« La Traversée » : l’île et le continent

Jérôme Cornuau, sortie 31 octobre 2012

Pitch

Pendant des vacances avec sa mère en Ecosse, une fillette disparaît. 2 ans après, son père, ancien avocat, est devenu une épave. Quand on lui annonce qu'on a retrouvé sa fille dans un sanatorium en Ecosse...


Michaël Youn et Jérôme Cornuau


Je vais de moins en moins souvent aux évènements « spécial bloggers » depuis un certain temps. Comme on est, la plupart du temps (le temps écoulé
au compteur… le blog Cinémaniac aura 7 ans en janvier), invité en direct par les attachés de presse, voire par les distributeurs, ça fait souvent « double emploi » et la disponibilité manque de plus en plus (d’autant que je développe depuis 3 ans ma rubrique TV avec un grand plaisir)… Cependant, pour les films grand public des grands distributeurs français, comme c’était le cas hier soir, ce sont les agences de com (merci à Waytoblue) qui organisent les rencontres grand modèle bloggers/équipes de films. Et Michael Youn dans un contre-emploi, ça me disait, j’ai accepté très volontiers et je n’étais pas la seule, la salle UGC à Neuilly où avait lieu la projection était comble. Michael Youn est venu présenter le film avec le réalisateur, accompagné d’une bonne dizaine de personnes restant dans l’ombre (son équipe, sans doute), pas habitué à ce « type d’audience » (les blogs), un peu anxieux mais sympa, naturel.Pitch.
Pendant des vacances avec sa mère en Ecosse, une fillette disparaît. 2 ans après, son père, ancien avocat, est devenu une épave. Quand on lui annonce qu’on a retrouvé sa fille dans un sanatorium en Ecosse…

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Une famille idéale, Martin le père, Sarah, la mère, Lola, la fille de huit ans. Lui, avocat, elle violoncelliste. La famille invitée en vacances à l’île de Bath en Ecosse par le parrain de Lola, Martin ne peut pas accompagner pas sa femme et sa fille. Pour y remédier, Lola filme leurs vacances pour envoyer le film ensuite à son père. Soudain, Sarah répétant son concert sur la plage, Lola disparaît.


photo UGC

Tout est un peu trop dans ce film : les effets inombrables, esthétiques, fantastiques, les scènes systématiquement trop longues, le tout manque de simplicité et tout est trop surligné. Le retour sur l’île de Martin (sans Sarah qui annule au dernier moment) pour aller chercher Lola qu’on a, deux ans plus tard, localisée dans un sanatorium, est filmé dans le genre fantastique appuyé, brume, musique lourde, univers claustrophique rougi, esthétisé, chevelure rousse orange d’Emilie Dequenne, personnage féminin trop outré pour être inquiétant (la chanteuse pop à perruque platine). Une scène de voitures dans la cale d’un bateau (unique lien, angoissant en soi, entre une île et le continent) renvoie à la première scène de « The Ghost writer » (leçon de cinéma). Cela marque l’immense fossé entre un réalisateur de génie qui a saisi le bénéfice de la limpidité (savoir gommer, épurer) et les autres, un Polanski qui dit tout en trois plans et sait mieux que quiconque que le thriller parano est insidieux, un univers normal qui bascule insidieusement dans l’étrangeté, cette étrangeté légèrement augmentée, déformée, du réel qui fait mouche…  (On pourrait parler aussi de « Shutter island », moins épuré que « The Ghost writer » parce que univers Scorsesien, mais avec ce basculement insidieux de point de vue des personnages et sur les personnages, cette amosphère « naturellement » paranoïde).
 


photos UGC

Côté scénario, le réalisateur, qui tente le film de genre thriller fantastique, cède aux sirènes des bons sentiments consensuels du film à visée grand public. On appuie dès le départ sur le chagrin d’un père qui a perdu sa fille, auquel les spectateurs pourront, bien entendu, aisément s’identifier, et ça se termine assez niaisement avec une galerie de personnages pétris de bonnes intentions qui pratiquement le pardon des offenses et la résilience. Je ne suis pas experte en cinéma fantastique mais s’agissant du thriller parano, c’est mon genre préféré (un des), et ce genre n’est malheureusement pas soluble dans le chaudron des bons sentiments et encore moins compatible avec le happy end consolateur gommant tout ce qui précède.
Michael Youn, en contre-emploi par rapport à sa filmographie, reviendrait pourtant à ses fondamentaux avec ce rôle dramatique puisqu’il a une formation classique. Le drame sied à Michael Youn qui tire son épingle du jeu (pourtant las acteurs sont peu dirigés, voire Emilie Dequenne qui, pour la première fois de sa carrière, ne joue pas toujours juste), on voudrait lui dire de persister et de signer pour un vrai scénario noir.

 

  
Michaël Youn et Jérôme Cornuau à la projection bloggers de mardi 23 octobre à la salle UGC à Neuilly  

 

Notre note

(2 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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