« La Belle gente » (« Les Gens bien ») : la force du tabou social

focus film Ivano De Matteo, sortie 16 février 2011

Pitch

Un couple de quinquagénaires romains bobo recueillent dans leur maison de campagne une jeune prostituée. Mais l'arrivée de leur fils, les confrontant avec la réalité, va mettre en échec leur démarche compassionnelle.

Un couple de quinquas bobo passe ses WE et ses vacances à la campagne, habitant Rome. Alfredo et Susanna sont mariés depuis 30 ans, couple modèle, juvénile, intellectuel et tolérant, les idées larges, mais ne dédaignant pas les mondanités, dont les meilleurs amis, voisins de campagne, sont un couple arrogant, elle aristo cynique et stupide, lui parvenu et frimeur ne parlant que de profits. Un jour, Susanna est bouleversée par la vision d’une jeune prostituée, Nadja, battue par son proxénète sur le bord de la route nationale, elle décide de la kidnapper et de l’accueillir chez eux. D’autant que le métier de Susanna est de travailler en qualité de psychologue à Rome dans un centre d’accueil pour femmes battues.
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photo Bellissima

Nadja est installée dans la maison de campagne d’Alfredo et Susanna qui multiplie les attentions pour qu’elle se sente bien. Dans ce paysage idyllique, débarque le fils Giulio et sa fiancée Flaminia, garce snob, préférant la mer à la campagne, qui se méfie aussitôt Nadja. Flaminia partie, Giulio se rapproche de Nadja, c’est le déclencheur de la confrontation idées/réalité, Susanna, exaspérée, ne supporte pas que Nadja soit autre chose que « sa bonne action », prise au piège des ses utopies humanitaires. Comme le lui a dit plus tôt sa voisine cynique, qui assume son statut de privilégiée, pourquoi pas envoyer plutôt de l’argent à des oeuvres pour avoir bonne conscience?
 


photo Bellissima

Le film, étude de moeurs, étude de société, décrit très bien la force immense du tabou social ; toute la bonne volonté et la démarche compassionnelle de Susanna est rattrapée par le conditionnement culturel de son éducation bourgeoise, de ses valeurs et préjugés, elle redevient, malgré elle, un propotype banal de son milieu social d’origine, une bourgeoise suspicieuse avec des réactions intolérantes quasi automatiques : à présent qu’elle a couché avec Giulio, son propre fils, Susanna voit Nadja pour ce qu’elle était quand elle l’a ramassée sur la route, une prostituée, un danger pour sa famille, un corps étranger dont elle veut se débarrasser au plus vite. La réaction dépitée de la jeune femme, tombée amoureuse de Giulio dont elle a cru les promesses de l’emmener avec lui, n’est même pas entendue par Susanna qui charge son mari, comme elle l’avait chargé d’aller récupérer Nadja sur la route au début du récit, de l’en débarrasser. La figure d’Alfredo, le mari, architecte aimant son métier plus que l’argent, est la seule sympathique, très épris de sa femme, plus névrosée qu’il n’y paraît,  il la ménage et ne veut pas la contrarier, bien qu’il soit le seul à se rendre compte de la situation, furieux contre son fils.
 


photo Bellissima

Le film n’est pas optimiste, pas plus que la famille de Susanna, Nadja n’est angélisée, très jeune prostituée Ukrainienne, elle semble incapable d’envisager de se battre pour sortir de son statut de victime, plus étonnée de la compassion des gens que de leur rejet, conditionnée à retourner sur le trottoir, ne connaissant pas d’autre moyen de gagner de l’argent. Le hiatus entre la position intellectuelle compassionnelle « sur dossier » et la réalité des relations humaines quand Susanna passe de la théorie à la pratique, voulant réaliser dans la vie ses convictions, est simplement et parfaitement bien démontré.
 

 

Notre note

(4 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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