"Ils mourront tous sauf moi!" et "L'Etranger en moi" : deux jeunes réalisatrices déclinent le "moi" à la Semaine de la critique

focus film Cannes 2008, Semaine de la critique, Valeria Gaï Guermanika, Emily Atef, sorties 22 avril 2009 et ?

Ces films ont en commun qu’ils sont les premiers films de jeunes réalisatrices et que l’emploi du moi traduit le malaise du corps envahi par des sensations inquiétantes, des pulsions inconnues, un corps devenu étranger : corps de la femme qui vient d’accoucher d’un enfant qu’elle ne supporte pas, un événement heureux qui va révèler un mal ancien, corps des adolescentes qui cherchent une réponse et un apaisement aux tourments de leur sexualité neuve dans l’événement de l’année où il y aura des sources de plaisirs : la soirée du collège.

« Ils mourront tous sauf moi! » de Valeria Gaï Guermanika / Russie

 

Ce film a obtenu à Cannes une mention spéciale à la Caméra d’or et le prix regards jeunes 2008.


photo Rezo films

Trois adolescentes de la banlieue de Moscou vont voir leur vie changer à cause d’un événement exceptionnel : la soirée dansante du collège. Les trois inséparables Katya, Vika et Zhanna, se sépareront pourtant au sortir de cette soirée épreuve. Ca démarre mal avec les parents de Katya, enfant battue par son père, qui lui interdisent de sortir le soir ; d’abord solidaires, les deux autres, craignant que l’attitude agressive en classe de Katya, puis sa fugue de la maison, ne fassent interdire la soirée, la laissent tomber.—–

Pendant la soirée, chacune des filles va trouver un terrain de défonce : alcool, drogue, sexe. Zhanna va tomber dans les toilettes sur un groupe de pétasses qui vont la faire boire du vin rouge jusqu’à la laisser raide morte sur le carreau. Vika, entichée d’un garçon plus âgé, partira à sa recherche sans le trouver, et acceptera de prendre je ne sais quelle drogue avec un groupe rencontré au passage. Quand à Katya, échappée de chez elle grâce à la complicité d’une fille gentille mais godiche qu’elle méprise, elle va séduire le Don Juan de Vika qui la violera presque dans un hangar et sera ensuite tabassée par sa petite amie officielle. La victime chronique sera donc Katya, celle qui ne devait pas sortir, battue à la maison, elle y revient rouée de coups, violée, blessée… Tout en refusant l’aide de la gentille gourde qui la prend dans ses bras quand tous l’ont abandonnée…


photo Rezo films
C’est un film qu’on pourrait dire physique, la caméra, muette, colle aux corps des adolescentes, s’imisce dans leur intimité, leur vole des petites choses perso, comme ce petit collier en perle de bois ou ces tenues plus soignées pour aller à la fête, les sucettes chez le marchand qui refuse de leur vendre de l’alcool. De l’adolescence, le film montre la violence intérieure, psychologique et physiologique, du passage de l’enfant à la femme, et la violence extérieure du rapport avec les autres : avec les parents, avec les profs qui se font insulter et n’ont rien à envier à la classe de Begaudeau dans « Entre les murs »… Un film en immersion comme le nouveau cinéma, dans le mouvement, à l’intérieur des situations, tournant le dos aux belles images, comme dans la vie, un cinéma miroir de la société. En l’occurrence, c’est la première fois que je vois un film russe montrant la jeunesse de la nouvelle middle-classe russe qui n’est pas très différente de celle des campus américains question état d’esprit, aspiration à la satisfaction immédiate des plaisirs, absence de repères et de projet de vie, etc…), à l’exception des profs, vieilles filles démodées et âgées, désincarnées, semblant sortir tout droit de l’ancienne URSS.Un peu le pendant russe de « Afterschool » d’Antonio Campos présenté en même temps à la section Un certain regard… Lire la critique du film…

« L’Etranger en moi » d’Emily Atef / Allemagne 


photo Niko films

Malgré le bonheur apparent d’un jeune couple d’avoir eu un enfant en parfaite santé, il s’avère rapidement que Rebecca, la nouvelle mère, est incapable de s’occuper du bébé, pire, elle a du mal à le supporter. Rebecca va tomber malade ou plutôt cette naissance va agir comme le révélateur de maux anciens que son compagnon Julian ignorait… La jeune femme va être mise à l’écart par son mari et son beau-père qui vont s’occuper de l’enfant, bien qu’elle prenne à présent des cours pour apprendre à être une mère…Rebecca souffre du syndrome de dépression post-natale qui casse l’imagerie du devoir de bonheur éclatant et immédiat après la naissance d’un enfant. Bien que les causes en soient essentiellement hormonales, cette dépression demeure occultée, la nouvelle mère est culpabilisée par la société à qui elle ne renvoie pas l’image idéale de la maternité heureuse telle que l’attendent autant les femmes que les hommes. Mais le film va plus loin et

s’attaque à un tabou : l’instinct maternel est-il inné? Un film à la fois épuré sur la forme, sans aucun artifice, et lourd de sens, pesant pour ceux qui ne sont pas concernés, douloureusement réativant pour les autres, pas facile à voir…  


photo Niko films

Notre note

(3 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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