« Dans ses yeux » : thriller nostalgique

focus film Juan José Campanella, 5 mai 2010, sortie DVD 22 septembre 2010

Pitch

Un greffier à la retraite tente d'écrire un roman sur une affaire qui l'obsède depuis 25 ans : l'assassinat d'une jeune institutrice dans les années 70 à Buenos Aires, ce qui le renvoie à un amour qu'il n'a pas pu vivre avec sa supérieure hiérarchique.

 films qui donnent les larmes aux yeux même après tant de films et c’est tant mieux. Il faut dire que le fonds de commerce de ce film est la nostalgie au superlatif, et c’est cela sans doute, au delà des images magnifiques, du scénario parfait, qui fait que le réalisateur gagne le pari impossible de combiner un thriller et un film romantique. Un greffier à la retraite tente d’écrire le premier chapitre d’une histoire qui l’obsède depuis 25 ans et déjà se mélangent deux histoires : le dernier petit déjeuner en 1974 d’un jeune homme avec son épouse de 23 ans qu’on va retrouver le soir violée et assassinée, lardée de coups de couteaux ; le dernier rendez-vous de Benjamin Esposito, il y a plus de 20 ans, avec la femme qu’il aimait sur le quai d’une gare, la femme qui courait en larmes sur le quai, trop tard.
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photo M6 Vidéo
C’était au début des années 70, Benjamin Esposito était greffier au tribunal sous les ordres d’une jeune femme, Irene Hastings, bourgeoise chic fraîchement diplômée d’Harvard, et son compère et meilleur ami, Pablo Sandoval, alcoolique chronique, par ailleurs, lui faisait remarquer qu’il était amoureux d’elle. Le spectre de la future dictature* se profilait, et, sous la présidence d’Isabel Peron, les heures les plus sombres de l’Argentine se dessinaient déjà en filigrane.

*Isabel Peron présidente:  1974/1976 ; « la junte »:  1976/1983 Soudain, en juin 1974, on retrouve Liliana Colotto, institutrice, mariée depuis un an à Ricardo Moralaes, employé de banque, assassinée à leur domicile par un sadique. Deux ouvriers du bâtiment son arrêtés à tort, Benjamin Esposito, s’opposant à sa hiérarchie, reprend l’enquête et découvre la piste de l’assassin véritable en feuilletant les albums photo du veuf, remarquant un homme qui figure sur toutes les photos lorgnant la jeune fille… Belle scène que ces albums photos feuilletés par les deux hommes, Moralaes et Esposito, et de la jeunesse de Liliana et de sa courte vie de femme mariée, seuls trésors avec ses souvenirs qui restent à son mari inconsolable. Mais des belles scènes dans ce film, il y en a pléthore et on aura le choix…

 


photo M6 Vidéo
Le film opère des allers et retours entre une période contemporaine où Esposito va revoir Irène 25 ans après le drame, devenue procureur, mariée, des enfants, et les années 70 juste avant la dictature en Argentine. Et si Esposito trouve le courage d’aller voir Irene dans son bureau, c’est pour lui parler de son projet de roman sur l’affaire Moralaes, un livre dont il n’arrive pas à écrire la première scène.  Le thème d’un amour de jeunesse immortalisé par son interruption est universel et c’est peu dire qu’il prête à l’identification. Esposito va s’approprier l’histoire d’amour absolu qu’il perçoit chez Moraeles, emprisonné dans un amour éternel par la mort subite de sa femme ; une obsession qui ramène Esposito, tout en le niant, à Irene qu’il n’a pas osé aimer à la même époque et cet amour interrompu, notamment par un scandale qui l’a obligé à quitter la ville, l’a amené à se trouver mentalement dans la même position que Moralaes, le mari de Liliana, l’inconsolabilité. 

 


photo M6 Vidéo

Dans une lumière ambrée, images superbes, cadrages délicats, clair-obscurs, sur un rythme lent propice à la nostalgie et aux regrets, le film déroule la juxtaposition de deux époques et l’histoire de deux hommes incapables de sortir des souvenirs d’un passé idéal qu’on leur a volé, ne vivant que pour tenter la réparation de ce passé-là alors qu’il leur manque l’essentiel : la jeunesse même si le film tente un pseudo- happy end improbable. Car la BO est aussi mélancolique que ce film nostalgique, trempant dans atmosphère politique très lourde, et rien ne pourra consoler le spectateur imprégné de la lumière qu’il a vu dans leurs yeux (« El Secreto de Sus Ojos » = le secret de ses yeux, le titre espagnol expliquant mieux qu’il s’agit du regard de tous les protagonistes)…

En plus d’être un grand succès en salles, « Dans des yeux » a décroché l’Oscar du meilleur film étranger l’année dernière devant « Le Ruban blanc », palme d’or et « Un Prophète »… Rare cas où un film grand public offre la qualité du film d ‘auteur, s’adressant avec délicatesse et subtilité à tous les publics. Pour ceux qui chercheraient une idée de cadeau, c’est le film idéal!

 

DVD et Blu-ray M6 Vidéo, sortie 22 septembre 2010
Bonus : conférence de presse du festival de San Sebastian où le film était en compétition

 

 

Notre note

(5 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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