"Dans la ville de Sylvia" : à une passante

focus film Jean-Louis Guérin, sortie 10 septembre 2008

Pitch

Un jeune homme revient à Strasbourg à la recherche de Sylvia qu'il y avait rencontrée quatre ans plus tôt. Cette quête se transforme rapidement en recherche de l'éternel feminin et en découverte de la ville tant esthétique qu'en mouvement.

Sans vouloir la ramener, ce film m’a aussitôt ramené à l’esprit une citation, la dernière phrase d’un célébre poème de Baudelaire « A une passante » qui se termine ainsi « oh toi que j’eusse aimée, oh toi qui le savait… », comme je le cite de mémoire, on peut me corriger!!! (le temps où je lisais des choses sérieuses s’éloigne comme cette passante…)

Car c’est le thème du film : sous prétexte d’aller rechercher une femme avec qui il a vécu une histoire d’amour, quatre ans auparavant, à Strasbourg, ville qu’il connaît à peine, un jeune homme va se perdre dans la contemplation d’inconnues qui auraient pu être Sylvia, et, plus largement, qui auraient pu être la femme aimée ou pourraient le devenir si… des amours au conditionnel… Perdu dans la contemplation des nuques des jeunes femmes trop jolies qui peuplent les terrasses des cafés, soudain, une d’entre elles entraperçue à travers une vitre ressemble un peu à Sylvia, du moins, veut-il le croire, pas vraiment surpris qu’elle démente en fin de course, puisqu’elle vient d’arriver il y a seulement un an.

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photo Shellac distribution

Au passage, le réalisateur dresse un portrait très flatteur de la ville, qu’il veut montrer aussi bien séduisante que vivante, avec ses incessants vas et vients que normalement personne ne remarque s’il n’avait posé sa caméra à l’entrée d’une ruelle, ses vendeurs black qui interrompent les rêveries des passants, des consommateurs, avec leurs colifichets identiques, lunettes de soleil, porte-monnaies, colliers, qu’ils transportent dans toute l’Europe.
 


photo Shellac distribution

C’est typiquement le film d’auteur, le film d’artiste, filmé comme on peint, comme on dessine (le jeune homme crayonne des portraits, des silhouettes de femmes sur un cahier). Le réalisateur à « décaractérisé » à dessein, à dessin… son héros, on ne sait rien de ce jeune homme un peu trop beau mais désincarné, présenté comme un homme au pluriel, un portrait type, un prototype. C’est un film concept à colorier soi-même, le spectateur y mettra ses propres fantasmes, ses souvenirs, ses émotions, partant du principe qu’on a tous vécu des amours virtuelles, des possibilités d’amour… Après les personnages en quête d’auteur, voilà un film en quête de contenu… Eclairant les déplacements ordinaires des habitants de la cité, qui revêtent alors un intérêt quasiment littéraire de personnages secondaires, de belles images appliquées, léchées, souvent immobilisées, des rêveries d’un promeneur solitaire… Trois journées d’errance sentimentale dans le quotidien d’une ville étrangère qu’on apprivoise en tenant le cahier des charges d’amours imaginées, indolores, contemplatives, comme le film… 

 

 

Notre note

(3 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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