensuite ces crédits groupés en faisant de la titrisation (tranformation d’actifs  peu solvables en valeurs mobilières négociables comme des obligations). Plus tard, quand les banques s’écrouleront, on sait que le gouvernement les renflouera avec les impôts des citoyens…
Deux choses déroutent dans ce film, d’une part, sur le fond : comme on sait dès le départ que ce n’est pas un vrai procès, cela ôte l’intensité dramatique de la montée en puissance vers une issue qu’on sait condamnée d’avance ; d’autre part, sur la forme, la simplicité de l’ensemble, outre quelques plans sur les quartiers est de Cleveland, pas aussi forts qu’on s’y attendait, le récit déroule l’audition des témoins, un témoin qu’on interroge deux fois, partie civile défense, interrogatoire, contre-interrogatoire,

témoin suivant, etc… 


photo Les Films Pelleas

L’intérêt réside dans ce que racontent les témoins, la tragédie de ceux qui ont  tout perdu pour cause d’escalade dans le surendettement. Ce film d’une grande simplicité est infiniment triste, on a le coeur serré d’entendre ce que racontent les témoins, ces maisons qu’on va saisir quinze jours plus tard, laissant des familles entières sans logement, dormant dans leur voiture, dans la rue. La vieille dame de 87 ans qu’on emmène dans un foyer, endettée pour payer les soins de son mari qui vient de mourir. L’avocat de la défense n’a, en deux mots, qu’un seul argument, tout le monde ne peut pas s’offrir une maison, les clients n’étaient pas obligés de signer… Un homme politique vante la capitalisme, source de prospérité, pour combien de gens? Un ancien trader démontre que plus les profits du capitalisme mondialisé sont énormes et plus la frange des gens riches, de plus en plus riches, qui en bénéficient, est mince, de plus en plus mince…
On voit qu‘il est impossible de faire une corrélation directe entre les saisies immobilières et les banques à cause des intermédiaires sauvages, sociétés sorties de nulle part, crédulité des clients pas informés, commission réglées en cash, qui sont le lien entre les titulaires des crédits et les banques, leurs dossiers égarés dans des méandres administratifs. « Cleveland contre Wall st », présenté à Cannes l’année dernière en section parallèle, était nommé pour le César du meilleur documentaire cette année.

 

 

Notre note

(3 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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