« Happy few » : transplantation du schéma peace and love chez les bobo

Anthony Cordier, sortie 15 septembre 2010

Pitch

Deux couples tombent amoureux les uns des autres et échangent leur conjoints, les quatre nouveaux amants deviennent vite inséparables tout en essayant de conserver une vie de famille.

Ce film est sélectionné en compétition à la 67° Mostra de Venise du 1er au 11 septembre.

C’est une histoire assez subversive qu’on présente comme une histoire d’amour qui pourrait arriver à (presque) tout le monde. Rachel, créatrice de bijoux, reçoit Vincent dans son atelier pour travailler sur son site internet. Coup de foudre. Rachel et son mari Franck invitent illico Vincent et sa femme Teri à dîner. Aussitôt Franck et Teri tombent dans les bras l’un de l’autre. Pendant tout le récit, les couples de base vont se démultiplier selon un schéma d’échangisme organisé avec quelques règles implicites pour cesser les effusions quand le conjoint officiel revient à la maison : on alterne Rachel avec son mari et Rachel avec Vincent, Franck avec sa femme et Franck avec Teri.
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photo Le Pacte

Au passage, ce que vivent Franck et Teri n’a rien à voir avec le couple Rachel et Vincent, l’échange a révélé des côtés occultés avec le mari de l’un ou l’épouse de l’autre. Rachel apprécie la violence sexuelle de Vincent qu’elle ne pratiquait pas avec son mari et Teri aime la tendresse de Franck que son épouse ne connaissait pas. Ainsi, de deux couples classiques, on en arrive à un couple Rachel/Vincent purement sexuel et à un couple Franck/Teri qui tendrai plus vers le couple idéal complice.

Les acteurs sont très importants dans ce film qui ne montre quasiment que l’intime : les ébats, les têtes à têtes, les prises de tête, les personnages étant filmés en tant qu’objets d’une passion prenant toute la place, l’insertion dans la vie réelle gommée, les enfants dramatiquement transparents dont quasiment personne ne s’occupe que pour les transporter en voiture ou leur expliquer qu’ils resteront seuls à la maison (un peu plus présents dans la seconde partie du film). Marina Fois/Rachel et Nicolas Duvauchelle/Vincent dominent largement la mélée, ce sont les personnages durs, sans empathie, Roschdy Zem à contre-emploi est statique, Elodie Bouchez assez agaçante avec un sourire forcé faussement naturel de petite femme sensible toujours étonnée de ce qui se passe. 


photo Le Pacte

Il semble qu’on ait tenté de montrer un nouveau échangisme inserré dans le quotidien, le foyer familial, et non pas vécu dans des  communautés libertaires ou des clubs spécialisés, un « ménage à quatre » où tout le monde serait amoureux de tout le monde, où on tomberait amoureux non pas d’un tiers mais d’un couple entité tout en aimant aussi son conjoint. La scène qui voudrait bien devenir culte, partouze dans la farine pour l’anniversaire de Teri, représente l’idéalisation de cette construction amoureuse à quatre partenaires où tout se passerait dans la joie et la beauté des corps roulés dans la farine jouissant sans entraves ni tabous. L’acception immédiate de ce nouveau mode de vie sexuelle à quatre de la part des deux couples, leur absence de culpabilité vis à vis de leurs enfants, leur fatalisme à ce que les choses soient comme elles sont, tombées du ciel, est pour le moins irréaliste. Pour injecter un peu de crédibilité au récit, on siffle tardivement la fin du match,
imperceptiblement, les choses vont se dégrader, certains aiment plus que d’autres, d’autres oublient de se réveiller quand un des conjoints rentre chez lui, ça s’agace, ça se jalouse, ça se pose des questions. 


photo Le Pacte

Dérangeant, le film est fait pour déranger et atteint plus ou moins son objectif. L’utopie d’un monde 100% hédoniste sans jalousie ni possessivité, un trip communautaire peace and love transplanté dans l’univers bobo contemporain avec la nouveauté (par rapport aux communautés des années 70) d’y intégrer aussi des sentiments : l’échangisme 2010 serait validé par l’amour… une passion bulldozer qui tomberait sur les personnages sidérés au sens de frappés par la foudre du coup de foudre. Un film concept en quelque sorte dont le sous-titre habilement neutre est « aimez qui vous voulez ».
site officiel du film…

 

Notre note

(2 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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