« L’Homme qui voulait vivre sa vie » : c’est quoi réussir sa vie?

Eric Lartigau, sortie 3 novembre 2010

Pitch

Un avocat ayant matériellement et affectivement tout pour être heureux, vu de l'extérieur, va voir son existence bouleversée par un double drame. L'occasion de refaire sa vie autrement, de renaître en réalisant ses rêves.

Hier après-midi, variante à « je me suis trompé de salle » pour une projection (ce qui m’est déjà arrivé…), je me suis trompé d’heure mais pas de salle… Conséquence, j’ai vu deux films l’un après l’autre. Arrivée pour « Des Filles en noir », j’ai été étonnée de voir toute la crème des journalistes télé, papier, etc… se bousculer, mais il s’agissait de « L’Homme qui voulait vivre sa vie »… une salle plus comble, pas possible, c’est dire l’attente d’un film français qui aligne à l’affiche Romain Duris, chouchou de la critique, Marina Foïs, Catherine Deneuve, Niels Arestrup, sur un sujet idéal pour l’identification : tout plaquer et refaire sa vie autrement, selon ses rêves, passer à l’acte en quelque sorte… 

 


photo Europacorp

Un homme qui « voulait » vivre sa vie, rien que le titre, ça nous parle… Même si cet homme-là est davantage un homme qui a été obligé de refaire sa vie à cause d’un concours de circonstances dramatiques, profitant de ce catalyseur géant pour réaliser des rêves, renouer avec ses aspirations, retourner le film de sa vie. Parce qu’il en a fallu des stimuli pour que Paul, avocat brillant allant hériter d’un cabinet d’affaires, une épouse Bovaryste mais non perçue comme telle, deux enfants délicieux, une belle maison dans une banlieue chic, soit obligé de disparaître et renaître sous une autre identité. Tout est d’ailleurs de la faute ou du fait de Sarah, son épouse : elle prétend avoir acheté du vin à Paris, il retrouve le même vin chez le voisin, photographe professionnel médiocre, qui s’avère être l’amant de sa femme. Ruminant qu’elle a renoncé à écrire, Sarah l’annonce à Paul, indifférent car sonné : il vient d’apprendre qu’Anne, son associée et figure maternelle/paternelle, est en phase terminale. C’est l’occasion, Sarah veut divorcer, s’étant mis dans la tête que Paul n’a pas le courage de tout plaquer pour réaliser son rêve : faire de la photo, elle l’a bien fait, elle, en restant à la maison pour écrire et le voisin, lui, au moins, prend des photos…
Une dispute à propos de Sarah, Paul tue le voisin par accident… Donc, avec un divorce subit + un homicide, même involontaire, Paul quitte la France, s’étant fait passer pour disparu en mer et ayant récupèré l’identité du mort (un grand classique…) Ce qui occasionne la partie la plus longue du film (le milieu), les préparatifs de Paul, dans le détail du détail mais pas très crédibles en fait, comme aller chercher la formule d’un explosif sur internet, avoir sous la main une housse de la taille d’un cadavre, voire bricoler lui-même des faux papiers, etc…


photo Europacorp
 

La troisième partie du film est plus maligne, démonstration de la définition floue de réussir sa vie : Paul s’installe dans le Monténégro, sur le lieu d’un vieux fantasme d’une photo qu’il regardait chez lui à Paris pour s’évader. Très vite, il s’adonne à la photo argentique (en opposition au matériel numérique dernier cri jamais utilisé qu’il possédait à Paris) et réalise ses rêves, lesquels? De prendre des photos en toute liberté? D’en vivre en les vendant? De devenir un photographe célèbre tout en restant caché? D’effacer le film de sa vie et de le remplacer par une vie de rechange? (la seconde chance, un rêve commun à à peu près tout le monde). Ce qui est spécieux dans ce film, c’est que tous les renoncements de Paul sont les conséquences de son obligation de fuir pour éviter la prison et non pas une volonté forcenée de tout plaquer. Si le personnage tire parti de ses galères pour s’épanouir artistiquement, avec une vraie force de caractère dans l’adversité, c’est toujours « à cause » d’un évènement extérieur qui le pousse vers la sortie, et pas du fait de sa volonté délibérée de claquer la porte. Un homme qui voulait refaire sa vie, à condition d’y être violemment incité, et surtout qu’il n’ait pas le choix… La difficulté ce n’est pas tant la survie, fut-elle difficile, mais le courage de ne pas être ce qu’on attend de vous, un type bien, moralement correct, de faire des choix, donc des deuils, le choix de renoncer à une vie douillette, le choix de ne pas revoir ses enfants, de trahir la confiance d’Anne, son associéede renoncer à l’épouse aimée même pénible. Obligé de partir, Paul ne se sent plus coupable d’être parti, malgré le chagrin, ça le désinhibe, il peut alors s’offrir le luxe de faire ce qu’il aime, de la photo, de refaire sa vie en coupant son ancienne vie au montage… 

photo Europacorp
Le film est adapté d’un roman de Douglas Kennedy paru en 1998 qui avait lui-même échoué à l’adapter. Le scénario actuel a transposé l’histoire des USA en France, à Paris, en Bretagne et au bord de l’Adriatique, puis, changé la fin, ce que l’écrivain adoube, content du résultat. Contrairement à beaucoup, je n’ai pas, hormis Niels Arestrup, été épatée par le jeu des acteurs, Romain Duris, pour moi, était bien meilleur à ses débuts quand il était plus naturel, acteur né, n’ayant jamais pris de cours de comédie, dans des films comme « Le Péril jeune » ou « Déjà mort ». Plus le temps passe, plus je le trouve crispé… Marina Foïs, quant à elle, a l’air de s’être spécialisée dans les rôles d’épouses quadragénaires dures et volages (voir le récent « Happy few »). Catherine Deneuve a un petit rôle ayant en commun avec « Un Conte de Noël » qu’elle est belle avec un pied dans la tombe, condamnée par la médecine, mais ça ne se voit pas, en revanche, elle porte un superbe sac Motorcycle Balenciaga vert vif!Site officiel…

 

Notre note

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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