La Master Class de Kim Jee-woon au 13° Asian Film Festival, souvenirs de quelques temps forts

Deauville, samedi 12 mars 2011
Avant de passer à d’autres thèmes sur le blog la semaine prochaine, ayant pris quelques jours off, voilà avec un peu de retard le petit compte rendu des temps forts de la Master class que le réalisateur coréen Kim Jee-woon, invité du 13° festival asiatique de Deauville, a donnée samedi dernier 12 mars 2011. Une rencontre captivante d’1h30 avec un surdoué modeste, qui aime distiller dans ses films le chaud et le froid, dont le dernier « J’ai rencontré le diable », présenté en avant-première à Deauville, interdit au moins de 16 ans, risque bien de faire du bruit lors de sa sortie (6 juillet 2011). Lire mes premières impressions sur le film…

 


Kim Jee-woon au CID à Deauville lors de la Master class du 12 mars 2011

D’abord Kim Jee-woon, la casquette vissée sur la tête, et il semble que personne ne l’ait vu en public sans casquette, s’inquiète qu’il y ait tant de monde pour assister à sa master class, dit que les fois précédentes où il a pratiqué l’exercice , il y a avait quatre ou cinq personnes dans une ambiance terne, pas certain de pouvoir « assurer », car il pense qu’il n’y a pas de « secret de fabrication » dans ses films, il songe aux frères Coen qui avaient trouvé que leur prestation était mauvaise lors d’une master class.
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le dessin, la peinture
Kim Jee-woon raconte qu’enfant, il dessinait, c’était son hobby, comme la peinture, il avait fait une BD que son père, trouvant cette perspective d’en faire un métier instable, avait déchirée. Il avait essayé de reconstituer son récit à partir des morceaux déchirés et dit que c’est peut-être de là que vient son sens du montage! Il est devenu peintre sur les écrans.

une photo, un tableau

Quand Kim Jee-woon fait un film, sa référence c’est une photo. Pour le film « Deux soeurs », il est parti d’une photo Kodak où deux jeunes filles couraient dans une prairie et a imaginé ce qui avait pu arriver en amont et en aval de cette image fixe, ça a donné un film sombre au final car il percevait un élément sombre dans cette photo (trop) lumineuse. pour « A Bittersweet life », Kim Jee-woon est parti d’un tableau d’Edward Hopper montrant un homme dans un restaurant complètement vide, ce qui lui a inspiré de développer ce que pouvait bien penser cet homme, sa solitude.

 

 

On passe trois extraits de films : « Deux soeurs », « A Bittersweet life », « Le Bon, la brute et le cinglé ». 

       

« Deux soeurs »

Une des jeunes filles est dans son lit, la porte grince, c’est un film de genre, le bruit du vent, d’une porte qui claque.

Comment on amène le suspense dans cette scène? Réponse de Kim Jee-woon, banalement une série de plans successifs mais ce qui fait la différence c’est le focus où se concentrer. Il y a une parenté entre comédie et horreur, des choses imprévisibles arrivent, on prépare le spectateur et finalement, la peur est extérieure, la peur de ce qui se passe hors cadre.

« A Bittersweet life »

Une scène d’action, de bagarre, un homme s’évade contre la mafia.

Dans une scène d’action, tout est basé sur le souffle, la respiration. Contrairement à « Deux soeurs », l’action n’est pas hors cadre mais il faut rendre quelque chose de banal exceptionnel. Ici Kim Jee-woon a choisi de tourner la scène dans une ruelle tellement étroite que la difficulté de filmer a rendu la scène spéciale, il y a ajouté aussi une matraque en feu, une pluie d’eau et de flammes etc… Un bon réalisateur cherche les problèmes et comment les résoudre. L’acteur principal était furieux qu’on ait utilisé tant d’eau et en veut toujours à Kim Jee-woon… Mais en étant cruel, on pense aux autres (on accèlère)…

« Le Bon, la brute et le cinglé »

Une scène de fusillade incroyablement rythmée. Un homme porte un scaphandre dans une ambiance de western.

Vrai faux remake du film de Sergio Leone, Kim Jee-woon dit qu’en fait il y a une référence croisée à Sergio Leone et aux films d’action de Hong Kong, le mix d’un western européen et des arts martiaux asiatiques. Il aime les westerns classiques mais estiment que c’est trop lent pour le spectateur d’aujourd’hui. Pour « A Bittersweet life », c’est aussi une référence croisée : JP Melville (la noirceur) et « Kill bill » (la violence). La caméra volante (flying camera), il n’en a pas les moyens, ce sont les hommes (flying men) qui prenent les caméras avec eux, tour de force, aucuns effets spéciaux dans « Le Bon, la brute et le cinglé ».

 



Les questions de la salle, « J’ai rencontré le diable », la cinéphilie, les projets

Comme les spectateurs pour la plupart on vu la séance de nuit la veille de « I saw the devil »/ »J’ai rencontré le diable » qui sort en juillet 2011 en salles, les questions portent pour la plupart sur le film. Mais pas seulement, pourquoi il change de genre, de style, il s’ennuie? Oui, l’ennui… Alors Kim Jee-woon va dire quelque chose d’essentiel sur les mécanismes narratifs, tous les films sont basés sur le drame et la peur mais la peur change d’objet. Dans les films d’horreur, la peur est invisible, dans la SF, c’est la peur du futur, de la catastrophe, dans les films noirs la peur de sombrer, dans les mélos, la perte d’un amour, la peur des blessures amoureuses. Peut-être fera-t-il un jour un mélodrame… Ce qui nous amène au tout début de la Master class, comment Kim Jee-woon a-t-il eu l’idée de faire du cinéma? Il venait de rompre avec sa petite amie après une histoire d’amour de dix ans, miné par la rupture, il a eu un accident de voiture. Pour payer les dégâts, il a eu l’idée d’écrire un scénario pour le vendre mais comme le scénario était farfelu, on lui a conseillé de le réaliser lui-même, ça a commencé ainsi. Kim Jee-woon aujourd’hui considère le cinéma indispensable à sa vie, il ne saurait rien faire d’autre, et puis, il dit ça en plaisantant, c’est aussi un bouclier contre l’envie de se suicider et la solitude (manger seul tous les jours).

Ses relations avec l’acteur Lee Byunghun qui a joué dans plusieurs de ses films? Des relations complexes,

Lee Byunghun a dit lui-même en interview que tourner avec Kim Jee-woon, c’est comme la cigarette… Dans « I saw the devil », c’est la première fois qu’il tourne un scénario qu’il n’a pas écrit lui-même. Il voulait faire une histoire de vengeance comme on ne l’a jamais vue au cinéma, en réaction aux films de vengeance existants, le héros (un flic) devient un monstre en chassant un monstre (le serial killer), et il ne voulait pas de rédemption à la fin du film. Un intervenant lui fait remarquer que malgré ses mises en garde avant la séance de la veille sur la violence de « J’ai rencontré le diable », aucun spectateur n’a quitté la salle, la réponse de Kim Jee-woon fait référence à William Friedkin qui disait à propos de l' »Exorciste » faire des films où le public ne peut pas détourner la tête de l »écran. Il cite aussi Scorsese qui pense que l’attention doit tout au secret de ce qui relie dans un film une séquence à une autre. Il faut anticiper ce qui pourrait faire lâcher prise au spectateur et incorporer avant un élément nouveau. 

Kim Jee-woon est cinéphile, on le verra avec ses références tout au long de la Master Class, et il développe ses réponses. La première question était « est-ce qu’il fait des story-boards détaillés de ses films »? Oui, c’est la base d’un tournage, un peu comme on dessine une autoroute afin que les voitures roulent bien. On lui parle de son projet de tourner un film aux USA, il répond que rien n’est encore fait, en ce moment, il essaye de trouver un créneau avec l’acteur Liam Neeson à l’agenda surbooké, et surtout, il ignore s’il pourra imposer son style à Hollywood. 

Lire aussi… Mes autres articles sur le 13° Festival du film asiatique de Deauville…

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Posted by:

Camille Marty
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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