« Cold souls » (« Ames en stock ») : un traitement de choc

Sophie Barthes, sortie 5 mai 2010, sortie DVD 1er septembre 2010

Pitch

A new-York, un comédien de théâtre surmené répond à une annonce d'une société spécialisée dans l'extraction des âmes pour diminuer le stress. Mais, quand il veut récupérer son âme d'origine, celle-ci a disparu...

Voilà un film que j’avais raté en compétition au dernier festival du cinéma américain de Deauville et dont le thème me disait bien : le trafic des âmes… La réalisatrice s’est inspirée d’un texte de Jung « L’Homme à la découverte de son âme », la caution est de taille… Ecrit pour le comédien Paul Giamatti dans un emploi Woody Allenien de New-Yorkais névrosé, introspectif, le film met en scène un personnage du nom de Paul Giamatti…
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photo Memento films

Répétant « Oncle Vania » au théâtre, le comédien Paul G ne trouve pas le ton juste. Migraineux, déprimé, prostré chez lui, il tombe sur une annonce du New-Yorker d’une société nommée « Cold souls », une banque d’âmes en stock. Quand Paul se présente au bureau de la « Cold souls », il est reçu comme pour une intervention esthétique avec des chouchouteries et une consultation médicale. Le praticien,
le Dr Flintstein (David Strathairn), est parfait à la fois vendeur et rassurant, il promet un allègement considérable du stress après extraction de l’âme, Paul G accepte. Retour aux répétitions d' »Oncle Vania », cette fois-ci, la neutralité émotionnelle s’étant installée chez Paul G, il joue complètement faux sans s’en apercevoir, le metteur en scène est effondré.Retour à la banque d’âmes où le praticien lui propose d’héberger l’âme d’un tiers, en l’occurrence un poète russe… Cela n’ira pas non plus, cette fois-ci Paul G joue de manière emphatique au théâtre… Mais quand paul G s’avise de récupérer son âme d’origine, celle-ci, stockée dans un coffre-fort de la société « Cold souls », a disparu… En parallèle, on suit le quotidien de Nina, la « mule » qui transporte des âmes depuis la Russie où se tient le siège du trafic d’âmes. Pour satisfaire

Sveta (Katheryn Winnick), la petite amie du chef  de réseau russe de trafic d’âmes, comédienne de télévision qui veut se faire implanter l’âme d’Al Pacino, Nina a volé l’âme de Paul Giamatti, seul acteur américain qu’elle a trouvé sur le listing de l’agence New-Yorkaise… D’où une seconde partie du film se passant à Saint Pétersbourg à la recherche de l’âme égarée de Paul Giamatti… 


photo Memento films

Le film regorge de thèmes plus ou moins développés, les névroses des américains prêts à tout pour s’apaiser, de la psychanalyse au changement d’âme, leur crédulité devant les médecines parallèles et les nouveautés miracles, le culot des sociétés d’escrocs vendant du vent, les trafics en tout genre et l’exploitation des « mules » transportant la drogue et pourquoi pas des âmes.
Quoi quil en soit, Paul se trouve engagé dans une recherche que les bons traités appellent quête identitaire. Qui suis-je, que fais-je, où vais-je, « dans quel état jerre »? La réponse, habituellement spéculative, ici, est expérimentale : retirons lâme et voyons ce qui se passe. Et naturellement, ce qui se passe, cest quon veut la récupérer. Ce nest pas tant quon la trouve particulièrement radieuse ou simplement sereine, mais on y est tout bêtement habituée. En d’autres termes, on préfère une souffrance connue à une paix inconnue, etc…

 


photo Memento films

La première surprise réside dans le fait que Paul Giamatti interprète un personnage qui porte son nom mais, dans cette histoire surréaliste, aucune parenté avec la réalité physique de lacteur. Cest que la réalité doit être cherchée ailleurs, et sans doute dans le fait que courir après son âme perdue est vue par la réalisatrice Sophie Barthes comme une activité universellement humaine et non une fiction romanesque. 

Paul Giamatti (le vrai) se montre à son avantage. Surtout dans la première partie du film où les états dâme occupent la place. Son interprétation dun homme sans âme, littéralement, est drôle et inspirée, tout à la fois montrant ce qui change et ce qui reste inchangé dans ce quils ont de subtile intrication. La seconde partie du film le met un peu plus en difficulté, visiblement moins dans son élément avec la quête physique et aventureuse quavec laventure intérieure. David Strathairn nest dailleurs pas en reste, dans un jeu simple et enjoué mais crédible de psychiatre muté en industriel (désopilante remarque sur le personnage d » »Oncle Vania » qu’il trouve  trop plaintif dans la pièce de Tchekov!). Dina Kozun et Katheryn Winnick sont peut-être un cran en dessous, mais quelle importance tant tout tourne autour de Giamatti ? La réalisation est sobre, loin des artifices techniques quon aurait pu craindre du traitement dun tel sujet aux portes du fantastique. On a déjà signalé la rupture de rythme entre les deux parties du film, et cest sans doute le principal défaut dun film par ailleurs indubitablement intelligent et attachant. 

 

 

 

 

Notre note

(4 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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