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« Holy motors » : ceci n’est pas un film?

focus film Leos Carax, sortie 4 juillet 2012

Pitch

Un homme dans une limousine conduite par une femme, son chauffeur. Un homme qui obéit à un cahier des charges lui indiquant quel rôle jouer. Des rôles successifs, homme, femme, notable, tueur, mendiante... Des rôles qui font ou furent une vie?


Demain sort un film qui n’en finit plus d’enflammer la blogosphère cinéma, la critique traditionnelle « papier » étant (un peu) plus partagée. Mais pas seulement, il se trouve que j’ai assisté
au dernier festival de Cannes à la projection officielle du film (sélectionné en compétition), celle du soir en présence de l’équipe du film, l’accueil fut ahurrissant, ovation, etc… A la sortie, l’équipe du film n’en revenait pas… (j’ai pris quelques photos, étant sortie avant le public de l’orchestre, petite technique pour photographier l’équipe avant sa descente des marches…) Denis Lavant posait avec des spectatrices, Leos Carax tentait d’allumer une cigarette, tout le monde était ravi, sur un nuage
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photo Les Films du Losange

Pourquoi ce film a tant plu? C’est davantage cette question qui m’a frappée que le film qui doit énormément à la prestation immense de Denis Lavant, un des plus grands acteurs contemporains que connaissent surtout les amateurs de théâtre (je l’ai vu au théâtre dans « La Faim » de Knut Hamsun, une prestation incroyable… ) Amour du cinéma, du théâtre, nostalgie, poésie, récit ouvert sur toutes les interprétations possibles : en gros que la vie est une scène et les gens des personnages, parfois, on on vous paye pour « jouer le jeu », parfois, on est payé de souvenirs. Auto-hommage, hommage à Franju, Edith Scob met sur son visage un masque à la fin du film (‘ »Les Yeux sans visage »), hommage à la performance, au « happening », culte de la femme idéalisée. Au casting, des femmes de rêve, Eva Mendes (un petit rôle), Kylie Minogue coiffée comme Jean Seberg, Edith Scob ou l’élégance.

Que dit le résumé du catalogue du festival de Cannes? « De l’aube à la nuit, quelques heures dans l’existence de Monsieur Oscar, un être qui voyage de vie en vie. Tour à tour grand patron, mendiante, meurtrier… Monsieur Oscar semble jouer des rôles… mais où sont les caméras? A la poursuite de la beauté du geste… Des femmes, des fantômes de sa vie. Mais où est sa maison, son repos?… »


photo Les Films du Losange

Le film se passe en grande partie dans une limousine où Monsieur Oscar feuillette son agenda et endosse un rôle après l’autre en suivant une liste consignée dans une sorte de carnet de commande comme pourrait en posséder un tueur à gages. Peu à peu, les « contrats » de Monsieur Oscar ressemblent à des rituels sans signification particulière que cette « beauté du geste ». Le film se dirige, pas à pas, va vers la dématérialisation : d’une idée de départ (une idée plus qu’un scénario) plutôt philosophique, conceptuelle, on glisse vers la nostagie, la poésie des souvenirs, les fantômes du passé. Jusqu’à aboutir au rien, si l’on peut dire, à la mécanique des choses en soi, aux gestes (l’action) qui définissent une vie dans un rôle, puis un autre. Jusqu’au garage… (d’ailleurs, la fête du film à Cannes suivant la projection s’est déroulée dans un parking).

photo Les Films du Losange

Oui, pourquoi le film a tant plu? Non formaté dans une sélection formatée des films qui font désormais le cinéma, artistique au sens de la proposition artistique qui « ose » bousculer l’art, comme l’urinoir à l’envers de Duchamp ou le « Ceci n’est pas une pipe » de Magritte, la bouche rouge de Man Ray. Ces artistes qui décident soudain que c’est le geste, l’idée, qui est artistique en soi plus que l’objet… Il y a probablement de la démarche (du mouvement) surréaliste dans ce film. Artisanal, modeste en moyens et ambitieux en créativité dans un monde fric d’effets spéciaux et de 3D. Mais que diront les spectateurs « normaux », ceux qui n’étaient pas festivaliers au festival de Cannes dans une bulle survoltée, frivole et cérébrale, coupée du monde réel?J’ai posé des questions aux critiques fans qui portaient le film aux nues, pourquoi considérez-vous ce film comme un chef d’oeuvre? Personne n’a pu répondre hormis, un journaliste : « c’est une proposition cinéma ». Au final, le film est rafraîchissant, poétique, « gonflé », génialement interprété, et puis? Un film tendance? Un film pour cinéphiles sevrés de sensations cinéma? (c’est bien possible…)


MAGRITTE, « La trahison des images », 1928-29 /  Los Angeles county Museum of Art, Los Angelesaprès la projection à Cannes… 
Cannes, vendredi 25 mai 2012, sortie du grand théâtre Lumière, Kylie Minogue


Cannes, vendredi 25 mai 2012, sortie du grand théâtre Lumière, Denis Lavant

 

Notre note

3 Stars (3 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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