«Douleur et gloire», SO #Cannes2019 : une vie

focus film Pedro Almodovar, 17 mai 2019

Pitch

Un grand cinéaste, en proie à des douleurs incessantes, est incapable de tourner. Il se souvient...

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Si le film n’était pas signé d’Almodovar, pourrait-on reconnaître sa griffe, celle d’un réalisateur que l’on croyait connaître? Un film épuré, qui gomme tout ce qui pourrait encombrer le sujet grave, y compris les émotions, ici contenues, comme le font les arstistes minimalistes, pour aller à l’essentiel, le noyau dur du talent d’Almodovar. Magnifique.

Un peu semblable au livre d’un écrivain face à une page blanche qui raconterait son angoisse, sa douleur, de ne plus pouvoir écrire, ce film est le récit, du moins au départ, de la vie (ou de l’absence de vie) d’un réalisateur septuagénaire, Salvador Mello, que la cinémathèque se prépare à honorer avec la reprise d’un film qui a fait sa gloire « Sabor », tourné il y a trente ans, du temps de la Movida espagnole, et qui lui a valu de se fâcher depuis avec Alberto, l’acteur principal du film qui, d’après lui, avait dénaturé sa prestation à cause de son addiction à l’héroïne de l’époque. Avec cette réconciliation tardive avec Alberto, à qui Salvador demande de l’accompagner à la cinémathèque, démarre la conjugaison au passé d’une vie depuis l’enfance dans les quartiers pauvres et un triste sous-sol que sa mère essayait d’ensoleiller, et, en premier lieu par sa présence . 

Car la vie de Salvador aujourd’hui est devenu le décompte insupportable d’un catalogue de douleurs vertébrales, de migraines qui le font vivre dans le noir de son bel appartement, voire d’étouffements ou d’acouphène. Comme une facture présentée tardivement pour payer une existence de réussite professionnelle et amoureuse, de gloire. Le prix à payer. 

Emmuré dans cette douleur refuge l’empêchant d’écrire un nouveau film, la rencontre avec Alberto va être l’occasion de tomber un peu plus bas, dans l’héroïne, drogue qu’il n’avait encore jamais essayée. 

C’est alors que Salvador, pour revivre, est obligé d’accepter de se souvenir de sa vie depuis l’enfance jusqu’à la découverte dans les années 60 du premier désir tétanisant, une scène primordiale qu’il avait complètement occultée, de faire le bilan d’une vie de réussite et de plaisirs révolus en se remettant en question. Car le film est non seulement autobiographique mais aussi une sorte d’auto-psychanalyse à tenter de comprendre les mécanismes qui ont conduit Salvador de la gloire à la douleur.

Superbe Antonio Banderas (qui ne joue bien qu’avec Almodovar) et dont c’est ici certainement le rôle de sa vie. Une Pénélope Cruz inattendue et touchante dans le rôle de la mère jeune du cinéaste. Les deux acteurs ont donné le meilleur pour «leur Pedro».

Notre note

(4,5 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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