« Inception » : conception/exception = Inception?

Christopher Nolan, sortie 21 juillet 2010

Pitch

Un voleur d'idées professionnel est engagé par un milliardaire pour implanter une idée toxique dans le cerveau du fils d'un industriel rival. Pour cela, il engage un spécialiste tricard chez lui qui forme une équipe d'exception pour préparer le "casse".

Avant de voir « Inception », avant la pharaonique promo… on se disait « tiens! encore un film sur la mémoire! C. Nolan n’a-t-il pas commencé sa carrière par le brillantissime « Memento »? Quand on sort de la projection, on se dit que quelque chose ne colle pas avec cette filiation. Puis,vient la piste du film « The Prestige » qui n’a apparemment rien à voir avec le sujet puisqu’il s’agit de prestidigitation, de la rivalité de deux magiciens… Mais c’est justement ce côté « on vous explique un tour de magie, un coup de génie » qui m’a gênée dans « Inception » : un début du film complexe, brillant, environ une demi-heure (on aimerait que tout le film soit sur ce mode), puis, tout le reste du film démonstratif, sur-explicatif même si action ; en deux mots, c’est un peu comme un tour de magie et ensuite la longue explication du tour de magie au public. Avec deux conséquences sur le film, une conséquence immédiate, c’est explicatif en strates à l’image du tour de magie, de mémoire, d’intrication réel/rêve, et une conséquence en ricochet sur la forme : malgré les scènes d’action assez speed, le rythme est trop lent sans doute à cause de ces décrochages narratifs destinés à montrer/remontrer le dessous des cartes.
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photo Warner

Un Homme, Cobb, a la capacité d’extraire les idées/pensées des autres en utilisant la technique de « partage des rêves » (apprise par un professeur qui est aussi son beau-père), devenu un voleur d »idées hors la loi, hors de prix, un « extracteur » hors pair. Or, un commanditaire, Saito, richissime homme d’affaires, va lui demander le contraire pour éliminer son rival : « l’inception » ou implanter une idée toxique dans le cerveau d’un riche héritier afin qu’il persuade son père agonisant de démantaler son empire industriel avant de mourir. Si Cobb accepte cette mission, c’est qu’à la clé, il pourra enfin rentrer chez lui aux USA et revoir ses enfants (pourquoi Saito a-t-il ce pouvoir? on ne sait pas).
Mais Cobb a désormais un problème : « L’Ombre » ou l’impossible deuil de sa femme Mall qui intervient, fantomatique, comme instance de l’interdit, dans les subconscients qu’il pénètre. Pour mener sa mission d' »Inception », il va devoir engager Ariane, une architecte qui dessinera le labyrinthe de « partage des rêves » à sa place, afin d » échapper au contrôle de Mall ou plutôt aux images de Mall auxquelles il ne peut pas se résoudre à renoncer. Cobb forme une équipe avec un certain nombre de techniciens, l’organisateur, l’architecte, le chimiste, le faussaire, qui vont préparer la mise en duplex des rêves de Cobb, l »‘extracteur »/ »incepteur », et de sa proie, l’héritier Robert Fisher Jr, comme on prépare un casse dans un polar action. Car le film, plus classique qu’il n’y parait, est construit tel « un film de braquage » avec la préparation du « coup » et des scènes d’action spectaculaires. Ce qu’il y a en plus dans ce film de « casse »? Les obsessions du réalisateur, le jeu avec la réalité, la perte de repères, la quête identitaire, la difficulté du travail de deuil : ces allers et retours éprouvants de Cobb dans son passé, ces va et vient du réel au virtuel, la trouvaille du « totem » : l’objet qui prouve qu’on est bien dans le réel (la petite toupie).


photo Warner

La terminologie est jargonesque, pseudo-scientifique, empruntée principalement à la psychanalyse des rêves (totem, sommeil paradoxal, subconscient, etc…) La construction labyrinthique des rêves, fantaisiste, relève plutôt du tour de magie génial (retour au prestidigitateur) avec ce point particulier qu’il n’y ici aucune force occulte, que tout est intelligence et technologie, et s’explique  scientifiquement en fin de comptes, c’est de virtuosité et de maîtrise qu’il s’agit, de surdoués dans leur domaine, comme le réalisateur, surdoué à Hollywood qui se paye le luxe de réfléchir aux mécanismes du cinéma en faisant du cinéma à la fois haut de gamme et grand public.
 


photo Warner

Retour du puritanisme, si on joue avec l’inconscient et la technique, avec l’incursion moderne de la névrose dans l’histoire d’amour, on ne badine pas avec la morale : ce film est très moralement correct, on fait passer l’idée au spectateur (par inception?) que ce n’est pas l’argent qui intéresse l’équipe du casse mais la passion pour la technique de « partage des rêves »… Pour le héros Cobb, c’est encore plus louable, son salaire sera de revoir ses deux enfants, deux têtes blondes qui vont mettre 2h28 à tourner la tête vers leur père….
Ode à la réconciliation familiale : retour du père au foyer pour l’un, le voleur (l’extracteur d’exception ayant réussi l’inception) et réconciliation posthume avec le père pour l’autre, le riche héritier (victime de l’inception), tout ça pour ça…

On assiste depuis quelques temps à la prise de pouvoir des auteurs sur les blockbusters, des réalisateurs appelés à la rescousse quand les salles ne se remplissent plus pour greffer un label qualité à des films grand public, ce dont on ne se plaindra pas. Avec cet écueil qu’on rencontre dans des films « signés » qu’on pourrait dire de vulgarisation du film d’auteur : trop intello pour les uns et pas assez pour les autres, quel public vont-ils toucher? « The Dark night » était une exception à la fois sublime et tout public mais ici, quelles seront les réactions… Au delà, la qualité exceptionnelle des images et de la mise en scène de Nolan peut-elle prendre à ce point toute la place qu’on en oublie les tenants et les aboutissants du scénario
dans son enveloppe tellement sophistiquée : un mélo sous-jacent à une histoire de casse qu’on aurait pu traiter plus simplement.PS. A noter qu’on aurait pu penser que l’Inception était le contraire de l’exception, étymologiquement parlant, quand il s’agirait en fait, selon Nolan, d’une conception exceptionnelle à l’intérieur d’un cerveau, comme qui dirait une expérience de type in vitro » dans le système paradoxal, et tout ça en abyme avec le cinéma, ouf!

Voir aussi les photos et la vidéo de la conférence de presse d »Inception »…


Leonardi Caprio à Paris pour la conférence de presse du film (09/07/2010)
 

Notre note

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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