« La Comtesse » : folie meurtrière cosmétique

Julie Delpy, sortie 21 avril 2010

Pitch

Au XVII° siècle en Hongrie, la puissante Erzsébet Bathory, surnommée la comtesse "sanglante", fit assassiner des centaines de jeunes vierges pour utiliser leur sang comme elixir de jeunesse éternelle. Elle fut condamnée à être emmurée vivante dans son château.


Cela fait des années que Julie Deppy, actrice et scénariste française expatriée à Los Angeles, voulait réaliser sa « Comtesse », c’est fait! Mais il n’est pas certain qu’en réalisant son rêve, la prometteuse réalisatrice de « 2 Days in Paris » ne montre aussi par la même occasion ses limites derrière la caméra. Le sujet se prêtait plus que tout autre à un film tendance fantastique, à rebours, Julie Delpy en fait un portrait quasiment féministe de femme seule, forte et cruelle, vaincue par l’amour qui la fera sombrer dans une folie meutrière cosmétique, si l’on peut dire…
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photo Bac films 

L’enfance de la comtesse Erzsébet (Elisabeth) Bathory est expédiée manu militari avant la fin du générique. L’enfant cruelle qui enterrait les oiseaux vivants a épousé un homme puissant, le comte Bathory, qui a l’impudence d’être plus riche que le roi, on sent donc venir les soucis (un peu comme Geoffrey de Peyrac dans « Angélique »…) A la mort de son mari, Erzsébet Bathory reprend les rennes (une exception à une époque où les femmes n’avaient aucun pouvoir affiché), la comtesse Bathory est alors aussi crainte et respectée que son défunt mari, créancière elle aussi du roi qui ne peut pas payer ses dettes. Mais dans la Hongrie du XVII° siècle, le roi a besoin de nobles comme la comtesse Bathory pour l’aider à lutter contre les turcs. 


photo Bac films

Veuve approchant de la quarantaine, Erzsébet Bathory tombe amoureuse au premier regard d’Istvan Thurzo, le fils jeune et candide d’un roturier riche et calculateur, György Thurzo (William Hurt), qu’elle a refusé d’épouser pour réunir leurs deux fortunes. Après une courte et passionnée love story, la comtesse est abandonné par le jeune homme que son père a en vérité enfermé, puis, envoyé en Suède où il l’a forcé à épouser la fille d’un riche marchand. Mais la comtesse l’ignore, persuadée qu’Istvan l’a quittée pour une femme plus jeune…  Mal entourée, la comtesse Bathory accepte un nouvel amant qui l’espionne et rejette Anna Darvulia, sa confidente et maîtresse. Quand, par hasard, l’inconsolable comtesse se rend compte que le sang frais d’une servante, passé sur son visage comme une friction, lui a rafraîchi le teint… Les années suivantes seront pavées de cadavres de jeunes vierges qu’
Erzsébet Bathory fait essorer de leur sang, sophistiquant le procédé avec une machine infernale, bien qu’elle tienne à faire enterrer ses victimes religieusement, un scrupule qui va la perdre…Si l’histoire a existé dans la légende hongroise, la quête de l’éternelle jeunesse est un sujet universel, qui serait même spécialement d’actualité aujourd’hui dans notre société addict à la chirurgie esthétique et aux injections de tout et rien, comme la comtesse au l’était à l’hémoglobine des vierges, mais fallait-il pour autant justifier cette soif de jeunesse par l’alibi de la perte d’un jeune amant?


photo Bac films

Question mise en scène, c’est discret… passé un petit tiers du film, le récit se focalise sur la comtesse, filmée, interprétée par Julie Delpy : on passe donc d’un timide essai de récit historique avec des tiers à un film intimiste, rétréci sur cette femme solitaire et sa descente aux enfers, bien seule pour le spectateur aussi qui se lasse vite de ce tête à tête avec la comtesse. Un film plat, ni réaliste ni fantastique ni suspense, où hormis les décors, les costumes, les lumières de l’époque où on s’éclairait à la bougie, le sujet est traité comme n’importe quel autre, de manière neutre, factuelle, sans aucun parti pris artistique ni aucune idée autre que de raconter. Non seulement ce personnage de la comtesse taillée pour le fantastique n’est absolument pas exploité pour effrayer mais on arriverait à plaindre cette femme seule, ployant sous les responsabilités de diriger le domaine, s’étant débarrassée de ses trois enfants pour faire de la place, d’attendre ce jeune amant prétexte à vouloir remonter le temps. On suppose que JD a voulu nous montrer un amour fou qui rend une femme folle à tuer… Le portrait d’une femme de pouvoir avant l’heure, affaiblie par l’amour, que le roi en profitera pour évincer… C’est loupé, on conserve surtout le souvenir des robes de Julie Delpy, ses coiffures, ses bijoux, sa blancheur de teint, et sa satisfaction non dissimulée à interpréter un personnage qui, apparemment, la fascine.

 

Notre note

(2 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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