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« Klute » : reprise d’un thriller noir culte seventies

Alan J. Pakula, 1971, reprise en salles 25 novembre 2009

Pitch

John Klute, détective privé en Pennsylvanie, est engagé par l'épouse et l'associé de son ami Tom Gruneman, homme d'affaires disparu depuis six mois. Klute part enquêter à New York avec pour seule piste une call-girl nommée Bree Daniels à qui Tom aurait adressé des lettres obscènes.


« Klute » est un thriller noir culte, un vrai, une proposition contemporaine de film noir passé au mixer des années 70, un film possédant une ambiance particulière glauque, parano, claustrophique, une image assez exceptionnelle, une musique lancinante, des acteurs hors normes. La coupe de cheveux de Jane Fonda dans « Klute » qui allait recevoir l’Oscar pour ce film est une histoire à elle-seule, toutes les femmes voudront la même pendant des années… Sa manière de s’habiller (mini-robe et cuissardes, par exemple), son look, sa façon de parler, ses propos sans équivoque sur la sexualité,  son regard « viril » sur les hommes, tout en Jane Fonda, au sommet de la séduction, symbolise l’explosion de la libération des moeurs au début des seventies psychédéliques. Quand on a vu ce film, on comprend pourquoi Jane Fonda fut l’icône absolue des années 70, elle y est époustouflante!
Quant il arrive à New York, John Klute (Donald Sutherland), le provincial, n’a que la piste de la call-girl de luxe Bree Daniels qui aurait reçu de Tom Gruneman des lettres obscènes, il s’installe alors dans son immeuble pour enregistrer ses appels téléphoniques. Une histoire d’amour attration/répulsion va se nouer entre le flic privé intègre et la pute blasée, anti-sentimentale, businesswoman que l’absence de plaisir protège d’une relation amoureuse qui la metttrait en danger.
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photo Solaris distribution

Car, bizzarerie et modernité immédiate du film, le récit est entrecoupé de séances de Bree Daniels chez une psy à qui elle confie combien elle aime son métier où elle peut tout contrôler, assouvir son besoin irrépressible de séduire tout en étant dispensée de sentiments,  avoir le pouvoir  sur les hommes, leur fournir toutes les prestations sexuelles tarifiées qu’il demandent sans dépendre d’eux, ce qui était assez révolutionnaire comme discours. A vrai dire, un homme,
Franck Ligourin (Roy Scheider), son ancien mac, compte encore beaucoup pour Bree Daniels bien qu’elle ait rompu avec lui, la scène où Bree revient vers ce type ignoble mais terriblement séduisant, installé  avec une autre de ses prostituées  dans une boite de nuit, larguée, paumée, sans un mot, sans une explication, comme un animal rejoint naturellement son maître, est superbe, Jane Fonda y est d’une sensualité confondante. 


photo Solaris distribution

Au fil de l’enquête, deux noms des anciennes collègues call-girls de Bree qui travaillaient aussi pour Franck Ligourin reviennent des enfers, du temps de leur superbe, elles auraient connu ces clients sadiques que craignent toutes les prostituées dont celui que recherche Klute, là, le thriller est vraiment réussi, on est plongé dans l’angoisse qui va petit à petit s’emparer de Bree en apprenant ce qui leur est arrivé, l’une s’est suicidée, l’autre, junkie au dernier stade, survit dans la misère crade… Les larmes qui coulent silencieusement sur les joues de Bree en écoutant l’enregistrement d’Arlyn Page, l’une d’entre elles qui hurle, torturée par le tueur sadique, la scène se passant sans un immense loft New-Yorkais, atelier désert, construction métallique plongée dans la pénombre avec le magnétophone, le tueur et Bree terrorisée, un grand moment…

photo Solaris distribution
Alan J. Pakula (dont c’est le second film) a revendiqué d’avoir voulu faire à la fois un vrai film noir dans la tradition des années 40 mais aussi un  portrait de femme libérée des années 70 bien que le titre du film porte le nom du détective Klute. Pour concilier le rythme rapide du polar et celui plus lent de l’exploration d’un personnage, il a choisi une héroïne qui va devenir une proie, dont la vie se dramatise : Bree Daniels, à la fois femme de pouvoir et victime potentielle, que sa profession de call-girl protège des relations amoureuses mais expose au danger des rencontres, très fort! « Klute » est vraiment ce qu’on pouvait faire de mieux dans les années 70, un film addictif à voir et revoir sans modération!

photo Solaris distribution 

Notre note

5 Stars (5 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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