« JM Basquiat, the radiant child » : trajectoire météore d’un enfant prodige

Tamra Davis, sortie 13 octobre 2010

Pitch

Les dix dernières années de la vie de Jean-Michel Basquiat qui a débuté en 1978 en taguant les murs de SoHo à New-York, ville où il est devenu une star du jour au lendemain, où il mourra à 27 ans d'une overdose.

Le titre du film est celui d’un article consacré à Basquiat par magazine Artforum au début de sa carrière. Mais l’origine du film est un document exceptionnel que possédait la réalisatrice Tamra Davis, amie de JMB, qui l’avait filmé par ci par là et surtout lors d’un très long entretien en juin 1986 à LA deux ans avant la mort de l’enfant prodige (où la styliste Betsey Johnson pose les questions). En 1986, JMB a quitté NY où il est devenu une star pour travailler sur la côte ouest, il y a loué un atelier à Venice. Retour aux débuts de JMB : né à Brooklyn d’une famille petite bourgeoise, son père comptable, sa mère dessine, il quitte la maison familiale à 17 ans pour exister dans le New-York des années 80 où tout était possible, artistiquement parlant. Car Basquiat veut être célèbre et possède une détermination sans faille.
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photo Pretty Pictures
 

Le Manhattan downtown du début des années 80 est un véritable laboratoire de nouveaux artistes, les lofts de SoHo aujourd’hui inaccessibles, hors de prix, sont des encore des dépôts délabrés qu’on squatte, où on installe des galeries d’art underground, on organise des Happenings. Le quartier de Bowery est un repaire de junkies et d’artistes, William Burroughs y habite dans un sous-sol. En 1978, JMB, rodé à l’art du graffiti, tague avec un comparse les murs de SoHo en signant d’un mystérieux pseudonyme SAMO© (the same old shit, évocation de la Marijuana), il intrigue… Au même moment, même technique, Keith Haring taguera les espaces pub vides dans le métro. Un seul objectif : se faire remarquer des galleristes en vue. En deux ans, « Jean » (pas encore Jean-Michel), le jeune SDF errant à Times square, dormant dans la rue, peignant sur des portes et fenêtres par manque d’argent pour acheter des toiles, devient un artiste branché, partie intégrante de ce qu’on a appelé « la scène (artistique) New-Yorkaise » (1978/1982).  


photo Pretty Pictures

Mais Basquiat veut davantage, très vite, à ses débuts, il a repéré Andy Warhol dans un restaurant à qui il est allé vendre des cartes postales qu’il dessine pour se faire un peu d’argent. Peu à peu, les deux hommes deviendront inséparables allant plus tard jusqu’à faire des tableaux ensemble pour une expo qui ne marchera pas. Auparavant, toutes les expos de Basquiat ont tellement bien marché que tout était vendu le soir du vernissage. Riche, Basquiat fait la fête, installé dans un loft de 450 m2 sur Crosby St, mais sa soif de reconnaissance n’est pas étanchée : il envie un Julian Schnabel***, pourtant plus âgé que lui, exposé dans la célèbre galerie de Leo Castelli et dans des musées. Mais la reconnaissance de son art n’est pas tout : né d’une mère Porto-Ricaine et d’un père Haïtien, Basquiat souffre du racisme qui sévissait à l’époque à NY où les taxis, en majorité blancs, refusent de le prendre. 
*** le premier film de Julian Schnabel réalisateur sera « Basquiat » (1996)

Une des qualité de ce film passionnant est la correspondance étroite entre les pans biographiques de la courte vie de Basquiat et son oeuvre : dans les années 80/82, la mort est omniprésente dans ses tableaux, beaucoup de masques, des silhouettes squelettiques, des fragments de texte sur la mort. Plus tard, entre 1982/1985, il travaille sur l’identité noire remontant jusqu’aux esclaves. Enfin, vers la fin de sa vie (1986/1988), devenu héroïnomane au départ pour tenir le coup (à en même temps travailler non stop et sortir toutes les nuits), ses toiles sont beaucoup moins denses, de grande taille, il s’essaie à de nouvelles techniques. Dans tous les cas, Basquiat déconstruit en peinture comme le jazz en musique, l’ancien adepte du Graffity art intègre à ses tableaux des mots, des phrases qu’il « picturalise » (un mot rayé ou un mot dupliqué, attire l’attention, par exemple), on parlera à son sujet de « réalité en éclats ».


photo Pretty Pictures
 

Intéressant aussi les influences de Basquiat de Picasso à Jackson Pollock. Un peu comme Warhol dans le Pop art, toutes proportions gardées, Basquiat part d’un élément existant qu’il revisite, recrée, peignant sans relâche avec la télé allumée, des livres, de la musique, jazz, classique, dont il s’inspire. Exposé dans un premier temps dans la galerie d’Annina Nosei qui le lance, il la quitte pour du lourd : la galerie de Bruno Bischofberger, bien qu’il regrettera sans doute toujours que la galerie Leo Castelli, la plus prestigieuse de Manhattan où expose Warhol, ne l’ait pas accueilli. Débarqué après le Pop art, dans une époque d’art conceptuel, minimaliste, celle de Richard Serra ou de Robert Ryman (les tableaux blancs), Basquiat est étiqueté néo-expressionniste que certains critiques d’art voudraient bien dire « primitif » (« primitiviste », en fait, en filiation avec Jean Dubuffet ou Robert Rauschenberg), ce qui révulse le jeune homme se considérant comme un New-Yorkais né à Brooklyn, retour aux problèmes d’identité. 


Parmi les témoignages des gens ayant connu « Jean », son ancienne petite amie des débuts qu’il ne perdra quasiment jamais de vue : Suzanne Mallouk aujourd’hui psychiatre à New-York ; ce qu’elle raconte est essentiel, pas tant qu’elle se soit battue avec Madonna pour les beaux yeux de Basquiat mais son témoignage sur sa volonté d’être célèbre, sa fragilité devant la célébrité et les dollars qui pleuvent presque du jour au lendemain, l’évolution dans ses fréquentations, son isolement à la fin. Bien que la plupart des témoignages soient favorables à l’influence positive de Warhol sur Basquiat, il le coupe de ses amis du début, lui fait connaître toutes endroits où il faut être vu, etc… Et c’est la mort subite de Warhol, dont Basquiat, inconsolable, ne se remettra pas. Il mourra à 27 ans d’une overdose. Si la chanteuse Deborah Harris avait acheté son tout premier tableau $200 (« Gray »), aujourd’hui les tableaux signés Basquiat sont parmi les plus chers du monde (14 millions de dollars pour une toile acquise par le batteur du groupe rock Metallica dans une vente à NY).
Présenté au Festival de Sundance et au dernier festival de Deauville, c’est également un portrait du New-York en fusion des années 80, celui du « Studio 54 » ou du « Mudd club », quand le Disco et le Punk cohabitaient. Un film plus captivant que la plupart des fictions sorties en salles ces derniers temps, un sans faute!

 

 

PS.

 

Rétrospective Jean-Michel Basquiat

 

 

du 15 octobre 2010 au 30 janvier 2011.

 

     
3 exemples de tableaux de JM Basquiat à différentes époques :
sans titre, 1982 / autoportrait, 1984 / « reading with death », 1988
 

 

Notre note

(5 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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