« Elena » en ouverture de la 9° Semaine du cinéma russe à Paris

  

 

Hier soir avait lieu à l’Arlequin à Paris l’ouverture de la 9° Semaine du cinéma russe à Paris, dite « Regards de Russie 2011. Un intitulé qui ne doit rien au hasard car, comme on l’a expliqué sur place, ce festival n’est pas tout à fait comme les autres festivals qui privilégient les films auteuristes que souvent les Russes ne voient pas chez eux, les cinémas  et les distributeurs en Russie étant rétifs à les programmer. Ici, à Paris, on présente au public français un échantillon de la production russe, tous genres confondus. Le cinéma russe, représenté par les films d’auteurs montre un visage de la Russie « assez cauchemardesque », d’après l’acteur/réalisateur Andreï Smirmov, venu présenter « Elena », où il joue le rôle du mari, avec Elena Liadova, la jeune actrice du film. Cette nouvelle vague russe, présentée dans des grands festivals montrerait plutôt des problèmes sociaux, une inquiétude morale, une âme russe versant sombre. Andreï Smirnov, très sympathique, ne mâchant pas ses mots, s’exprimant dans un français parfait, présentera plus tard dans la semaine un film en tant que réalisateur : « Il était une fois une femme » (jeudi 10 novembre à 18h15 en présence du réalisateur et dimanche 13 novembre à 16h). « Elena » sera programmé à nouveau le jeudi 10 novembre à 21h30 en présence de la comédienne Elena Liadova.Pas de cocktail cette année, contrairement aux années précédentes, crise oblige. Du coup, je n’ai pas pu prendre toutes les photos que j’avais pris l’habitude de faire en naviguant lors des agapes… Mais l’organisation était nickel (je n’en dirais pas autant d’autres festivals) et le film d’ouverture largement au dessus de la mêlée, ce qui est tout de même l’essentiel dans un festival de cinéma. « Elena » avait déjà été primé au dernier festival de Cannes dans la section Un Certain regard.

——


Andreï Smirnov et Elena Liadova mardi 8 nov. à l’Arlequin


« Elena » de Andreï Zviaguintsev
(sortie en salles le 7 mars 2012)
 

Pitch.

 Un couple plutôt âgé, un homme riche et froid marié à une femme modeste et soumise. Mais chacun a déjà un enfant adulte d’un premier mariage : la fille de Vladimir le tient à distance et le fils d’Elena est au chômage.

« Elena » est un film assez exceptionnel, et l’on pouvait s’y attendre, de la part du réalisateur du « Bannissement ». Ici, on est immergé dans l’intimité d’un couple avec les fantômes de leurs enfants respectifs pesant sur leur relation. Elena a épousé Vladimir qu’elle a connu à l’hôpital dix ans auparavant, lui malade, elle infirmière. Mais on saura ces détails plus tard car le réalisateur montre longuement sur pièces les différences sociales entre le mari et l’épouse : Elena n’est pas seulement une épouse soumise qui sert de domestique aussi à son mari, elle est humble, ne se révolte pas, ne demande rien ou presque. Un presque qui va tout déclencher : l’épine dans le pied d’Elena, c’est son fils Sergueï pour qui elle ferait l’impossible.Elena navigue entre l’appartement cossu qu’elle habite avec Vladimir et la cité lugubre où logent son fils, sa belle-fille et leurs deux enfants dont un bébé. Le changement d’environnement est parlant en soi, la mise en scène des deux quartiers dit tout, comme cette barre d’immeuble de la cité que le réalisateur montre occupant tout l’écran. Sergueï, chômeur de longue durée, est présenté comme un parasite attendant tout de sa mère, rivé à son canapé, sa télé, Sacha, le petit-fils déjà ado est son clone en plus effacé mais une des dernières scènes du film (qui fait froid dans le dos) donne une indication sur son avenir tout tracé de loubard (est-ce cette démonstration de déterminisme social qui fait que le film est contesté en Russie?)

Du côté de Vladimir, ce n’est pas mieux dans un autre genre, sa fille unique est arrogante, névrosée, méprisante avec Elena, gâtée par son père qu’elle tient à distance depuis son remariage. La collision entre une demande d’argent de Sergeï à sa mère pour envoyer Sacha, le petit-fils, à l’université et un mouvement de tendresse de la fille de Vladimir pour son père hospitalisé, suite à un infarctus après avoir abusé de son club de gym, va provoquer un drame. Soudain, Vladimir se met en tête de modifier son testament en faveur de sa fille…



photo Pyramide 

Muets et criants de vérité les rituels du lever immuables, Elena se lève, prépare tout, réveille Vladimir qui dort dans une autre chambre avec un écran de TV plus grand que les autres, enfin, à la table du petit déjeuner, il lui adresse la parole. Tout est crédible dans ce film focalisé sur les gestes et rituels du quotidien qui expliquent la psychologie des personnages, indiquent la place de chacun dans ce couple, dans la société.  On est dans un cinéma intime, comportemental, qui montre, ne juge pas, démontre avec minutie l’enchaînement des micro-événements qui vont faire basculer cet équilibre entre Elena et Vladimir, qui, sans la pression de leurs enfants respectifs, auraient trouvé un modus vivendi, étant posé qu’Elena respecte la domination de Vladimir.Mise en scène sobre mais parfaite, interprétation maîtrisée, c’est le film haute couture, la qualité discrète du bel ouvrage au cinéma tout ne cédant pas à la tentation auteuriste d’en faire trop ou compliqué, parfaitement accessible à tous les publics.

 


Andreï Smirnov mardi 8 nov. à l’Arlequin


un responsable de l’Ambassade de Russie à Paris et R.F. Davletiarov, le producteur général de la Semaine du cinéma russe
à Paris
mardi 8 nov. à l’Arlequin 

Notre note

(5 / 5)

Mots clés: , , , ,

Partager l'article

Lire aussi

Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

Laisser un commentaire

Votre email ne sera pas publié. Remplissez les champs obligatoires (required):

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Back to Top